Synthèse par périodes

Antiquité tardive

Femme âgée inhumée dans deux amphores africaines emboîtées.
© M. Molinier, SAM
L’Antiquité tardive constitue une période de transition entre le monde antique et le Moyen Âge. Que ce soit à travers l’observation des différentes phases de reconstruction de la ville ou encore par l’étude des poteries découvertes dans la cité, les fouilles archéologiques menées à Marseille depuis une trentaine d’années ont été d’un apport considérable pour mieux cerner les modifications qui sont alors intervenues.

Les données archéologiques peuvent être croisées avec les informations issues des textes anciens qui nous sont parvenus : ceux de Grégoire de Tours (539-594, évêque et historien, il est l’auteur de l’Histoire des Francs) ou encore ceux de Venance Fortunat (530-609, poète dont les écrits sont précieux pour comprendre l’histoire de l’époque). Ainsi pouvons-nous saisir les transformations progressives de l’urbanisme, des modes de pensée, de l’économie, qui constituent les différences fondamentales entre les sociétés antique et médiévale.

IVe et Ve siècles, l’essor de la chrétienté

La deuxième moitié du IVe siècle est très peu documentée à Marseille. La fouille menée dans le Jardin des vestiges a toutefois révélé la présence d’une basilique funéraire qui semble s’implanter durant le IVe siècle en limite est du site. À partir du début du Ve siècle, les témoins de l’occupation sont plus fréquents ; ils s’inscrivent le plus souvent dans la poursuite de l’occupation romaine.


L’histoire de la ville est fortement marquée par la chrétienté et l’influence des évêques est prépondérante. Sous l’épiscopat de l’évêque Procule (321-428), le moine Cassien – également appelé Jean Cassien en hommage à saint Jean Chrysostome, dont il fut l’élève – aurait fondé vers 415 deux établissements : l’un réservé aux hommes, Saint-Victor, sur la paisible rive sud du Lacydon ; l’autre réservé aux femmes et situé sur la rive nord, Saint-Sauveur, aujourd’hui disparu.

C’est également vers le début du Ve siècle qu’est datée la construction de la basilique paléochrétienne de Malaval (une date antérieure n’est cependant pas à exclure). Les découvertes archéologiques récentes incitent également à dater la mise en place du groupe épiscopal (cathédrale, baptistère et résidence de l’évêque) dans le quartier de la Major au cours de la première moitié du Ve siècle. Ces changements s’accompagnent du démantèlement partiel du théâtre antique, daté traditionnellement du milieu du Ve siècle, qui modifie alors considérablement le paysage du côté du port.
Lieu d'inhumation situé à l'extérieur de l'église de la rue Malaval. On y trouve des amphores, des tombes sous tuiles et des fosses en pleine terre.
© M. Molinier, SAM
À partir du milieu du Ve siècle et jusqu’au début du siècle suivant, la trame d’époque romaine est globalement conservée. Une nouvelle fortification est toutefois construite en avant du rempart hellénistique (d’où son nom d’« avant-mur »). L’émergence d’une production régionale de poteries aux motifs chrétiens caractéristiques va marquer l’économie et les modes de consommation durant les trois prochains siècles.

VIe siècle, Marseille devient mérovingienne

La Provence est rattachée au monde des Francs en 536. Des réaménagements sont observés dans la ville, qui ne semble pas pour autant connaître de transformations majeures. Le VIe siècle s’inscrit au contraire dans la continuité de la ville romaine, à laquelle se sont intégrées les modifications apportées au cours du Ve siècle – notamment la construction des nombreux édifices religieux qui ont irrémédiablement inscrit l’empreinte très forte du christianisme dans la cité.

Des mutations sont perceptibles le long du port : les anciens thermes ont perdu leur façade et les entrepôts sont désaffectés au profit de l’édification de nouveaux bâtiments (nouveaux entrepôts ?).
Les fouilles archéologiques réalisées dans la partie nord de la ville (rue Leca, rue Trinquet, République nord) mettent en évidence une disparition de l’habitat. Celle-ci ne traduit pas un dépeuplement de la cité, mais sans doute plutôt un changement radical de l’occupation dans ce secteur de la ville. Dans la partie est (Jardins des vestiges, îlot Puget, parc Sainte-Barbe, Alcazar), les nombreux vestiges d’habitats témoignent au contraire d’un important développement hors les murs, mélangeant quartiers d’artisanat et terrains mis en culture.
L’extérieur de la ville continue par ailleurs à accueillir les nécropoles avec, au nord, le cimetière du Lazaret, la basilique funéraire de Malaval, et, à l’est, la basilique identifiée au sortir de la porte d’Italie, qui est probablement toujours utilisée. D’autres nécropoles sont implantées sur la rive sud (Saint-Victor et Fort Ganteaume).

VIIe et VIIIe siècles, à l’aube du Moyen Âge

Marseille devient la capitale de la Provence en 613 lors de la réunification du royaume. Le VIIe siècle marque la rupture définitive avec l’Antiquité, comme en témoignent les nombreuses transformations observées dans la ville.

De nouvelles rues sont percées, afin de mettre en communication directe les grands ensembles importants, telle la rue de la cathédrale, qui relie le siège du pouvoir civil (probablement l’ancienne basilique surmontant les caves Saint-Sauveur) et la cathédrale.

La ville est toujours florissante. À l’instar de ce qui a pu être constaté sur le site Bargemon, dans certaines parties de la ville, les structures datant de l’Antiquité sont démantelées de manière quasi systématique, que ce soient les murs, les sols ou les puits. L’ensemble de ces matériaux est récupéré et utilisé pour de nouvelles constructions, vraisemblablement dévolues à l’habitat. On observe ainsi sur certains sites (quartier du port, République surverse, Alcazar) le développement de nouvelles constructions, qui ne dépasseront pas la fin du siècle. La même logique prévaut au démontage des restes du théâtre antique (principalement les fondations) ou à la destruction de la basilique funéraire de la rue Malaval.

À partir du début du VIIIe siècle, nous ne possédons pratiquement plus de données archéologiques. L’abandon des faubourgs de l’Alcazar peut être daté de manière imprécise par le mobilier céramique vers la fin du VIIe siècle ou peut-être au début du siècle suivant. La ville se replie alors sur elle-même.
Stéphane Bien