Synthèse par périodes

Les périodes moderne et contemporaine

Du XVIe siècle à nos jours

À partir de l’époque moderne, les archives écrites deviennent plus courantes et diversifiées, au point qu’on a longtemps pensé qu’elles étaient suffisantes pour retracer l’histoire de ces siècles. L’archéologie, par son travail sur la culture matérielle, peut néanmoins apporter un éclairage original et complémentaire. Les études des périodes moderne et contemporaine ont donc toute leur place dans la recherche archéologique actuelle.  

La période moderne (XVIe-XVIIIe siècle)

À partir du milieu du XVIe siècle, la Réforme se développe à Orléans. La ville devient un des grands bastions huguenots (protestants) et, par là même, un enjeu militaire, politique et religieux jusqu’à la promulgation de l’édit de Nantes (en 1598). En réaction, les établissements catholiques fleurissent à Orléans au XVIIe siècle. Ils s’implantent notamment dans des quartiers désormais inclus dans l’enceinte agrandie, à l’angle nord-est de la ville (quartier d’Illiers) et au nord (places de l’Étape et Halmagrand), où se développe un habitat de qualité. 
Au XVIIe siècle, le commerce et l’industrie commencent à dynamiser le centre ancien, près de la Loire. Le fleuve est un véritable carrefour commercial entre l’Atlantique, le Rhône et Paris, d’abord par la route, puis via le canal de Briare, achevé au milieu du XVIIe siècle. Transite par son cours une foule de denrées, parmi lesquelles on compte notamment le sucre. 

En provenance des colonies, le sucre brut remonte la Loire depuis Nantes pour être raffiné à Orléans, avant d’être commercialisé à Paris. La découverte de fragments de formes à sucre et de pots à mélasse sur la plupart des sites, ainsi que leur réutilisation dans l’architecture orléanaise, révèle la présence d’immenses quantités de ces vases à Orléans. Cette activité, attestée au milieu du XVIIe siècle, connaît son apogée à la fin du siècle suivant. Le blocus continental imposé par la marine anglaise sous le règne de Napoléon initie le déclin des sucreries, qui disparaissent dans le courant du XIXe siècle.

D’autres industries connaissent un véritable âge d’or à la période moderne, à l’exemple des métiers de peaux. Tanneurs, foulons, pelletiers, teinturiers sont installés dans les quartiers proches du fleuve et alimentent aussi bien l’industrie du vêtement (des chaussures au chapeau), que de la parcheminerie et de la reliure aux environs de l’université (voir le site « îlot du jeu de Paume »).

La période contemporaine (XIXe-XXIe siècle)

Une fois la paix revenue après les guerres napoléoniennes, Orléans entame au début du XIXe siècle le démantèlement de son enceinte afin de se projeter dans un avenir industriel. Le système défensif laisse place à des mails (allées), à l’extérieur desquels s’implantent des usines relevant de secteurs extrêmement variés (tabac, textile, mécanique agricole et automobile…). 

Le développement de grands établissements favorise un déplacement des productions hors du centre ancien, à l’exception notable des usines Dessaux, dont la production de vinaigres et de moutardes mobilise de grandes surfaces en bord de Loire. Cette relocalisation des activités économiques, associée à l’arrivée du chemin de fer dès 1843, marque la fin de la suprématie du commerce fluvial au profit du train, puis de l’automobile.

La ville est brièvement occupée lors de la guerre de 1870, puis elle devient le centre d’un important commandement militaire. De nombreuses et vastes casernes sont alors édifiées, principalement au nord de la ville.

Au début du XXe siècle, l’urbanisme orléanais marque le pas, la principale opération d’envergure étant la construction des « Champs Elysées » dans les années 1920-1930. Les bombardements de juin 1940, puis ceux de mai 1944, détruisent une partie du centre ancien. La reconstruction est l’occasion d’expérimenter à Orléans de nouveaux procédés, dont la préfabrication lourde en béton armé, utilisée, par exemple, par Pol Abraham pour l’édification de l’« Îlot 4 ». Le quartier de la Source, au sud de la commune, s’inspire des créations des villes nouvelles de l’époque.
Les projets urbains, pour la seconde moitié du XXe siècle et le XXIe siècle débutant, se développent selon trois axes majeurs : la réhabilitation et la requalification du centre ancien (quartiers Dessaux et Charpenterie) ; le développement ou le réaménagement de quartiers nouveaux, notamment les anciens espaces militaires (quartier de Sonis), industriels (quartier Coligny) ou agricoles (quartiers Sainte-Croix ou Clos-Rozay) ; et l’intégration dans un projet d’agglomération (travaux de la seconde ligne de tramway). 

Depuis plus de quarante ans, les archéologues interviennent régulièrement lors des travaux d’aménagement de la ville, pour approfondir les connaissances sur la naissance et l’évolution d’Orléans. L'obtention en 2008 du label « Ville d’Art et d’Histoire » est un pas de plus vers la redécouverte et la mise en valeur de son patrimoine.
Sébastien Jesset, Pascal Joyeux et Thierry Massat