Les premières sépultures musulmanes en Septimanie

Les trois sépultures musulmanes du haut Moyen Âge découvertes lors de la fouille du parking Jean-Jaurès à Nîmes constituent une documentation archéologique unique et illustrent la première implantation « sarrasine » dans le Sud de la France.

L'identification de ces tombes a reposé sur une approche pluridisciplinaire combinant analyses archéologiques, anthropologiques et paléogénomiques.
Les trois inhumations sont situées en périphérie de la ville médiévale, à l’intérieur du périmètre de l’ancienne ville romaine, et non loin de sépultures plus traditionnelles, chrétiennes ou païennes. Elles se distinguent par des caractéristiques funéraires conformes aux rites musulmans : orientation sud-est de la tête, position sur le côté droit et dépôt du corps dans une fosse étroite, parfois avec un surcreusement latéral (al-lahd). La datation au radiocarbone situe ces sépultures au VIIIe siècle.
L'analyse anthropologique indique que les trois individus étaient des hommes adultes, sans traces de blessures mortelles dues aux combats ; un des squelettes présente une anomalie osseuse rare suggérant une origine africaine.

L'analyse génétique confirme leur ascendance nord-africaine avec la présence de l'haplogroupe paternel E-M81, fréquent chez les Berbères, tandis que leurs lignées maternelles présentent une diversité plus large.

Ces sépultures démontrent la connaissance et l'application du rituel musulman à Nîmes à cette époque. Elles suggèrent que les défunts pourraient être des Berbères intégrés à l'armée arabe ou accompagnant son expansion. Elles mettent également en lumière la coexistence de pratiques funéraires différentes dans un espace funéraire partagé.
Sépulture musulmane, VIIIesiècle
Parking Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 2007
© Julien Vial, Inrap

Enjeux historiques

L'expansion arabo-musulmane bouleverse la Méditerranée au VIIIe siècle. Les Omeyyades conquièrent la péninsule ibérique en 711, puis s'étendent en Septimanie (719-759). L'occupation d'al-Andalus est bien documentée, mais en Septimanie, seules des monnaies et céramiques attestaient leur présence. Les trois tombes nîmoises révèlent une communauté pratiquant l'islam et dévoilent le récit d'une relation sans doute complexe entre musulmans, Francs et Wisigoths, faite de cohabitations, de conflits, d'alliances et d'échanges culturels dans un contexte d'instabilité politique.