Centre ancien, place du Maréchal de Lattre de Tassigny

Vue générale nacelle : les deux états du baptistère. © J.-C. Sarrasin, Inrap
Vue générale nacelle : les deux états du baptistère. © J.-C. Sarrasin, Inrap

Description

La fouille de la place du Maréchal de Lattre de Tassigny, réalisée sur environ 1 200 m2, s'intègre à l'opération de réaménagement du centre ancien de Roanne. L'ensemble de cette fouille restitue l'évolution de ce quartier primordial de Roanne, depuis l'époque antique jusqu'au XIXe siècle. Elle a notamment permis la découverte d'un baptistère paléochrétien.

Résultats

Le baptistère
Le baptistère est implanté dans un quartier antique, situé en bordure de la grande voie nord-sud. Une rue transversale dessert des bâtiments et un atelier de potiers construits vers la fin du IIe ou le début du IIIe siècle.
Dans un premier temps, il s'intègre dans une pièce de 16 m2 environ, dallée de tegulae (tuiles plates romaines). Une cuve baptismale octogonale, en tuiles et mortier de tuileau, est alors simplement creusée dans le sol de cette pièce et entourée d'une banquette. Des dalles de marbre recouvrent le fond et sans doute les deux gradins intérieurs.
Cet emplacement se révèle rapidement trop petit au fur et à mesure de l'essor la religion chrétienne. Avec le temps et le développement du christianisme, cette salle de baptême s’avéra peut-être trop exigüe et inadaptée à l’essor de la religion chrétienne. Un baptistère plus grand est reconstruit au-dessus du précédent. La superficie de la pièce, quasiment doublée, atteint 30 m2 et une abside semi-circulaire est ajoutée à l'est. Une nouvelle cuve baptismale circulaire, centrée sur l'abside, connaît plusieurs modifications (rétrécissement et rehaussement du fond) jusqu'à prendre l'aspect d'une sorte de vasque. Ce baptistère semble s'intégrer à un ensemble plus vaste.

Cette découverte est d'importance car les exemples recensés sont peu nombreux, surtout dans les villes non épiscopales, ce qui est le cas ici. Les baptistères, en effet, apparaissent à partir de la fin du IVe siècle ou au Ve siècle près des cathédrales ; ils se multiplient un peu plus tard en d'autres lieux du diocèse et sont généralement utilisés jusqu'aux VIIIe-IXe siècle.
Celui de Roanne, qui a bénéficié de clauses de protection particulière, est conservé in-situ et un marquage au sol retracera son plan en surface.

Le cimetière
Un cimetière, utilisé du Ve ou VIe siècle jusqu'au Xe siècle environ, s'étend au-dessus des voies et des bâtiments antiques ruinés. 104 sépultures, dont 16 en sarcophages, fouillées durant cette dernière campagne, s'ajoutent à une centaine d'autres déjà repérées au cours d'opérations diverses depuis le XIXe siècle. Les inhumations sont orientées est-ouest, tête à l'est, à l'exception d'un cas nord-sud. Trois grands types d'inhumations prédominent : en sarcophage, en coffrage de bois (simple ou mixte), en cercueil chevillé. Des analyses réalisées au carbone 14 sur six sépultures définissent une période qui s'étend entre les Ve-VIe siècles et la fin du IXe-Xe siècle.

Le château de Roanne
Dans le courant du Moyen Âge, le site religieux et funéraire devient l'espace seigneurial. Le cimetière fait place au château de Roanne dont le donjon, daté de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle, est toujours en place. Un large fossé traverse le cimetière pour, semble-t-il, entourer le donjon (ou son futur emplacement). La terre de déblais accumulée au centre, au-dessus des tombes, pourrait constituer une motte.
Quelques silos médiévaux dispersés, sans doute associés à des habitations, et une aire d'ensilage, installée au-dessus du baptistère arasé, relayée par un bâtiment (grenier) sur poteaux, occupent le reste de l'espace. Des épandages de céréales brûlées retrouvés sur place sont datés de la fin du IXe au début du XIe siècle. Le statut de cette aire d'ensilage, puis du grenier, n'est pas connu : collective ?, dépendance de l'église ?, seigneuriale ? Rien ne permet de le définir.
Il ne subsiste, sur la fouille, aucune trace, de la portion orientale du rempart édifié à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle qui devait traverser le bord de la place entre le château et le parvis de l'église. Sans doute cette enceinte fut-elle construite à la hâte et, par endroits, pratiquement sans fondation.
 
Le bourg
Le bourg intra-muros se lotit progressivement. Des vestiges de maisons à pans de bois construites vers la fin du XVe siècle sont dégagés au cours de cette campagne.
Au XIXe siècle, de nouvelles rues accèdent à la place agrandie et nivelée, et des Halles s'implantent devant le château en 1823.