Palais de Justice

Hypothèse de restitution axonométrique du deuxième état de la domus du Palais de Justice (fin IIe siècle-début IIIe siècle).  Un parti de « monumentalisation » du jardin y a été appliqué, notamment avec la construction d'un grand bassin. La domus pouvait alors occuper une parcelle d'une surface totale de plus de 4 600 m². © Ch. Gaston, Inrap
Hypothèse de restitution axonométrique du deuxième état de la domus du Palais de Justice (fin IIe siècle-début IIIe siècle).
Un parti de « monumentalisation » du jardin y a été appliqué, notamment avec la construction d'un grand bassin. La domus pouvait alors occuper une parcelle d'une surface totale de plus de 4 600 m². © Ch. Gaston, Inrap

Description

L'agrandissement du Palais de Justice vers le sud, prévoyant la construction de nouveaux bâtiments et la réalisation d'un parking souterrain sur 2 000 m2, impliquait la réalisation d'une fouille archéologique de surface équivalente, sur une profondeur de 6 mètres. La stratégie d'intervention était basée sur le principe de coactivité entre archéologues et entreprises de gros œuvre, afin de permettre une libération progressive du terrain par secteurs.

Résultats

L'occupation du méandre de Besançon au Néolithique semble relativement lâche. Au Palais de Justice, ce sont exclusivement des éléments mobiliers qui ont été relevés. Ces niveaux ayant fait l'objet d'importantes perturbations postérieures, il est délicat de formuler une interprétation ; l'espace observé au cours de la fouille pourrait se trouver à la périphérie d'un habitat.

De la période gauloise au règne d'Auguste
Comme en de nombreux autres endroits de la ville, on constate une « explosion » de l'occupation durant La Tène finale (entre
-120 et -30). Les bâtiments et les structures couvrent presque entièrement les 2 000 m2 du site. L'habitat proprement dit domine, avec des modules de 50 m2 au sol en moyenne, même si la présence de fonds de cabanes témoigne d'une activité artisanale. Les caves sont totalement absentes. L'orientation des bâtiments et des structures mises en évidence respecte une organisation qui sera pérennisée durant toute la période gallo-romaine.
Les années qui suivent la conquête romaine, jusqu'à la fin du règne d'Auguste (14 de notre ère), constituent une période de relative continuité dans le domaine architectural. Dans un premier temps, les techniques de construction sont en effet empruntées à l'architecture gauloise, puis apparaissent des solins en pierre sèche sur lesquels sont disposées les sablières. Le tracé de la voirie mise en place autour du début de notre ère, repérée sur le site du Parking de la Mairie, passe une trentaine de mètres au sud de l'emprise du chantier du Palais de Justice. Cette situation explique peut être la concentration des structures bâties dans le tiers sud, vers la voie, alors que le cœur de l'îlot est laissé en espace ouvert (jardins ou terrain vague).

La domus
Dans le premier quart du Ier siècle, une domus est édifiée. À l'instar des vestiges augustéens, elle occupe le tiers sud de l'emprise et devait logiquement se développer au-delà, jusqu'à la voie. La technique de construction est cette fois résolument romaine avec des élévations en adobe ou pisé disposées sur des murs bahuts en moellons. Le décor intérieur intègre des peintures murales.
Sous les flaviens (69-96), la demeure est reconstruite, en maçonnerie cette fois. Durant tout le Haut-Empire, elle est agrémentée et enrichie. Les sols sont réalisés en terrazzo ou en mosaïque. Dans la parcelle adjacente, à l'est, l'espace initialement ouvert se couvre de bâtiments d'habitation, certaines pièces disposant d'un chauffage sur hypocauste. Le cœur de l'îlot, à l'ouest, est aménagé en jardin d'ornement, bordé de portiques, d'un édicule et d'un bassin monumental. La période sévérienne (extrême fin du IIe-premier quart du IIIe siècle) est marquée par d'importants travaux de rénovation des décors avec de nouveaux pavements en mosaïque de très grande qualité. La surface au sol de la domus édifiée dans la parcelle ouest, peut être estimée par symétrie à 4 800 m2 environ.

Une césure chronologique de dix siècles
Aucun niveau de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge n'a été détecté en dépit des précautions mises en œuvre pour le décapage. Comme en de nombreux endroits du centre historique, les dépôts de la fin du Moyen Âge (XIIIe siècle au plus tôt) se superposent directement sur la démolition antique.
Pour autant, deux indices observés au Palais de Justice expliquent en partie cette vacuité. En premier lieu, dans l'angle sud-ouest de l'emprise, dans le comblement d'un caniveau totalement isolé stratigraphiquement, on a pu recueillir un bord de céramique du haut Moyen Âge. En second lieu, au centre du chantier, une sépulture isolée, datée du VIIe siècle par le radiocarbone, a été mise au jour. Dans les deux cas, ces éléments sont issus de structures en creux érodées, dont les niveaux de sol contemporain n'étaient pas conservés. En conséquence, l'hypothèse d'une érosion extensive des sols, durant une période d'activité agricole par exemple, peut constituer une piste de réflexion pour expliquer la césure chronologique entre le IIIe et le XIVe siècle.

Arbalétriers, arsenal et grenier à blé aux époques médiévale et moderne
Au XIVe siècle, un bâtiment est implanté dans l'angle nord-ouest de l'emprise. Il perdurera jusqu'au XVe siècle, date à laquelle la municipalité rachètera les terrains pour y implanter un arsenal. Vers l'est, une citerne attenante a été mise en évidence, présentant un mobilier varié, bien conservé par le milieu humide. Un terrain vague se développait au-delà, que les sources écrites ont permis d'identifier comme ayant été un lieu de décharge de matériaux et un terrain d'entraînement pour les arbalétriers.
Les archives de l'époque moderne mentionnent la présence de l'arsenal municipal, à l'étage duquel est ensuite installé un grenier à blé. Pour les périodes médiévale et moderne, l'emprise de l'opération correspond à un espace ouvert au sein duquel étaient implantées outre un vaste four à chaux, des structures en creux comblées de déchets d'activité métallurgique.
Au début du XIXe siècle, les bâtiments sont attribués à une école, qui fonctionnera jusqu'à l'agrandissement du Palais de Justice.