Rue Charles Gille

Localisation de la rue Charles Gille à Tours, de la léproserie Saint-Lazare et des vestiges médiévaux mis au jour.  Fouille 2011 de l'Inrap et du Sadil (Service Départemental d'Archéologie d'Indre-et-Loire). © Ph. Blanchard et B. Marsollier /Inrap
Localisation de la rue Charles Gille à Tours, de la léproserie Saint-Lazare et des vestiges médiévaux mis au jour.
Fouille 2011 de l'Inrap et du Sadil (Service Départemental d'Archéologie d'Indre-et-Loire). © Ph. Blanchard et B. Marsollier /Inrap

Description

Pour les périodes historiques, la rue Charles Gille se situe en dehors de la ville de Tours, sur ses marges sud (Image 1). En 2011, la réalisation de la première ligne de tramway a nécessité une fouille sur la totalité de cette artère proche de la gare. L'objectif était de rechercher des traces d'une nécropole antique observée au XIXe s. Une concentration d'ossements humains a bien été mise au jour dans la partie orientale de la rue (proche de la rue Blaise Pascal) (Images 2), mais avec une surprise sur la chronologie des vestiges.

Résultats

En effet, 34 individus, inhumés en plusieurs phases, ont été mis au jour (Images 3 et 4), mais les datations ont révélé qu'ils ont été inhumés au XIVe s. ou au début du siècle suivant. Or, à cette période, les inhumations auraient dû se situer dans un cimetière proche d'une église. Mais, cette partie de l'agglomération n'abrite aucun lieu de culte connu selon les sources textuelles. Le plus proche (250 m au sud) est la chapelle de la maladrerie Saint-Lazare (XIIe-XVIIe s.) pour l'accueil des lépreux. L'autre anomalie détectée réside dans la présence de sépultures multiples (Image 5), c'est-à-dire de fosses ayant été utilisées pour l'ensevelissement de plusieurs défunts à la fois. En général, ce type de structure est un indice pour identifier les crises de mortalité comme l'épidémie (entre autres). Ces personnes pourraient donc être des victimes de la peste, car celle-ci apparaît en 1348 ap. J.-C. et disparaît au XVIIe s. en France. 

Les recherches menées en archives ont permis de retrouver la mention de la création d'un hôpital (Images 4) et la consécration d'un cimetière (Images 6) pour malades (et ceux qui en sont décédés) atteints de la Syphilis vers 1496-1497 ap. J.-C. Toutefois, il ne semble pas que les squelettes mis au jour soient des victimes de cette maladie, car comme la lèpre, il s'agit d'un des rares fléaux qui laissent des traces sur les ossements. Or, les individus mis au jour sous la rue Charles Gille ne sont porteurs d'aucune lésion osseuse. L'origine des décès est donc à rechercher ailleurs. Aussi, l'hypothèse que nous privilégions, est que ce secteur extérieur à la ville au Moyen-Âge aurait pu être dévolu à l'accueil des malades en tant d'épidémies (notamment la peste). Lors des crises, les personnes suspectées de contagion auraient ainsi été mises à l'écart pour limiter la propagation des maladies. Il n'est donc probablement pas anodin que les squelettes mis au jour soient peu éloignés de la léproserie. Il existe en effet plusieurs exemples en France (Beauvais, Dijon, Orléans …) de rapprochements ou d'accueil des pestiférés dans les établissements habituellement réservés aux lépreux.