Square Prosper-Mérimée

Localisation de la fouille du site 16. © LAT
Localisation de la fouille du site 16. © LAT

Description

La fouille avait pour objectif principal l'étude des « terres
noires », niveaux énigmatiques qui séparent l'Antiquité du Moyen Âge dans les villes, ainsi que l'observation du trait de rive de la Loire dans l'Antiquité. La découverte du pont antique de Caesarodunum, dont la localisation était jusque-là inconnue, a constitué un apport majeur de la fouille, auquel s'ajoutent un aqueduc et une noria eux aussi insoupçonnés. Pour ce qui est des terres noires, la démonstration a été faite de la diversité de leur mode de formation : elles ne correspondent pas nécessairement à un abandon des lieux ou à des pratiques agricoles. Habitats et activités artisanales peuvent y être révélés par une fouille attentive et adaptée. Une petite partie de l'infirmerie du monastère de Saint-Julien a aussi pu être observée.

Résultats

Le pont, l'aqueduc et la noria du Haut-Empire
La fouille a révélé, 150 m au sud du trait de rive actuel de la Loire, à l'est le débouché du pont de la ville ouverte, à l'ouest un aqueduc alimenté par une noria qui puisait l'eau dans le fleuve et, entre les deux, la berge aménagée de la Loire. Pont et aqueduc datent des années 50-60.
Mal assise sur la grève, la culée en pierre du pont (massif ou caisson maçonné destiné à soutenir la poussée d'un arc) dut être confortée à plusieurs reprises, jusqu'au début du IVe siècle semble-t-il. L'usage de l'aqueduc avait été interrompu plus tôt, à une date imprécise.

À l'extérieur de la ville close
Une campagne de récupération systématique des blocs de grand appareil présents dans le pont et l'aqueduc eut lieu entre 300 et 350, accompagnée d'un remblayage massif de la rive. Il est vraisemblable que cette opération de démantèlement ait été corrélée à la construction du mur d'enceinte de la cité.
Aux IVe et Ve siècles, les lieux paraissent occupés de façon faible ou sporadique, peut-être laissés à la pâture.
Pour la période du VIe au XIe siècle, des usages concomitants ou successifs sont observés, tels que mise en culture, aménagement de la grève par une aire empierrée donnant accès au fleuve, stockage de cendres à des fins inconnues (saponification ? fabrication du verre ? amendements ?), enfin habitation. Aux VIIIe-Xe siècles, situés aux alentours du monastère de Saint-Julien (dont la première mention remonte au VIe siècle), les terrains sont entièrement consacrés à la production agricole. Tous ces usages, domestiques, artisanaux ou agricoles se présentaient sous la forme archéologique de « terres noires », un niveau sombre et homogène rendu difficile à décrypter par son absence de stratification apparente, bien qu'il se soit formé lentement sur plus d'un mètre d'épaisseur entre le IVe et le XIe siècle.

Le monastère de Saint-Julien
Au XIe ou XIIe siècle, un mur de clôture fut érigé, séparant la fouille en deux parties : à l'ouest, l'enclos monastique de Saint-Julien, dont quelques m² seulement étaient inclus dans l'emprise de la fouille ; à l'est, les terrains du monastère accueillant des structures bâties accolées à la clôture, et qui empiétaient sur la zone de culture antérieure. Une première construction en pierre, y apparut, accompagnée d'un appentis, après un important décapage des terres, dont l'accumulation avait formé une nouvelle grève en pente douce vers la Loire.
Ces bâtiments furent remplacés au XIVe siècle par un plus grand édifice que l'on peut identifier comme l'infirmerie du monastère. Il est d'ailleurs probable que le premier bâtiment ait rempli une fonction analogue.
À l'est de l'infirmerie, la fouille a livré une partie d'un vaste espace qui, réduit au fur et à mesure de l'urbanisation, accueillit plusieurs activités temporaires liées à l'entretien des bâtiments du monastère et conserva certaines zones de culture, parmi lesquelles très certainement un verger. Aucune sépulture n'y a été relevée.

  • Le pont et la noria du Ier siècle.

    © Restitution et animation Thierry Morin, LAT et Archea