Augusteum Jardins de la Fontaine « Temple de Diane »

Aquarelle de Jean-Claude Golvin restituant l'Augusteum.  © Jean-Claude Golvin (CNRS)
Aquarelle de Jean-Claude Golvin restituant l'Augusteum.
© Jean-Claude Golvin (CNRS)

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Les jardins de la Fontaine : un lieu emblématique des antiquités nîmoises
 
Bordée de collines calcaires au nord et à l'ouest, Nîmes s'est développée autour d'une résurgence appelée dès le Moyen Âge « la Fontaine ». Les vestiges romains des jardins de la Fontaine connus actuellement ont été dégagés pour la plupart aux XVIIIe et XIXe siècles. Ils marquent ainsi les prémices de l'archéologie nîmoise. En effet, en 1739 et au cours de la décennie suivante, les travaux réalisés par la ville pour améliorer le débit de la source de la Fontaine et aménager ses abords ont donné lieu à la première fouille d'ampleur à Nîmes – elle est d'ailleurs contemporaine des premières fouilles menées à Herculanum à partir de 1738. Toutefois, à cette époque, les principes de la fouille stratigraphique et planimétrique n'étaient pas encore appliqués : il s'agissait essentiellement de faire apparaître les architectures et de recueillir les objets les plus remarquables (inscriptions, monnaies, sculptures, etc.).

Si le secteur de la Fontaine était occupé jusque-là par des jardins privés et par des moulins, une petite promenade avait été plus ou moins aménagée le long du ruisseau, montrant déjà l'attachement des Nîmois à leur « Fontaine ». La mise au jour d'importants vestiges antiques magnifiant cette source a fortement contribué à rendre public ce secteur en y créant l'un des premiers jardins d'Europe ouverts à tous, et le tout premier jardin archéologique de France.

Le vaste complexe qui avait été dégagé fut assimilé à des « bains », mais, dès les années 1930, on put réviser cette interprétation et reconnaître un sanctuaire d'époque impériale. On sait aujourd'hui qu'il recouvre des constructions plus anciennes, dont un espace très tôt sacralisé par les populations indigènes (les Volques arécomiques), lieu de culte dont la réalité est avérée par quelques blocs sculptés et des inscriptions votives en gallo-grec datées des IIe et Ier siècle avant J.-C., mais qui reste méconnu quant à son architecture et son décor – si l'on excepte un édifice à portique de tradition hellénistique qui a pu avoir aussi une fonction politique [Voir la notice « Villa Roma »].

Le complexe monumental édifié à la fin du Ier siècle avant J.-C. et restructuré dans les années 70-90 puis au début du IIe siècle était organisé autour d'un portique dont les trois ailes formaient un U ouvert en direction du mont Cavalier et de la Tour Magne. Cet ensemble s'élevait de façon symbolique au-dessus d'un remarquable système de canalisations des eaux de la Fontaine qui permettait de réguler son débit au gré des saisons et d'assurer à la ville des eaux vives et pérennes. Ce portique enfermant un espace sacré s'articulait entre un théâtre localisé à flanc de colline et le temple de Diane sur le côté opposé. L'élément essentiel est bien sûr le bassin de la Source, où resurgissent les eaux souterraines, canalisées vers un nymphée bordé de portiques inondables, cernant une plateforme de 20,20 sur 16,38 m de côté, sorte d'îlot sacré où s'élevait sans doute un autel dédié à Rome et à Auguste. Le théâtre, dont la cavea d'environ 85 m de diamètre se devine encore sous la pelouse au-dessus de la grande terrasse des jardins, n'était peut-être pas le plus important de la ville et pouvait être réservé à certaines occasions ; des inscriptions signalent qu'on y donnait des spectacles en l'honneur des empereurs régnants.

Le temple de Diane

Le temple de Diane se composait d'une salle rectangulaire voûtée (14,48 x 9,46 m) flanquée de deux couloirs latéraux isolant la salle de l'humidité rémanente du relief naturel, l'édifice étant engravé dans la colline. Face à l'entrée, trois compartiments, aux plafonds composés de dalles finement sculptées, s'ouvraient dans le fond. Les trois autres parois de cette pièce comportaient des niches, sans doute destinées à exposer une série de statues consacrée à la famille impériale, encadrées par des colonnes monolithes et couronnées de frontons alternativement courbes et triangulaires. La voûte, très originale et encore bien conservée au XVIe siècle, était faite d'une succession d'arcs de largeurs imposantes et d'épaisseur inégale qui simulaient des doubleaux. L'éclairage de cette salle voûtée n'était assuré que par une seule grande baie placée au-dessus de la porte d'entrée. Cette dernière offrait de l'intérieur une perspective vers l'autel consacré à Rome et Auguste ; elle était encadrée à l'extérieur par deux fontaines. Enfin, les baies latérales du fond de la salle communiquaient avec deux couloirs latéraux larges de 1,30 m, où des escaliers déjà détruits au XIIIe siècle menaient à des constructions mitoyennes aujourd'hui disparues.

