Synthèse par thèmes

Les rues d’Orléans de la période gauloise à nos jours

Les rues de l’Orléans d’aujourd’hui ne sont pas celles de l’Orléans d’hier : leur parcours, leur tracé, leurs dimensions, leur revêtement n’ont cessé d’évoluer. Les opérations archéologiques de la 2e ligne de tramway ont permis d’en dresser l’inventaire à travers les âges.

Gravier local à l’époque gauloise

Les premières rues d’Orléans remontent à la période gauloise (IIe-Ier siècle avant notre ère), quand la ville de Cenabum se met en place et se développe. Les fouilles ont permis de reconnaître des rues bordées de fossés et même une ruelle longée d’un trottoir en bois (voir le site « place du Châtelet »). 
Les matériaux utilisés pour la construction des rues gauloises restent un mystère, mais il est probable qu’il s’agissait de gravier de silex, qui revêtait certains espaces extérieurs, comme des cours et des chemins de berge. 

Hétéroclites trottoirs antiques

Si certaines bandes dessinées laissent penser qu’à l’époque romaine, les rues des villes sont toutes dallées, les fouilles archéologiques d’Orléans ont démontré le contraire. Le revêtement des chaussées antiques consiste essentiellement en galets de silex extraits du lit de la Loire. 
Quant aux trottoirs, quand ils existent, leurs matériaux sont très variés : en gravier de silex, en calcaire pilé, en pierre calcaire, en fragments de tuiles, en bois… Cette diversité résulte certainement du fait que, si l’aménagement des chaussées relève de l’autorité publique, celui des trottoirs incombe aux riverains. 
Certaines rues antiques sont bordées de caniveaux et les axes importants peuvent s’agrémenter de portiques (galeries supportées par une colonnade).
Le revêtement d’une rue antique.
On distingue les ornières laissées par les roues des chariots.
Place de Gaulle, Orléans (Loiret), 2009.
© Guillaume Goujon, Inrap

Quand même (quelques) dalles

Progressivement et jusqu’au IVe siècle, les matériaux utilisés pour le revêtement des chaussées deviennent de plus en plus hétérogènes ; au gravier se mêlent désormais des pierres calcaires, des fragments de tuiles ou de briques, des tessons d’amphores et des déchets divers (ossements animaux, objets cassés).
À Orléans, la seule voie dallée connue date du IVe siècle, époque de la construction du castrum, et se situe à la Porte Parisie (voir la « Découverte remarquable – Voie monumentale »). Et encore, le passage de la porte est-il le seul à comporter un dallage, constitué de blocs monumentaux prélevés sur d’anciens édifices. Le reste de la rue est un mélange de galets de silex, de pierres calcaires et de fragments de tuiles. 
Ce mode de construction original a pour but de renforcer la chaussée à un point de passage très fréquenté tout en marquant, dans le paysage urbain, la transition entre la ville et l’extérieur.

Blocs de calcaire du Moyen Âge

Au cours des siècles, le gravier de silex disparaît de la composition des rues et est remplacé par des blocs de calcaire originaire de la Beauce. Au Moyen Âge, les rues ne sont plus constituées que de ces blocs, sur lesquels des ornières sont imprimées par le poids des véhicules.
Blocs de calcaire d’une rue médiévale.
Grossièrement agencés, ils forment un revêtement suffisamment meuble pour laisser les eaux de pluie s’infiltrer et les ornières se former sous le passage répété des véhicules.
Rue Jeanne d’Arc, Orléans (Loiret), 2010
© Marie Raimond, Inrap

Rues pavées modernes

On ignore quand les premières rues d’Orléans sont pavées, ce n’est en tout cas guère avant la période moderne. La plus ancienne rue pavée découverte sur le tracé du tramway date du XVIIIe siècle. Les pavés, en grès importé, ont des modules très variés. Seule l’épaisseur est constante, pour faciliter la pose.
À partir du XVIIIe siècle, les grands percements font régner le pavé en maître. Les rues, pourtant créées à des époques différentes, sont unifiées par le revêtement des chaussées autant que par le traitement des façades du bâti. 

Bitume contemporain

Au XIXe siècle, les pavés de grès, bien réguliers, se retrouvent à travers toute la ville. Au siècle suivant, ils sont peu à peu remplacés par le bitume. Égouts, caniveaux, trottoirs sont la norme. 
La signalisation, aussi bien au sol qu’en élévation, et le mobilier urbain font leur apparition, tandis que la fonction des voies se diversifie (pistes cyclables, voies réservées au tramway).
Bitume du XXe siècle.
Ce nouveau matériau conquiert les rues au gré de l’augmentation du trafic automobile.
Place de Gaulle, Orléans (Loiret), 2009.
© Pascal Joyeux, Inrap
Pascal Joyeux