Synthèse par périodes

L’Époque moderne

Passé le XVIe siècle, Toulouse s’immobilise dans le statut d’une ville parlementaire au service du pouvoir royal. Les guerres de religion y furent violentes en raison de la proximité des places fortes protestantes telles que Montauban. Les dernières peurs guerrières s’effacent ensuite à partir de la fin du XVIIe siècle, avec promenades et jardins couvrant fossés et ravelins des fortifications. Les fortunes consulaires, marchandes et ecclésiastiques s’expriment à travers l’architecture inspirée de l’Italie. Cette présence monumentale a fait oublier l’intérêt de l’archéologie de ces siècles de stabilité urbaine.

L’archéologie au-delà des mots

Si la documentation écrite historique épaule l’archéologie, l’inverse est également vrai. Même pour les siècles où les archives foisonnent, l’archéologie éclaire souvent des pans inconnus de l’histoire. Malheureusement, cette recherche se réalise fréquemment au détour de vestiges plus anciens. Peu touchée par les conflits, Toulouse ignore encore les industries ou les jardins d’époque moderne et contemporaine pourtant étudiés ailleurs en France. Pendant cette période, la ville est connue pour sa justice parlementaire, de Martin Guerre à l’affaire Calas. 

Les acteurs de cette petite histoire ont fréquenté les boutiques de la rue Neuve, à l’intérieur du Parlement, dont des latrines ont été fouillées sur le site de la Cité judiciaire. Verres, vaisselle, monnaies, petits objets et déchets alimentaires nous parlent de ces visiteurs. La prison de la tour de l’horloge, sur le même site, ou celle de la rue des Hauts-Murats dévoilent concrètement les espaces et les lieux de réclusion où certains d’entre eux furent enfermés.

Témoins obscurs des dynamismes économiques

Les archéologues eux-mêmes oublient parfois les précieux témoignages que constituent certaines découvertes. Sur le site de l’ancien hôpital Larrey a été exhumé le dallage d’un entrepôt aménagé pour accueillir des portoirs. Ils étaient sans doute destinés à recevoir les coques de pastel, richesse économique majeure de Toulouse et sa région au XVIe siècle, puisque l’entrepôt appartenait à Assézat, le plus célèbre de ses marchands. L’activité économique de l’époque moderne est, en effet, singulièrement illustrée par des aménagements et des objets méconnus des archives. Les déchets de fabrication de vitraux des verriers travaillant pour le couvent des Carmes (site des Carmes) ou les rebuts de cuisson de la faïencerie de Collondre du Port Saint-Etienne, créée au bord du canal du Midi tout juste mis en service, sont les témoins obscurs du dynamisme artisanal de la ville. D’autres découvertes passent plus inaperçues et sont pourtant bien significatives, comme le lot d’épingles de l’activité de « tailleur d’habits » du site du Lycée Saint-Sernin. Parfois, ce sont les lieux mêmes des échanges économiques que l’archéologie exhume, tels les piliers de la halle aux Blés. Au centre de la ville, ce marché couvert du commerce des grains deviendra l’actuelle place Esquirol (site du Parking Esquirol).

L’habitat à l’ombre des églises

Toulouse des XVIIe et XVIIIe siècles est profondément marquée par l’emprise ecclésiastique. Compte tenu de la présence universitaire, le Bourg est presque exclusivement peuplé de religieux, clercs, séminaristes, moniales… Nombre des importants ensembles archéologiques proviennent de puits ou de latrines et illustrent le quotidien de ce type de population : Place Saint-Étienne, prieuré de Saint-Pierre-des-Cuisines, Hôtel des Hospitaliers de Saint-Jean

Les niveaux d’habitat de cette période découverts par l’archéologie appartiennent également à ces environnements, près de l’abbaye Saint-Sernin (Lycée Saint-SerninLycée Ozenne) ou de la cathédrale Saint-Étienne (Extension préfecture, Rectorat), ou encore englobés dans l’emprise d’un couvent, comme dans le cas des Chartreux (École d’économie etSaint-Pierre-des-Cuisines). Les maisons basses des chanoines ou des artisans du Bourg donnent parfois un surprenant contrepoint à l’architecture des imposants hôtels nobiliaires.

La Révolution et la période napoléonienne transforment de nombreuses institutions religieuses en casernes ou en entrepôts. La création de l’Arsenal sur l’emprise du couvent des Chartreux va favoriser la conservation d’une portion du rempart du Bourg. L’église Saint-Pierre-des-Cuisines sert alors de fonderie de canons, avec des chambres de coulée creusées sans ménagement à travers la masse des anciennes sépultures. Loin des lignes de front des conflits de l’époque contemporaine, le paysage urbain toulousain est ainsi marqué par l’industrie de l’armement et la présence militaire : arsenal sur les sites de l’École d’économie et de Saint-Pierre-des-Cuisines, ancien hôpital Larrey, bâtiments de la gendarmerie à cheval sur le site de la Cité judiciaire.

Jean Catalo