Synthèse thématique

Histoire de l'archéologie nîmoise

Des antiquaires aux premiers archéologues

À Nîmes, l’intérêt pour l’archéologie s’est d’abord construit autour des grands monuments romains qui marquent encore le paysage urbain : Tour Magne, sanctuaire de la Fontaine, Maison Carrée, porte d’Auguste ou amphithéâtre. Dès la Renaissance, érudits et humanistes s’attachent à les décrire, les dessiner et les interpréter. En 1559-1560, Jean Poldo d’Albenas publie ainsi la première histoire de Nîmes accompagnée de remarquables relevés des monuments antiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, cette tradition savante se poursuit, notamment avec Anne de Rulman puis Jean-François Séguier. Ce dernier déchiffre l’inscription de la Maison Carrée établissant la dédicace du temple aux petits-fils adoptifs d’Auguste, Caius et Lucius César. Il suit les découvertes réalisées à partir de 1738 autour de la source de la Fontaine. La création des Jardins de la Fontaine, intégrant pour la première fois en France les vestiges antiques dans l’aménagement d’un parc public, marque une étape importante dans la reconnaissance du patrimoine archéologique. J.-F. Séguier fonde également en 1770-1771 le premier « musée » de Nîmes qui abrite sa bibliothèque et ses collections.

Observer et documenter la ville

Au XIXe siècle, l’intérêt pour les monuments antiques ne se dément pas et de nombreux travaux et découvertes jalonnent la période. Plusieurs édifices majeurs — amphithéâtre, porte d’Auguste, Maison Carrée, Castellum, temple de Diane et théâtre de la Fontaine — font l’objet de fouilles et de dégagements destinés à les libérer des constructions postérieures. La Maison Carrée est transformée en musée à partir de 1823. L’archéologie reste alors largement portée par les érudits locaux. Une attention croissante portée au patrimoine favorise les découvertes comme la Mosaïque d’Admète lors de la construction des Halles en 1884.

Les travaux consacrés à l’histoire de la ville, à ses monuments, à ses collections et à ses inscriptions se multiplient. Les Mémoires de l’Académie de Nîmes, publiés depuis 1804, rendent régulièrement compte des découvertes archéologiques et des recherches des érudits locaux, parmi lesquels Auguste Pelet, maquettiste des monuments nîmois, et les Germer-Durand. L’Académie et le Musée archéologique jouent ainsi un rôle essentiel dans la constitution, la conservation et la diffusion des connaissances. Ce mouvement s’accompagne du développement des collections publiques et aboutit, en 1896, à l’inauguration d’un nouveau musée archéologique dans l’ancien collège des Jésuites.

Cette tradition se prolonge au début du XXe siècle avec les conservateurs du musée, notamment Félix Mazauric, puis Victor Lassalle, qui consignent méthodiquement les découvertes occasionnées par les travaux urbains. 

L’École Antique de Nîmes, une nouvelle société savante fondée en 1920 par H. Bauquier, diffuse dans un bulletin annuel les enseignements de l’archéologie au grand public.

Les premières fouilles de sauvetage

Dans les années 1960 et 1970, face à l’accélération de l’urbanisation et aux destructions qu’elle entraîne, apparaissent les premières véritables fouilles de sauvetage, avec une implication croissante de la direction des Antiquités. Plusieurs opérations importantes sont alors menées : en 1966, la fouille de « La Marseillaise » révèle le plan presque complet d’une domus. D’autres interventions suivent, notamment devant les Arènes, à la polyclinique Saint-Joseph et rue Nationale.

Ces recherches restent toutefois des opérations de sauvetage conduites dans des conditions difficiles : à cette époque, seulement un quart des chantiers urbains font l’objet d’un suivi archéologique.

Le tournant de l’archéologie préventive

Les années 1980 constituent un véritable tournant, dans un contexte national de structuration de l’archéologie de sauvetage. À Nîmes, les grands projets urbains multiplient les interventions, autour de la Maison Carrée, dans l’amphithéâtre, sur l’enceinte augustéenne ou près du sanctuaire de la Fontaine mais aussi dans de nouveaux secteurs de la ville (Fontaine des Bénédictins, Hespérides, place Jules Guesde, place d’Assas…).
D’abord nombreuses mais souvent de faible superficie, les fouilles changent d’échelle au début des années 1990 avec de grandes opérations comme celles de la ZAC des Halles ou de Villa Roma.

À partir de la fin de la décennie, le service régional de l’Archéologie et les archéologues nîmois mettent progressivement en place un suivi plus systématique des aménagements. La recherche archéologique ne se limite dès lors plus aux monuments et à leurs abords ni aux découvertes ponctuelles : elle s’étend à l’ensemble de la ville et à sa campagne.

De la ville au territoire

L’aménagement de l’autoroute Nîmes-Arles en 1987, puis l’urbanisation croissante de la plaine méridionale, ouvrent de nouveaux territoires à la recherche et révèlent la profondeur chronologique et la densité de leur occupation. Dans les années 1990, programmes collectifs, prospections et grandes synthèses renouvellent les problématiques : relations entre ville et campagne, évolution des paysages, paléo-environnement et occupation du sol sont désormais étudiés dans une perspective diachronique.

Depuis les années 2000, l’archéologie préventive a considérablement accru la documentation disponible. Des centaines d’hectares ont été diagnostiqués ou fouillés, révélant une occupation particulièrement dense du territoire nîmois, du Paléolithique à l’époque moderne. Cette masse documentaire nourrit des programmes collectifs associant Inrap, universités, CNRS, État et Ville de Nîmes. L’archéologie nîmoise est ainsi progressivement passée de l’étude des monuments antiques à celle de la ville, puis à celle d’un territoire envisagé dans la longue durée.

Cette connaissance reste cependant étroitement dépendante de la géographie des aménagements. Dans la ville antique, les quelque 20 hectares diagnostiqués et 5 hectares fouillés ne constituent que des fenêtres discontinues, principalement concentrées dans sa partie occidentale. À l’échelle communale, les interventions se concentrent surtout dans les espaces gagnés par l’urbanisation au sud depuis les années 1980, tandis que les garrigues et une grande partie des Costières restent beaucoup moins explorées. La carte archéologique ne reflète donc pas seulement la réalité des occupations anciennes : elle porte également l’empreinte de l’histoire récente de l’aménagement et des pratiques de l’archéologie préventive. 

Dans le même temps, les grandes fouilles urbaines offrent des possibilités d’observation jusqu’alors inédites sur les archives du sol nîmois. Celle du parking de l’avenue Jean-Jaurès, menée en 2006-2007 sur 6 500 m² et 400 m de longueur, constitue un jalon majeur. Ce véritable transect à travers la ville, associé à la qualité de conservation des vestiges et des stratifications, permet d’observer la transformation de la campagne gauloise en un quartier urbain d’époque romaine et de mieux comprendre les modalités de cette urbanisation et de la romanisation.

Les monuments comme archives

À partir des années 2000, un autre champ se développe : l’archéologie du bâti. Les archéologues ne travaillent plus seulement dans le sous-sol, mais interviennent également sur les échafaudages dressés à l’occasion des restaurations. L’observation et le relevé des maçonneries permettent alors de restituer les phases de construction, de transformation et de restauration des monuments et des maisons anciennes.

Cette démarche est notamment mise en œuvre lors de la restauration de la Maison Carrée à partir de 2006, puis prend une ampleur particulière avec le chantier de restauration de l’amphithéâtre, suivi sur le long terme par une équipe de l’Inrap. Elle est également appliquée à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor. Les élévations deviennent ainsi, au même titre que les couches du sous-sol, de véritables archives archéologiques.