En arrière du monument, plusieurs murs délimitaient d'étroits passages, sans doute liés à l'évacuation des eaux de ruissellement, ainsi que des vides de construction profonds de 4,50 à 6 m et de formes allongées. Ces murs devaient en outre supporter une terrasse bâtie, peut-être occupée par d'autres espaces. De part et d'autre des deux escaliers, deux pièces complétaient le plan de l'édifice.

Si les chapiteaux, l'ordonnancement du décor intérieur, les caissons plats des plafonds, les proportions générales correspondent aux normes architecturales de la période augustéenne, la façade à l'est, avec ses trois arcades formant l'entrée, semble avoir été très remaniée au IIe siècle.

L'édifice a été improprement qualifié, dès le XVIe siècle au moins, de « temple de Diane » peut-être en raison d'une assimilation ancienne de cette déesse à « Divona », terme gaulois désignant une source sacrée et employé par le poète Ausone. Le plan du bâtiment, comparable à certaines bibliothèques du monde romain, et le fait qu'il soit accolé à d'autres, contrairement par exemple à la Maison Carrée placée sur un podium et détachée de toute autre construction, suggèrent qu'il ne s'agissait pas d'un temple, même si des pratiques cultuelles ont pu s'y dérouler. Le complexe auquel il appartient a été identifié à un lieu de culte dédié à Rome et son empereur par comparaison avec certains sanctuaires connus à la même époque, notamment celui d'Alexandrie (Égypte), qui était « embelli de portiques, de bibliothèques, de parvis, de plantations, de vestibules, de péristyles, de galeries, d'une somptuosité admirable », nous dit le philosophe Philon d'Alexandrie, l'élément aquatique étant représenté à cet endroit par la mer. Ici, l'eau sacralisée de la source était facilement accessible par un escalier double semi-circulaire, aménagement antique fidèlement restitué lors de la création des jardins de la Fontaine au XVIIIe siècle.

Un grand nombre d'inscriptions ont été découvertes autour de la Fontaine. L'une d'elles mentionne Agrippa, qui était en quelque sorte le bras droit d'Auguste et qui semble avoir eu un rôle décisif dans l'entreprise de monumentalisation de la ville (en tant que « patron » des Nemausenses), notamment dans la conception du sanctuaire aujourd'hui identifié à un Augusteum. Les inscriptions montrent effectivement qu'on y honorait l'empereur, mais au cours des années 70-90 et davantage encore au IIe siècle, ce sont également les grands notables de la cité qui y sont honorés. L'un d'eux, Titus Iulius Dolabella, personnage influent y compris en dehors de Nîmes, est honoré par une association théâtrale à caractère religieux qui se produisait dans le théâtre intégré à l'Augusteum et qui était placée sous le patronage d'Hadrien, empereur de 117 à 138. C'est sans doute de cette époque que date une inscription officielle, aujourd'hui exposée au Musée de la Romanité, mentionnant à la fois un empereur et la res publica Nemausensium, le corps des citoyens nîmois. Elle devait être placée à l'entrée de l'Augusteum.

Gageons que de futures découvertes viendront préciser la fonction du « temple de Diane » qui est la seule partie de l'Augusteum qui nous soit parvenue en élévation depuis l'Antiquité, grâce à son utilisation comme édifice chrétien, attestée dès le Xe siècle mais sans doute plus ancienne. Il fut fortement mutilé à la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle, alors qu'il attirait déjà l'attention des artistes et savants. Il servit de 1740 à 1823 comme lieu de dépôt et d'exposition d'inscriptions et sculptures. Au cours du XIXe siècle, il fit l'objet de plusieurs campagnes de restauration et fut classé Monument Historique.

À ce jour, les dernières interventions archéologiques autour de la Fontaine remontent à 1997, à l'occasion de travaux de restauration et de remise aux normes de sécurité du temple de Diane. Elles ont permis de recueillir de précieuses observations sur la construction de l'édifice et sur les nombreux remaniements qu'il a pu subir durant deux millénaires.