Plan de travail 1

La Cavalade

Vue aérienne du site de La Cavalade. Les plots qui apparaissent dans la partie centrale de la photo séparent le tronçon de l'autoroute A9 au nord-ouest (bas de l'image) de celui de la LGV Contournement Nîmes Montpellier (haut de l'image).La Cavalade, Montpellier (Hérault), 2013.© PhotoVideoAerienne34, Inrap.
Vue aérienne du site de La Cavalade. Les plots qui apparaissent dans la partie centrale de la photo séparent le tronçon de l'autoroute A9 au nord-ouest (bas de l'image) de celui de la LGV Contournement Nîmes Montpellier (haut de l'image).
La Cavalade, Montpellier (Hérault), 2013.
© PhotoVideoAerienne34, Inrap.

Description

Le site de La Cavalade, diagnostiqué entre 2009 et 2012, s'étend à la fois sur l'emprise de la LGV Contournement Nîmes Montpellier et sur celle du déplacement de l'autoroute A9, qui sont contigües dans cette zone située au sud de l'agglomération de Montpellier.  

La fouille a concerné essentiellement l’étude de vestiges datés du Néolithique final et, dans une moindre mesure, d'autres plus récents : quelques traces d’occupation du début de l'âge du Bronze, une fosse du premier âge du Fer, un enclos protohistorique, une voie romaine et une nécropole de l'Antiquité tardive.  

Un des principaux intérêts de cette fouille a été de fouiller des occupations de la fin du Néolithique sur une grande surface, ce qui n'avait jamais encore été réalisé en Languedoc oriental.

Résultats

Les occupations du Néolithique final

La vie d’un village néolithique a pu être suivie sur environ six siècles (3300-2650 avant notre ère). Son organisation spatiale (zones d’habitation, d’artisanat, de stockage, sépultures….) a été précisée, tout comme l'évolution des objets utilisés au quotidien. Les sols occupés au Néolithique final – mais également durant les périodes postérieures – ayant été détruits par les travaux agricoles modernes, seules les structures creusées au-dessous ont été conservées.  

La fouille a révélé la présence de fosses d'extraction de terre utilisée pour fabriquer des bâtiments, qui n'ont malheureusement laissé aucune trace au sol. La grande quantité de terre rejetée dans les fosses après usage ne laisse cependant aucun doute sur la destruction de constructions (voir la notice de découverte remarquable sur l'empreinte végétale néolithique).  

Des silos et des caves, parfois de grande dimension et souvent munies de logettes, correspondent à des structures souterraines destinées au stockage des denrées ou des liquides. Plusieurs de ces fosses ont des morphologies, en forme de rein, caractéristiques de la période et de la région. Quelques-unes ont été utilisées, après leur abandon, pour y déposer les défunts.  

Dix sépultures ont été fouillées, accueillant surtout des enfants ou des adolescents.  

Le mobilier archéologique
 
Les vestiges d’objets mis au jour sont nombreux et bien conservés. Parmi eux, les vases découverts présentent des profils aux formes géométriques simples dérivées de la sphère ; ils sont ornés de décors en relief (pastilles repoussées ou appliquées, cordons) ou en creux (impressions au doigt, incisions) qui, dans leur très grande majorité, peuvent être rattachés aux styles régionaux de la fin du IVe et du début du IIIe millénaire avant notre ère. D'autres contenants fabriqués en terre à peine cuite complètent la panoplie des récipients.  

Comme sur la plupart des sites néolithiques, les restes d’animaux consommés sont abondants et témoignent des pratiques alimentaires de l'époque. Les espèces sauvages chassées sont anecdotiques.  

Plus rare que la céramique, le silex est toujours présent. Il a été collecté dans divers secteurs géographiques de la région et plusieurs fragments de couteaux taillés à partir de plaquettes en provenance du Gard ont été mis au jour.  

