La cave d'un figuriste

La fouille de la place de Gaulle a mis au jour une petite cave associée à un immeuble d'habitation dont la façade donnait sur un tronçon, aujourd'hui disparu, de la rue de la Hallebarde. Les gravats de démolition ayant comblé la cave au XIXe siècle ont scellé son contenu. Les milliers d'artefacts ainsi conservés ont révélé la profession, aujourd'hui rarissime, de leur propriétaire, celle de figuriste, soit un mouleur qui coule des figures en plâtre. 
Moules oviformes, XIXe siècle. Ils sont de toutes tailles, de 4 cm à 20 cm.
Place de Gaulle, zone 2, Orléans (Loiret), 2010.

Des moules

La cave, d'une surface de 2,50 m2 et conservée sur environ 1,20 m de profondeur, contenait une multitude de pièces en plâtre, dont seules 122 ont été prélevées. Parmi ces pièces, il y a des moules destinés à fabriquer des demi-volumes géométriques, sphériques ou oviformes (en forme d'œuf). Ces derniers sont les plus nombreux, avec des variantes dans les dimensions. Certains possèdent des trous d'évent (conduits pour permettre l'écoulement du plâtre) et deux ont été cachetés à la cire rouge au revers. Ceux-ci semblent avoir été retravaillés, probablement pour faciliter les assemblages des reliefs. Les moules peuvent être simples ou multiples.

Des reliefs d’applique

Outre les moules, la cave a livré de nombreux reliefs d'applique, petites sculptures employées dans des compositions. Ils sont en forme de fruits et de légumes, de motifs floraux et végétaux ; certains évoquent l'univers de la crèche, d'autres, la pâtisserie ou les coquillages ; d'autres, enfin, semblent prendre sens dans un décor. Des pièces sont plus complexes, telles les petites plaquettes de plâtres qui portent des dessins incisés ou faits au crayon de bois, ou tels, encore, les motifs taillés dans des formes simples. Enfin, quelques pièces sont le produit d'assemblages, toujours réalisés au plâtre, parfois à l'aide d'une tige de métal.

Des récipients

La fouille a révélé, à côté des objets en plâtre, des récipients en céramique, en verre et en métal, dont certains contenaient des liquides plus ou moins colorés (restes de peintures violette, jaune, turquoise et verte) et des pigments en poudre de couleur fuchsia et de couleur vermillon. Une pile d'étiquettes en papier, probablement destinées à identifier les pigments, a également été découverte.

Les santonniers du nord de la France

Tous ces éléments attestent la présence d'un atelier de figuriste. Cet artisanat, aujourd'hui rarissime, s'est développé au cours du XIXe siècle dans la partie nord de la France, tandis que le sud du pays connaissait le développement des santonniers. L'activité des figuristes est alors particulièrement florissante ; les gisements de gypse (pour faire le plâtre) sont exploités, tandis que le staff (mélange de plâtre et de fibres végétales) remplace le stuc (plâtre gâché avec une solution de colle). Les artisans peuvent travailler à leur compte sur des petites séries vendues dans la rue ou encore dans des grands chantiers de construction.

Rugani, « statuaire »

En recoupant diverses archives (les Étrennes orléanaises, l'Almanach du Loiret, la liste des adresses classées par rue et les archives de l'état civil), il apparaît que l'atelier découvert place de Gaulle aurait été celui de Jean-Baptiste Rugani, « statuaire ». Fils d'un laboureur de Lucques, en Italie, et né à Montuolo en 1805, il épousa, en 1842, à Orléans, Marie-Thérèse Menel, dont il eut trois enfants. Son activité de « mouleur en plâtre » est attestée à partir de 1847 et jusqu'en 1884. 
Sébastien Lécuyer