
Vue aérienne de la fouille. La ville romaine sous la ville moderne
Parking Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 2007
© MRW Zeppeline Languedoc, Inrap
Parking Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 2007
© MRW Zeppeline Languedoc, Inrap
Description
Située au cœur de Nîmes, au centre d'une large avenue créée au XVIIIe siècle par Mareschal, ingénieur royal, la fouille du parking Jean-Jaurès a été réalisée sur une superficie de 6500 m2, soit l'une des plus importantes surfaces d'étude ouvertes dans la ville de Nemausus. L'intervention s'étend sur 400 m de long et 16 m de large, et entre le fossé d'enceinte gaulois au nord et le rempart romain au sud, ce qui en fait un site clé pour étudier l'urbanisation de la ville antique.La fouille a révélé 1,50 m de vestiges antiques remarquables, apparaissant parfois à moins d'un mètre sous la surface actuelle et bien conservés car peu perturbés par les cultures médiévales et les remblais d'époque moderne. La fouille éclaire l'évolution de ce quartier, des vignes gauloises aux parterres mythologiques des luxueuses domus romaines.
Résultats
De la vigne d'époque gauloiseLes premières traces de mise en valeur de ce secteur au sud de la ville gauloise de Nîmes, à 350 m de la Source de la Fontaine, indiquent la présence d'un vignoble dès le Ve-IIIe siècle av. J.-C. Les tranchées de défoncement (sulci), caractéristiques des plantations de vignes, y sont attestées, confirmant une culture viticole bien antérieure à la Conquête romaine et l'une des plus anciennes de Gaule.
Au IIe siècle av. J.-C., le parcellaire est réorganisé autour de nouveaux chemins, dont l'un venant du sud et correspondant à la Via Domitia se divise en deux à proximité de l'enceinte pour à la fois desservir une probable porte d'entrée dans la ville et longer l'agglomération protohistorique en direction de l'Est.
…Aux premiers faubourgs
Au Ier siècle av. J.-C., le vignoble recule vers le sud, et cède la place à un quartier artisanal extra-muros, principalement dédié au travail du fer. Les forgerons y mènent une double activité de proximité et de manufacture spécialisée. Ce quartier artisanal se maintient jusqu'en 25 ap. J.-C.
La fouille du parking Jean-Jaurès met ainsi en évidence le développement urbain de Nîmes aux IIe-Ier siècles av. J.-C. et l'émergence des premiers faubourgs peu après la Conquête romaine.
Le développement de la ville romaine
Sous Auguste, la ville s'agrandit et se dote d'équipements monumentaux. Le secteur entre l'ancienne enceinte gauloise et le nouveau rempart romain est pleinement urbanisé au milieu du Ier siècle ap. J.-C., avec un réseau de huit rues desservant autant d'îlots principalement résidentiels. Les rues, bordées de portiques, trottoirs, fontaines et réseaux d'adduction d'eau, sont régulièrement entretenues durant les deux premiers siècles.
Le quartier des forgerons est intégré à la trame urbaine et remplacé par des habitations, commerces et auberges. L'activité de métallurgie se limite alors à un travail de charronnage installé sous les portiques en bordure des nouvelles rues. Toutefois, l'artisanat perdure également au sud de la ville avec l'installation d'ateliers de potiers dès 40 ap. J.-C., produisant amphores, céramiques et lampes à huile.
Et de ses luxueuses demeures
Les domus identifiées dans le secteur présentent une organisation comparable : au nord, des pièces nobles ouvrant sur une large galerie et une cour avec bassin. La grande taille des bâtiments (plusieurs centaines de m2) et le raffinement des décors (mosaïques, peintures, sols aménagés) témoignent du statut aisé des occupants.
Dans la partie nord, un édifice mi-privé, mi-public s'organise autour d'une cour avec un bassin rectangulaire doté d'une niche semi-circulaire, mêlant sculpture et jeux d'eau. Son accès incliné pavé est fortement usé. Les fouilles ont révélé des monnaies et une statue-fontaine en calcaire de Neptune. Le puits adjacent contenait des objets de luxe à vocation rituelle : autel votif, monnaies, vaisselle en bronze et éléments d'ameublement. L'aile nord, avec ses pièces basses, présente des graffitis évoquant des combats de gladiateurs et des récits libertins.
Plus au sud, une vaste domus, rénovée au IIe siècle ap. J.-C., abrite des salles de réception ornées de thèmes mythologiques comme Achille à Skyros et le châtiment de Penthée, ainsi qu'un décor mural représentant Apollon citharède. La richesse des matériaux et l'élégance des compositions illustrent le haut niveau culturel du commanditaire.
Le mobilier découvert lors des fouilles, issu des puits et remblais, reflète une forte acculturation romaine dans l'ameublement, l'écriture, les jeux et l'alimentation.
Le retour à la campagne
Le déclin du quartier commence au IIIe siècle, marqué par des incendies et des récupérations de matériaux. Certaines maisons abandonnées sont réinvesties à des fins artisanales, comme un atelier de verrier installé au sein d'une ancienne pièce résidentielle.
Le mouvement de développement de l'urbanisation vers le sud laisse place deux siècles plus tard à un reflux inverse d'abandon de la ville vers le nord. À la fin de l'Antiquité, la zone devient un espace de friches et de cultures, avec quelques tombes médiévales, dont trois tombes musulmanes du VIIIe siècle.
Quelques sépultures de l'époque moderne ont aussi été retrouvées. Le Cours-Neuf, mis en place au 18e siècle, est dénommé avenue de la Camargue durant la seconde guerre mondiale. Elle est alors bordée sur son côté ouest d'abris anti-aériens.















![Graffiti antique. Scène de gladiature évoquant vraisemblablement un combat dans l'amphithéâtre voisin. Description : au-dessous d'un sexe masculin, représentation d'une scène de gladiature opposant un rétiaire s'élançant, le trident tendu, contre un secutor reconnaissable à son casque et son bouclier long orné d'une croix de saint André. Au-dessus d'eux sont inscrits leurs noms : X[a]ntus, le fameux (?), 12 (victoires)” HERMA” Xant(h)us et Herma(s) sont des noms grecs et d'esclaves, qui n'ont rien de surprenant pour des gladiateurs, très ordinairement d'origine servile. La représentation des gladiateurs recoupe un texte plus ancien (entre les deux combattants) : TITIRI, en référence à Tityre, le berger heureux de la première Bucolique de Virgile. Parking Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 2007](/userdata/atlas_chantier_photo/8/8168/232x158_8168_photo_fig-17-graffiti.jpg)