Quelques mortiers ont été recueillis au sein d’un abondant matériel de mouture ; ces outils sont plutôt rares ailleurs. D’autres objets témoignent d'échanges sur des distances plus importantes, comme des haches polies d'origine alpine ou des lames fabriquées avec des silex provençaux. L'industrie osseuse et différents éléments de parure sont également bien représentés.  

Enfin une remarquable hache plate en cuivre du début du IIIe millénaire avant notre ère a été découverte. Un seul objet analogue avait jusqu’à présent été mis au jour dans un contexte archéologique « fiable » dans le sud de la France.  

L'âge du Bronze ancien

Seules cinq fosses datées entre 1750 et 1650 avant notre ère témoignent du Bronze ancien sur le site. Elles ne se différencient ni par leur morphologie ni par leur comblement des structures néolithiques. Ce qui les en distingue est la présence de céramiques caractéristiques, notamment des formes à fond plat.  

La fosse du premier âge du Fer

Une imposante excavation a été creusée au cours d'une période chronologiquement mal définie entre 800 et 600 avant notre ère. Il s'agit vraisemblablement d'une carrière destinée à alimenter en terre un site dont la localisation reste inconnue.  

L'enclos « funéraire » protohistorique

Légèrement ovale, l’enclos mesure 18,7 m de long pour 17,1 m de large. Le creusement du fossé est variablement conservé entre 11 et 49 cm de profondeur. Son comblement montre une grande diversité. La céramique correspond à des éléments régionaux et à des fragments de différents types d’amphores importées (quatre ou cinq objets tout au plus, datés entre 550 et 525 avant notre ère).  

Les éléments d’un crâne et deux scapulas de bovins ainsi que des mandibules et les restes d’un crâne de deux équidés ont été déposés.  

Le mobilier métallique, également riche, se signale par des objets en bronze et fer (plaque, bouton, anneau, rivet, tige, clous). Il permet d’évoquer de probables gestes funéraires contemporains d’une sépulture non retrouvée, mais également la possibilité de cérémonies plus tardives ayant donné lieu à des dépôts, ou l’entretien régulier du monument et de sa surface interne.  

Les enclos mis au jour ces dernières années dans les plaines du Languedoc oriental semblent s’ancrer le long de voies, sans doute en des points remarquables. C’est peut-être aussi le cas pour le site de La Cavalade, où le cercle fossoyé se situe une cinquantaine de mètres à l’est du tracé d’une voie attestée toutefois seulement à partir de l’Antiquité romaine.  

La voie antique

Mal conservée pour toute la partie nord de son tracé, la voie antique n’a fait l'objet que de sondages et d'une fenêtre de fouille manuelle à l’endroit où la stratigraphie était la mieux conservée.  

Sur la principale coupe, on observe très nettement une disproportion du fossé occidental, qui draine l'essentiel des eaux du versant : il est très profond alors que le fossé oriental apparaît peu prononcé. La bande de roulement est installée dans la dépression centrale, large de 4,50 m mais dont 2,40 m seulement sont réservés à la circulation.  

On dénombre ici jusqu’à sept niveaux de fonctionnement, de la circulation à même le substrat jusqu’au niveau supérieur (du Haut-Empire jusqu’au début du Ve siècle de notre ère). Plusieurs réfections sont visibles, avec tantôt des apports de terre, tantôt des empierrements.

L'ensemble funéraire de l'Antiquité tardive


Un ensemble funéraire d'une dizaine de tombes a été mis au jour sur la bordure occidentale de la voie. Les sépultures d’adultes ou d’adolescents ont été installées au IVe siècle de notre ère dans des coffrages en tuiles ou en bois ; elles pouvaient être utilisées pour deux ou trois individus. Les plus jeunes enfants ont été inhumés dans des amphores, dont certaines ont livré des coquillages, une paire de boucles d'oreille et deux monnaies placées sur les yeux.  

Fabien Convertini