Le portrait d'un notable gaulois

Ce portrait a été découvert en 2023 dans une fouille préventive sise à la jonction de la rue du Cadereau et de l’avenue Jean-Jaurès à Nîmes. Il gisait dans le comblement d’une fosse datée du début du Ier siècle avant J.-C., mais il avait été mis au rebut ; il faut par conséquent plutôt le dater de la dernière partie du IIe siècle avant J.-C. Son contexte architectural est malheureusement totalement inconnu ; un angle de bâtiment monumental arasé découvert dans ce secteur de la fouille pourrait néanmoins constituer l’écrin de ce bien exceptionnel.
Vue générale de face du portrait après son nettoyage.
3 rue du Cadereau/24-28 avenue Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 2023
© Christophe Coeuret, Inrap
Un portrait entre traditions gauloises et influences romaines

Ce portrait adopte des caractéristiques singulières, mêlant des influences à la fois gauloises et romaines. Des portraits romains d’époque républicaine, il est marqué de profondes rides, les cheveux retirés sur les tempes. De la statuaire gauloise locale, il présente de grandes oreilles au cartilage épais, les yeux globuleux en amande et les iris creusés. Le torque autour du cou nous révèle aussi l’identité gauloise de cet homme. Il s’agit très probablement d’un notable de la cité qui seul pouvait avoir les moyens suffisants pour faire réaliser une telle œuvre, sculptée dans une pierre locale de prestige pour l’époque concernée, le calcaire du bois des Lens.

Des caractéristiques techniques soignées

Plusieurs traces de couleurs ont été observées sur la sculpture. Un rouge vif est encore visible sur la lèvre supérieure et sous la lèvre inférieure. Il s'agit d'hématite, pigment utilisé depuis la préhistoire et dans les contextes gaulois avant la généralisation du cinabre sous le Haut Empire romain. On remarque également un rouge plus discret sous l’œil droit et dans l’oreille droite, tirant sur l’ocre. Un îlot violet apparaît à la commissure des lèvres à gauche. Un fond blanc au plomb servait de couche de préparation générale. 
Par ailleurs, les pupilles et les iris ont été creusés et le contour des iris incisé, selon une technique régionale qui perdure jusqu’au milieu du Ier siècle après J.-C. Cette tête est exceptionnelle car elle est la première sculpture locale retrouvée avec un comblement au mortier. Ce mortier de chaux recouvre les yeux d’une couche blanche. La sculpture était destinée à être peinte, mettant en valeur la couleur des iris et offrant au portrait une profondeur et un réalisme saisissants.

Une coiffure masculine dans l’air du temps

La coiffure est elle aussi très singulière par ses influences multiples. La découpe sur les tempes et le front rappelle les portraits romains de type républicain. La structure des mèches formées d’une ondulation et d’une boucle, ainsi que les mèches longues derrière l’oreille, s’insèrent dans la production gauloise régionale des IIe et Ier siècle avant J.-C. L’enroulement de ces dernières n’est pas sans rappeler certaines coiffures grecques connues par des images diffusées en Gaule méditerranéenne.

Cette œuvre constitue donc un rare témoignage de l’acculturation des élites gauloises au début de la conquête romaine de la Gaule méditerranéenne et sera sans aucun doute l’une des pièces majeures de la collection du Musée de la Romanité de Nîmes lorsqu’elle en intégrera les collections.