Synthèse par périodes

La période gauloise

La Toulouse actuelle porte encore l’empreinte de la ville romaine, dont le tracé de certaines rues et le rempart de pierres et de briques constituent un lointain héritage. Mais que sait-on de l’agglomération gauloise ? 
Plan du fanum de Baulaguet.

Toulouse, terre des Volques Tectosages

D’après les sources antiques, Toulouse est la ville principale des Volques Tectosages. Ce peuple gaulois avait étendu son espace de domination entre les Pyrénées et la Montagne Noire, de Toulouse à Narbonne. Malheureusement, son organisation sociale et politique reste encore très mal connue. Les textes nous apprennent que les Tectosages sont les alliés de Rome jusqu’à leur défection vers 106 avant J.-C.

Une armée conduite par Quintus Servilius Caepio met fin à cette situation en 105 avant notre ère et Toulouse subit alors un pillage en règle ; l’histoire retiendra que les Romains mirent la main sur des quantités d’or « brut » amassées dans des lacs. Les Tectosages entrent alors définitivement dans l’orbite romaine et on ne parle plus de Volques Tectosages, mais de Tolosates.

Sous le joug de Rome, Toulouse retrouve vite sa prospérité grâce à sa position de carrefour commercial entre Narbonne à Bordeaux. Plus tard, la cité obtiendra un statut privilégié, le droit latin lui reconnaissant une partie des droits civils, politiques et militaires attachés à la citoyenneté romaine.

Où est donc passée la Toulouse gauloise ?

Depuis plusieurs siècles, érudits et chercheurs se divisent sur la question de la localisation de la ville gauloise, certains privilégiant l’emplacement du cœur de ville actuel, correspondant à la Toulouse romaine, d’autres le quartier Saint-Roch/Guilhémery, ou encore Vieille-Toulouse, à 7 km au sud.

Malgré des recherches régulières, aucune trace d’habitation antérieure à Auguste n’a jamais été mise au jour sous le centre-ville actuel. En revanche, des vestiges gaulois importants existent au sud de la ville. Ceux de Saint-Roch et de Guilhémery  pourraient former une seule entité, couvrant plus de 100 hectares. Cependant, les fouilles font apparaître une occupation relativement lâche et peu structurée. Des fossés divisent l’espace en parcelles mais celles-ci ne forment pas de trame régulière et durable. Elles enserrent le plus souvent des bâtiments épars associés à des puits et à des fosses diverses. Dans certaines zones ont été observés des ateliers d’artisans : fours de potiers, fosses de travail du métal…

Depuis plus d’un siècle, le site a livré d’importantes quantités de mobilier importé de la Méditerranée, dont surtout des amphores à vin et de la céramique de luxe. Les volumes en jeu tout autant que la diversité des provenances désignent indubitablement cette agglomération comme une place commerciale, peut-être en relation avec une infrastructure portuaire qui reste à découvrir. Cependant, le site est totalement abandonné à partir de 80 avant J.-C., soit plus de 70 ans avant la création de la ville romaine.

Des fermes encloses

Les recherches récentes ont révélé l’existence de plusieurs fermes gauloises protégées par des enclos fossoyés, en particulier à Blagnac. La plupart se développent sur des surfaces de l’ordre de l’hectare. À l’intérieur se trouvaient le ou les bâtiments d’habitation et des structures domestiques, comme des puits à eau ou de stockage, comme des greniers. La nature des mobiliers (vaisselle importée, parure…) et le caractère monumental de certaines constructions suggèrent une relative diversité dans le statut des propriétaires. Ces établissements devaient produire des denrées alimentaires (céréales, viandes) et des biens dérivés (peaux,…) sans doute en partie destinés aux agglomérations du secteur. 

Vieille-Toulouse, la Toulouse gauloise

Localisé au sud de Toulouse, le site de Vieille-Toulouse correspond à un établissement d’une centaine d’hectares, occupé des années 200 jusque vers 10 avant J.-C. Il s’agit probablement d’une agglomération fortifiée, comprenant plusieurs lignes de fossés et des talus de terre aujourd’hui arasés. Les vestiges archéologiques se répartissent sur deux plateaux, séparés par un talus nord-sud. À l’est se développe un quartier périphérique à vocation artisanale ; le noyau urbain, quant à lui, correspond au plateau de La Planho (30 hectares environ).

L’agglomération, créée en terrain vierge, a fait l’objet d’un tracé d’urbanisme relativement régulier, constitué d’îlots définis par le croisement de fossés et de rues. Ce découpage parcellaire se maintient sur la longue durée ; les réformes successives témoignent simplement de l’intensité de l’occupation des lieux jusque vers 40 avant J.-C.

Des quartiers résidentiels y sont quelquefois associés à des officines d’artisans (potiers, forgerons), tandis que vers le centre devait se trouver un complexe religieux. Le quartier périphérique de Borde-Basse abritait pour sa part un important centre potier, isolé en raison des nuisances engendrées par ce type d’activité (fumées et risques d’incendie). Les années 50-40 avant J.-C. marquent un tournant dans l’évolution de l’agglomération. Celle-ci se couvre de bâtiments construits en briques qui, sans totalement remplacer les édifices de conception traditionnelle, donnent une grande cohérence architecturale au centre-ville.

L’agglomération bénéficie de nouvelles infrastructures publiques, dont des rues pourvues de caniveaux, un bassin monumental et plusieurs temples. Le rôle majeur du site se déduit de l’abondance, unique en Gaule, des biens importés essentiellement de Méditerranée : amphores à vin, céramiques de luxe, vaisselle en bronze, etc. Ils confirment l’aisance des habitants mais aussi la dimension commerciale de l’établissement.

D’autres objets attestent la présence des élites tectosages (bijoux, armement) et du pouvoir régalien du site (coins permettant de fabriquer des monnaies, nombreux stylets servant à écrire sur des tablettes de cire, boîtes à sceaux pour authentifier les documents). Avant Auguste, le paysage toulousain est donc dominé par la ville de Vieille-Toulouse, qui contrôle de petits établissements agricoles et, au nord, une zone de faubourgs. Mais elle est abandonnée vers 10 avant J.-C. et remplacée par une ville romaine située sous la Toulouse actuelle.

Philippe Gardes