
Vue de l'abbaye de Beaumont par rapport à la ville de Tours en 1619 (Source : Carte de Siette, Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale)
Description
Les anciennes casernes Beaumont sont actuellement situées au centre ouest de l'agglomération tourangelle (Image 1), mais elles étaient localisées en dehors de la ville aux périodes médiévale et moderne, dans une zone marécageuse (« Les Varennes ») régulièrement submergée par les crues des cours d'eau environnants (Image 2). Ce lieu de casernement reprend l'emplacement exact de l'abbaye de Beaumont-lès-Tours construite au tout début du XIe s. et démantelé à la Révolution. L'abandon de la caserne et la construction d'un nouveau quartier est à l'origine des fouilles entre 2019 et 2023 (Image 3).Résultats
Les fouilles ont été menées par l'Inrap et le Service d'Archéologie du Département d'Indre-et-Loire en deux phases distinctes (2019/2020 et 2022/2023) sur la quasi-totalité de l'emprise monastique (carré régulier, cour d'accueil et jardins). Les résultats indiquent une première occupation très sporadique des lieux durant l'âge du Bronze (1 fossé, 1 foyer et quelques fonds de fosses). C'est surtout à partir du VIIIe s. que l'on note la première véritable installation pérenne d'une population humaine. De nombreuses structures attestent en effet d'une occupation domestique sur une petite butte naturelle. Celle-ci semble correspondre à un village et pourrait se rapporter à la mention « Belmons » indiquée pour la première fois dans les sources textuelles en 845 ap. J.-C. Une partie de cette occupation semble abandonnée vers le Xe s. afin de laisser place à la construction d'un grand bâtiment de 25 x10 m (Image 4) interprété comme un lieu de culte et qui pourrait correspondre à la chapelle Notre-Dame-des-Miracles que des textes évoquent à la même période. Selon d'autres documents, c'est en 1002 qu'une abbaye bénédictine de femmes serait fondée à cet emplacement. Les fouilles confirment ce changement et cette datation. L'ancienne chapelle continue d'être utilisée et un cloître avec des bâtiments périphérique est mis en place. Toutefois, le lieu de culte est détruit quelques dizaines d'années plus tard aux environs du début du XIIe s. pour laisser la place à une grande église abbatiale de 52 x 12 m avec un transept et un chœur en abside flanquée de deux chapelles (Image 5). L'église évoluera peu au cours du temps avec simplement l'ajout d'un déambulatoire. En revanche, plusieurs agrandissements ou reconstructions sont à noter jusqu'au XVIIIe s. pour le cloître et les bâtiments limitrophes (Images 6). Plusieurs logements abbatiaux successifs ont été identifiés par les textes et les fouilles. À la période moderne, une cour d'accueil, flanquée de bâtiments est aménagée dans l'angle nord du site. Les recherches de terrain ont permis la découverte de nombreux artéfacts (Images 7 à 10) dont un très grand nombre d'objets religieux (Images 11 à 13).Plusieurs espaces funéraires ont été mis au jour dans la partie occidentale du site et se répartissent chronologiquement entre le VIIIe s. et le XIXe s. Si plusieurs d'entre eux se rapportent à la période monastique (Image 14) et semblent réserver aux religieuses, d'autres pourraient correspondre à des espaces funéraires pour les villageois qui ont précédé l'installation de l'abbaye, mais aussi durant le fonctionnement de celle-ci (laïcs travaillant pour l'abbaye ou résidant à proximité). L'un des cimetières mis au jour se situe à l'extrémité est du site et semble avoir été utilisé durant la seconde moitié du XIXe s. (donc après le démantèlement de l'abbaye et durant une phase d'exploitation en jardin maraîcher de 1866 à 1912). Il a livré de nombreux squelettes (Images 15 à 17), parfois inhumés ensemble dans des fosses et présentant pour certains des traces de découpes qui sont interprétées comme des corps utilisés pour des dissections anatomiques de l'école de médecine (Hôpital Bretonneau). Certains des défunts pourraient être des militaires liés à une crise épidémique (Choléra ?) et relevant d'un hôpital de campagne installé sur le site de Beaumont. À notre connaissance, il s'agit de la plus importante fouille d'abbayes (en termes de surfaces investiguées) jamais réalisée en Europe.

















