Le groupe épiscopal

Le groupe épiscopal rassemble les bâtiments liés au culte chrétien qui, dans l’Antiquité, étaient souvent réunis en un même lieu : le baptistère, la cathédrale et la résidence de l’évêque, encore appelée palais épiscopal.

Ces édifices ont été identifiés à Marseille, mais seul le baptistère a été intégralement fouillé.
Groupe épiscopal, plan du site.
© M. Bouiron, Ville de Nice / M. Thomas, Inrap

Le baptistère


Le monument a été découvert au milieu du XIXe siècle à l’occasion des terrassements préalables à la construction de la cathédrale Notre-Dame de la Major (dite la Nouvelle Major). Des relevés, plans et aquarelles qui ont été établis avant que l’avancée du chantier n’entraîne sa destruction, il apparaît que son plan est analogue à celui des baptistères d’Aix-en-Provence, Fréjus et Riez : carré à l’extérieur et octogonal à l’intérieur. Un déambulatoire, dont les arcs de la couverture en berceau reposent sur une double série de huit colonnes, entoure l’espace central où l’on trouve la piscine baptismale, octogonale elle aussi.

La singularité de ce baptistère tient à la grande richesse de sa décoration tout autant qu’à sa monumentalité. Des pavements de mosaïques polychromes, au motif changeant selon les 
secteurs, ornaient le déambulatoire ; l’espace central, le fond de la piscine et la base des parois étaient pourvus d’un revêtement en marqueterie de marbre, et la coupole qui couvrait l’espace central possédait sans doute un décor en mosaïque. L’édifice, inscrit dans un carré de près de 25 m de côté, présentait une emprise au sol de quelque 600 m2. C’est une surface sans équivalent parmi les baptistères de Provence (225 m2 à Aix, 100 m2 environ à Fréjus et Riez) et, plus largement, dans les Gaules. 
Cette singularité semble avoir résulté de la volonté d’ostentation de l’Église locale, qui entendait, dans l’Antiquité, afficher sa prééminence par rapport aux évêchés d’Arles et de Vienne.

La cathédrale

Toujours au cours des fouilles qui ont précédé la construction de la Nouvelle Major, des éléments de pavement de sol en mosaïque analogues à ceux du baptistère paléochrétien ont été mis au jour à l’ouest de la façade de la cathédrale romane (la Vieille Major). Ceci a conduit, dès cette date, à juger que l’édifice médiéval avait lui-même succédé à une cathédrale antique, située plus ou moins au même emplacement, c’est-à-dire 7 à 8 m au sud du baptistère.


Il a fallu attendre près d’un siècle et demi pour que deux fouilles menées avant l’aménagement du tunnel routier de la Major, permettent de confirmer et de préciser ce jugement : la première, en 1994, a révélé à l’intérieur de la cathédrale médiévale des restes de pavements en mosaïque de même type que ceux découverts en 1852 devant sa façade ; la seconde, en 2000-2001, a permis de retenir une même limite orientale pour la cathédrale médiévale et la cathédrale antique.

L’édifice antique devait mesurer une cinquantaine de mètres de longueur et sa façade occidentale était probablement alignée sur celle du baptistère. Sa largeur est plus difficile à évaluer car les vestiges autorisent deux restitutions : l’une à nef unique, l’autre à trois nefs. L’hypothèse la plus modeste a le double avantage de présenter un module double de celui du baptistère et une largeur identique à celle de la cathédrale médiévale. Pendant l’Antiquité comme au Moyen Âge, l’accès de la cathédrale devait se faire par le sud. Les relevés du XIXe siècle font apparaître deux alignements de sarcophages en pierre perpendiculaires à l’édifice, qui semblent garder la trace de cet ancien cheminement.

Le palais épiscopal

La fouille du tunnel de la Major, en 2001, a également révélé une vaste et riche demeure de l’Antiquité tardive dont d’autres éléments ont été découverts, plus à l’ouest, en 2008.

Une quinzaine de salles étaient disposées en trois ailes autour d’une cour, dont certaines à usage de thermes. 
Le plus remarquable a été la découverte, dans une salle d’environ 30 m2, d’un sol en mosaïque à la facture et à la polychromie identiques à celles des mosaïques du baptistère et de la cathédrale paléochrétienne, même si son décor emprunte au répertoire des domus de l’Antiquité tardive (médaillons ornés de sparterie ou de fleurons, pyramides de feuillage, paons affrontés…). 


Les données stratigraphiques fournies par la fouille de cette maison et de ses pavements permettent de la dater de la première moitié du Ve siècle ; elles invitent également à étendre cette datation à l’ensemble du groupe épiscopal. Celui-ci serait l’œuvre de l’évêque Proculus, dont les sources littéraires disent assez quelle ambition il avait pour son Église.
Jean Guyon