Synthèse par périodes

Moyen Âge

Peinture sur bois du peintre italien Ronzen (fragment de retable dédié à Marie-Madeleine, dont le culte à Marseille et dans la région était très important depuis le Moyen Âge). Elle est datée du début du XVIe siècle.
© Collection du Musée d'Histoire de Marseille

Du VIIIe au Xe siècle, le repli de la ville

Au VIIIe siècle, la ville est pillée par les troupes de Charles Martel, qui entend mettre fin aux tentatives d’autonomie de la Provence et asseoir son autorité sur le royaume. Le règne de son fils Pépin transforme durablement les choses, notamment par la dispersion des biens de l’Église ; celle-ci tentera sous Charlemagne de reconstituer son patrimoine. C’est toutefois également sous Pépin le Bref que l’abbaye Saint-Victor est reconstruite. Suite à la division de l’Empire à la fin du IXe siècle, la Provence est quasiment laissée à la merci de troupes de pilleurs par une gouvernance tournée vers l’Italie.

La ville de Marseille se replie dans ses murs. Elle semble même désertée dans sa partie centrale, entre la fortification de l’épiscopat (édifiée au siècle précédent), dite « Château Babon », à l’ouest, et celle de la ville comtale, à l’est, dont la construction est mal datée (IXe siècle ?).

À la fin du Xe siècle, la Provence passe sous domination bourguignonne et retrouve alors un certain équilibre sous l’autorité de la famille des vicomtes de Marseille. Le monastère de Saint-Victor est remodelé en 977.

Au XIe et XIIe siècles, Marseille revit

Cette période est d’abord caractérisée par une reprise de l’urbanisation, particulièrement dans l’espace entre les deux enceintes internes précédemment déserté. La fondation d’un monastère à côté de Notre-Dame-des-Accoules puis l’extension du rempart et de l’habitat dans la partie sud-est de la ville sont les principaux témoins de ce développement. Les vicomtes s’installent au Tholonet, à l’est de la ville, certainement à partir de l’extension du rempart.

Suite à des conflits entre la famille vicomtale et le pouvoir épiscopal, l’évêque s’établit au début du XIIe siècle sur la butte des Carmes, au nord-est de la ville, tandis que le quartier de la cathédrale reste sous l’autorité d’un prévôt lié à la famille vicomtale. La cathédrale est reconstruite telle qu’elle nous apparaît encore aujourd’hui (Vieille Major), de nouvelles églises sont construites, les ordres militaires (Templiers et Hospitaliers) s’installent en ville à la fin du XIIe siècle.

Sur la rive nord du port, la fouille Bargemon a révélé la création d’importants îlots d’habitations ; la reprise de l’urbanisation se manifeste également autour du quartier de la cathédrale (fouille du tunnel de la Major). Dans les faubourgs, après la reconstruction de l’enceinte à la fin du XIIe siècle, les espaces extérieurs aux remparts sont très convoités et font l’objet de tentatives d’appropriation : construction d’un bâtiment isolé à l’est du rempart au XIIe siècle (découvert lors de la fouille du site de l’Alcazar), drainage de la zone orientale du port (fouille du parking de la place Général-de-Gaulle), ou encore implantation et développement, à partir de la fin du XIIe siècle, d’un quartier artisanal dédié au travail du cuir (tannerie de l’Alcazar), qui deviendra plus tard le bourg de Morier.
La trame viaire est encore majoritairement celle de l’Antiquité, mais de nouvelles rues sont créées et les voies extérieures aux remparts se fixent durant cette période.
Les enceintes intérieures sont détruites.

XIIIe et XIVe siècles, la ville en plein essor

L’activité portuaire et commerciale est florissante. Étant entrés en conflit ouvert avec l’évêque, les habitants rachètent les droits seigneuriaux de la ville basse, soit la partie de la ville située autour du port et créent la « Commune de Marseille ». Le palais communal est construit sur la rive nord du port, face à l’église des Accoules. L’enceinte est doublée au milieu du XIIIe siècle ; une cinquantaine d’années plus tard, elle sera prolongée côté mer, à l’ouest. Marseille est, à compter de 1262, sous l’autorité du comte de Provence.

L’habitat continue de se densifier dans la ville, comme on a pu l’observer à travers les fouilles de Bargemon et du tunnel de la Major. La deuxième moitié du XIIIe siècle voit le développement de secteurs artisanaux (bourg des Olliers sur la fouille Sainte-Barbe), ainsi que la création de faubourgs autour de couvents fondés dans les zones suburbaines : le faubourg Sainte-Catherine au sud-est (fouille du parking de la place Général-de-Gaulle), le bourg de Morier à l’est (fouille de l’Alcazar).
Reconstitution du four à barres, sans axe central. Quartier Sainte-Barbe, cœur d'îlot.
© J. Thiriot, maquette P. Vallauri (LAMM, CNRS)
La gestion de la voirie et de l’eau fait l’objet de nombreux débats, dont témoignent les statuts municipaux élaborés au cours du XIIIe siècle. La création de l’aqueduc, à la fin du XIIIe siècle, permet l’alimentation en eau, jusque-là problématique, de la ville haute (autour du palais épiscopal, au nord-est).

Peu de changements sont à noter pour la première moitié du XIVe siècle. À partir des années 1350, en revanche, la lutte entre Angevins et Aragonais puis les troubles liés à la présence de bandes armées (les « routiers ») et la guerre de succession de la Reine Jeanne entraînent le déclin de la ville, à commencer par la destruction organisée des faubourgs.
Nadine Scherrer