
Vue d'un silo protohistorique après sa fouille.
Le Chemin de Couturelle, Coullemont (Pas-de-Calais), 1997.
© Gilles Prilaux, Inrap.Le Chemin de Couturelle, Coullemont (Pas-de-Calais), 1997.
Description
Une occupation sur 1400 ans
Dès les premières prospections, un important site gallo-romain a été pressenti à l'est du village de Coullemont, sur le versant qui domine le vallon dit du Bois César. Les prospecteurs avaient ramassé dans les labours un lot volumineux de céramiques et d'éléments de construction typiques de l'époque romaine. La fouille, ouverte sur 3000 m², a mis en évidence des vestiges bien plus complexes et divers que ce que les prospections pédestres laissaient présager, avec trois grandes périodes chronologiques représentées
Résultats
La période protohistorique
L'occupation la plus ancienne du lieu est datée de la première moitié du IVe siècle avant notre ère. Elle est matérialisée par des fosses, des bâtiments à structure légère sur poteaux et trois silos destinés au stockage du grain creusés dans le sol. Ces derniers forment le principal intérêt pour cette phase, par leurs dimensions et par leurs comblements, qui ont livré de la céramique typique de la période.
Deux de ces silos ont des profils en cloche et sont de volume moyen ; le troisième se distingue par ses dimensions puisque le volume de stockage estimé est de 6 m3. Son autre particularité est d'être entouré de trous de poteaux, ce qui indique l'existence probable d'une construction pour le protéger.
L'occupation romaine
La seconde phase d'occupation s'étend de la fin du Ier siècle au milieu du IVe siècle de notre ère. Elle se situe principalement au nord de la zone décapée et regroupe trois types de vestiges. Tout d'abord, des fossés organisés selon une trame orthonormée, que l'on interprète généralement comme des limites de parcelles culturales. Deux mares de grande dimension complètent l'image d'un lieu dédié aux activités pastorales.
On dénombre ensuite sept grandes fosses regroupées sur environ 300 m², et dont la fonction ultime s'apparente à des dépotoirs. Elles ont accueilli des rejets variés de démolition, d'activités métallurgiques et d'activités domestiques qui devaient se dérouler à proximité. On remarque que les creusements se limitent au limon argileux supérieur, si bien que la fonction première de ces creusements aurait pu être l'extraction de limon pour la confection de torchis. L'abondante céramique que ces fosses renfermaient est composée du répertoire habituellement rencontré dans la région, qui mêle céramiques importées et productions régionales.
Enfin, une puissante structure rectiligne révèle un profil peu commun avec des bords verticaux et un fond plat. L'étude de son comblement a montré que les niveaux inférieurs résultent d'une accumulation lente de boue fine déposée lors de la décantation d'eau. La fonction de cette structure pourrait donc être en relation avec l'adduction ou la canalisation d'eau (type aqueduc ?).
L'habitat semble perdurer jusqu'au IVe siècle, sous la forme d'un petit bâtiment sur poteaux et de fosses d'ampleur beaucoup plus modeste que les creusements des siècles précédents. Il est assez fréquent que les occupations du Bas-Empire suivent ce modèle ; un autre exemple a d'ailleurs été fouillé sur le tracé du gazoduc à Pas-en-Artois.
L'occupation carolingienne
La troisième phase d'occupation du site de Coullemont remonte à la période carolingienne, entre le IXe et le Xe siècle, encore peu connue dans le secteur. Les traces archéologiques correspondent à une maison de bois semi-excavée d'environ 130 m² dans laquelle les archéologues ont identifié des caves silos destinées au stockage de denrées alimentaires, des fours utilisés pour la cuisson et les témoins d'une activité métallurgique (rejets de scories et de restes de coulées).
Plusieurs fosses situées en périphérie ont accueilli des rejets abondants, notamment de la céramique et du métal. Quelques éléments se dégagent du lot : des fibules en bronze, un denier en argent de Charles le Chauve (843-877) et un ensemble de céramiques originales façonnées dans une pâte grossière ; elle a servi dans la confection de nombreuses poteries, dont une série de poêlons et de pots non tournés inédite dans la région.
La maison, à laquelle on accédait par un escalier, prenait place au sein d'un enclos palissadé qui devait fermer une cour. Vers le nord, au-delà de la palissade, la découverte d'une autre grande fosse suggère l'existence d'une seconde unité de même nature. Nous pourrions donc être en présence d'une sorte de hameau ou de noyau villageois ; la faible largeur de l'emprise des fouilles nous prive toutefois d'en connaître l'extension réelle.




