Synthèse par thèmes

Les enceintes d’Orléans depuis l’Antiquité

Les enceintes dont la ville d’Orléans s’est entourée au cours de son histoire ont d’abord joué un rôle de protection, éprouvé à l’occasion de plusieurs sièges (par Jules César en 52 avant notre ère, par Attila, chef des Huns, en 451, par les Anglais, chassés par Jeanne d’Arc, entre 1428 et 1429, ou encore en 1562 et en 1567 lors des guerres de Religion). Mais au-delà de l’aspect militaire, les enceintes ont également été des symboles. L’aspect ostentatoire des constructions et l’argent investi dans leur édification étaient le signe de la grandeur et de la puissance de la ville ou, du moins, l’image qu’elle souhaitait donner. Enfin, les enceintes sont des éléments qui ont rigidifié le tissu urbain et participé à son développement.

Les portes de la Cenabum gauloise

César, dans le livre VII de ses Commentaires sur la guerre des Gaules, mentionne qu’il prend le contrôle de Cenabum, l’oppidum carnute, en brûlant ses portes (VII, 11). Or, à ce jour, aucune fouille n’a attesté la présence d’une fortification protégeant la ville gauloise. 
Les découvertes récentes ont mis en évidence la présence d’un vallon assez large, orienté nord-sud et se jetant dans la Loire, qui limite la ville à l’est. Situé approximativement dans l’axe de la rue de l’Éperon, il semble avoir servi de fossé naturel. Les fouilles n’ont pas permis d’observer la présence d’un éventuel rempart ou d’une palissade complétant ce dispositif. 
Au sud, le fleuve, au lit assez large, sert naturellement de protection. La défense de la limite ouest de l’agglomération reste largement méconnue et extrapolée en grande partie à partir d’informations anciennes. La limite nord, quant à elle, n’est pas renseignée. Les bâtisseurs gaulois ont semble-t-il tiré profit des accidents topographiques pour protéger l’agglomération et y appuyer le système de défense.
Localisation sur le plan de la ville actuelle d’Orléans (Loiret) de l’emprise de Cenabum à l’époque gauloise (IIe-Ier siècle avant notre ère).
© Hervé Herment, Inrap

L’enceinte du Bas-Empire

À l’époque romaine, Orléans – agglomération de la Cité des Carnutes dont la capitale est Chartres – est une ville « ouverte », sans rempart. Ce n’est que dans le courant du IVe siècle, lorsque la ville accède au rang de chef-lieu de Cité, qu’elle se dote d’une enceinte. 
De forme globalement rectangulaire, longue de 2 032 m, cette muraille englobe une surface de 25 ha. Le tracé est rythmé de nombreuses tours de 8 m de diamètre et de portes, dont cinq sont à ce jour connues. L’enceinte est doublée d’un fossé dont les dimensions sont estimées à 10 m de largeur et 3,5 m de profondeur. Elle enclot le cœur de la cité antique où sont situés les principaux monuments, notamment le forum
Les bâtisseurs ont détruit de nombreux édifices antiques et récupéré d’imposants blocs pour asseoir l’enceinte. Le soin apporté à la mise en œuvre des parements, où alternent trois rangées de briques et trois rangées d’un petit appareil de moellons et où les joints de mortier sont tirés au fer, est le signe évident de l’aspect ostentatoire de la muraille. Elle ne dénote en rien d’une construction hâtive faite devant l’imminence des invasions barbares.

La première accrue médiévale

Au début du XIe siècle, la ville se développe vers l’ouest, au-delà de l’enceinte antique. Ce nouveau quartier, le Bourg Dunois, est protégé par un fossé, peut-être doublé d’un talus, dont les vestiges ont été observés sous la place de Gaulle. (voir le site « Place de Gaulle » )
À la charnière des XIIIe et XIVe siècles, le système de protection est doublé par une véritable enceinte maçonnée et un second fossé. 
Deux portes principales ont pu faire l’objet d’une fouille : la Porte Renart, sous la place de Gaulle, et la Porte Bannier, sous la place du Martroi (les vestiges sont visibles dans le parking souterrain).
Au début du XVe siècle, avant l’arrivée des troupes anglaises, ces deux portes ainsi que l’ensemble des fortifications font l’objet de travaux visant à améliorer la défense.

La deuxième accrue ou enceinte de Saint-Aignan

C’est au milieu du XVe siècle que prend corps le projet d’enclore le faubourg oriental de la ville, alors en pleine reconstruction après la guerre de Cent Ans. Les bâtiments du quartier, tant civils que religieux, avaient en effet été volontairement rasés au début du siècle, avant l’arrivé des troupes anglaises, afin d’améliorer la défense de la ville. 
Le roi Louis XI, qui a séjourné à plusieurs reprises à Orléans et connaît sa fidélité, facilite le financement de l’ouvrage. Cette construction permet de protéger quelque 22,5 ha supplémentaires, comprenant deux édifices religieux : l’église Saint-Aignan et l’abbaye Saint-Euverte. Commencé en 1467, le chantier s’achève symboliquement en 1480 par la pose d’une statue de Louis XI, de la Vierge et de saint Aignan au-dessus de la nouvelle Porte Bourgogne. 

La troisième et dernière accrue

À la fin du XVe siècle, Charles VII décide d’enclore les faubourgs s’étendant le long des routes vers Blois, Châteaudun et Paris. Les travaux de construction d’une nouvelle enceinte débutent en 1486 et s’achèvent dans la première moitié du siècle suivant. 
Cette dernière réalisation est marquée par les adaptations aux progrès réalisés par l’artillerie. Une partie de l’enceinte médiévale est désormais précédée d’une terrasse qui accueille les pièces de tir. Les tours et les nombreuses portes présentent des fenêtres de tirs adaptées aux canons. Enfin, le long de l’enceinte de Saint-Aignan, plusieurs ouvrages de défense sont construits afin de moderniser cette partie de la fortification (voir le site « Motte-Sanguin » ). L’enceinte subit néanmoins les affres des guerres de Religion et n’empêche pas Orléans d’être assiégée à deux reprises.
Malgré la destruction des fortifications au XVIIIe siècle, leur tracé reste aujourd’hui encore visible dans le paysage urbain, car il correspond aux actuels mails qui limitent le centre-ville.
Grégory Vacassy