
Mosaïque géométrique ornant une pièce de réception.
3 rue du Cadereau, Nîmes (Gard), 2023
© David Tosna, Inrap
3 rue du Cadereau, Nîmes (Gard), 2023
© David Tosna, Inrap
Description
De novembre 2022 à mars 2023, une équipe de l'Inrap a mené une fouille sur une surface d'environ 900 m² à l'angle de la rue du Cadereau et de l'avenue Jean-Jaurès, préalablement à la construction d'un immeuble d'habitation, le Clos de la Fontaine.Ce secteur est occupé dès le Ve siècle avant J.-C. par un paysage rural viticole. Puis, au fil des siècles, il s'urbanise : d'abord en périphérie de la ville gauloise de Nemausus, il devient progressivement un quartier à part entière de la ville romaine.
Résultats
Un paysage viticole à l'époque gauloiseLes premières traces d'occupation remontent au Ve siècle avant J.-C. On y découvre une culture de la vigne, organisée en rangs espacés d'environ 1,50 mètre, probablement mêlée à d'autres cultures dans un système de polyculture. À cette époque, la ville de Nîmes se concentre plus au nord, autour de la source des Jardins de la Fontaine. Cette campagne viticole perdure jusqu'au milieu du IIe siècle avant J.-C., période durant laquelle les rangs se densifient.
Un quartier en devenir au sud de la ville gauloise de Nemausus
Progressivement, l'urbanisation gagne ce secteur. Des structures défensives ont été identifiées comme un premier fossé orienté est-ouest, implanté au nord de la fouille, comblé au IVe siècle avant J.-C., suivi plus au sud d'un nouveau fossé plus large creusé au IIe siècle avant J.-C., accompagné d'un mur parallèle, large d'un mètre. Une voie, créée à la même époque, traverse le secteur et restera utilisée jusqu'à l'époque moderne.
Dans le courant du Ier siècle avant J.-C., ces fortifications sont progressivement transformées pour laisser place à des bâtiments dont le plan reste très lacunaire. Les activités qui se déroulaient dans ces espaces sont inconnues. La voie est parallèlement déportée vers le sud.
L'évolution d'un îlot urbain antique
À partir du règne d'Auguste (fin Ier siècle avant J.-C.), le site est intégré dans la ville romaine. Une phase de grands travaux (fosses d'extraction de terre et remblais de nivellement) précède l'aménagement d'un îlot urbain partagé en deux parcelles.
Au nord, une vaste maison (domus) s'organise autour d'une cour. Les sols, d'abord majoritairement en terre, sont tous progressivement équipés de béton, parfois décorés de tesselles, et même d'une mosaïque. Les murs sont ornés de peintures murales, un bassin d'agrément et un puits complètent la cour, et une pièce chauffée apparaît dans les dernières phases d'occupation. La maison est entièrement remaniée au IIIe siècle, mais continue d'être habitée.
Au sud, l'occupation est plus instable. Elle débute par un atelier de fabrication de lampes et de poteries daté de la fin du Ier siècle avant J.-C. Il cède rapidement la place à un bâtiment élevé en terre massive sur au moins deux étages, ouvert sur la rue, et pourvu de deux ailes encadrant un espace central équipé d'une calade. Les ailes sont munies de deux cuisines et au sud-ouest une pièce pourrait s'apparenter à une latrine. Etant donné le plan et les équipements, il pourrait s'agir d'un établissement d'accueil (auberge ou relais). Au IIIe siècle, il est entièrement couvert et pourrait changer de destination.
La fin de l'occupation est marquée par un incendie généralisé. Cet incendie a permis de conserver l'architecture des bâtiments antiques, constituée à 90 % de terre crue.
Le retour à la terre avant une nouvelle vie urbaine
Après le IIIe siècle, les terrains sont remis progressivement en culture, signant le retour de la campagne ; seule la voie méridionale est conservée desservant désormais les parcelles agricoles. Entre le XVIIIe siècle et le XXe siècle, le quartier est à nouveau loti, scellant définitivement les vestiges antérieurs.

















