
Vue générale de la fouille de la ZAC des Halles lors des terrassements préliminaires.
Zac des Halles, Nîmes (Gard), 1990
© Martial Monteil, Nantes Université
© Martial Monteil, Nantes Université
Description
À Nîmes, la création d'un centre commercial avec parking souterrain (actuelle Coupole des Halles) sur une surface de près de 3000 m² a entraîné la destruction d'immeubles et la réalisation d'une fouille de sauvetage programmée, dirigée par Martial Monteil (AFAN), grâce à laquelle l'essentiel du site a pu être étudié (2300 m²). En 1992, une seconde opération de sauvetage programmé, conduite par M. Monteil, a permis d'étendre la fouille de 400 m² vers le nord, sous le boulevard Gambetta, à l'occasion de la réalisation de trémies d'accès au parking souterrain du centre commercial. La fouille a permis d'observer les transformations successives du quartier depuis le Ve siècle avant J.-C. jusqu'à l'époque moderne.Résultats
Un paysage de campagne progressivement urbanisé dans la seconde moitié du Ier siècle avant J.-C.Le secteur est à l'origine caractérisé par des sols très humides, voire marécageux en raison de la proximité d'un cours d'eau, l'effluent de la Fontaine de Nîmes, et de la situation en pied de colline. Ce paysage sert de zone de pâture et pour la culture de céréales au cours des VIe/Ve siècle avant J.-C. Il est exploité de façon plus discrète durant les deux siècles suivant, avant d'être réinvesti à des fins agraires au début du IIe siècle avant J.-C. La fenêtre d'observation, réduite à 35 m² du fait des aménagements postérieurs, montre un réseau de fosses de plantation (vigne ?) allongées et étroites associées à des trous de poteau indiquant un bâti léger, autour desquelles se reconnaissent également des sols d'occupation.
Dans la seconde moitié du IIe siècle avant J.-C., on assiste à la mise en place de deux voies, quasi perpendiculaires et empierrées. La principale, identifiée à un tronçon de la voie Domitienne, est large de 10 m, l'autre de 5 m. Elles présentent un profil en creux, propice au drainage de ce terroir humide, et sont encadrées par des murs de terrasse limitant les parcelles riveraines. Au nord de la voie principale, du côté du cours d'eau, le sol a été profondément modifié pour le rendre plus favorable aux cultures. À cela s'ajoutent une série de silos et un réseau de canalisations couvertes, en rapport direct avec des aménagements hydrauliques complexes (étranglements, vannes, bassins...) qui témoignent d'une parfaite maîtrise des techniques d'irrigation agricole. Là encore, les analyses attestent des zones de pâture, mais aussi d'exploitation de céréales et du chanvre textile. Les deux voies sont alors exhaussées et une borne monolithe en calcaire est installée à leur croisement.
Dans le troisième quart du Ier siècle avant J.-C., un atelier de potiers et une petite unité d'habitation s'implantent dans ce secteur jusqu'alors exclusivement réservé à des activités agricoles. L'installation artisanale comprend deux fours circulaires, à pilier central, et témoigne du développement économique de la ville à l'orée de l'époque augustéenne.
Occupation urbaine entre la fin du Ier siècle avant J.-C. et le IIIe siècle
Le quartier se trouve à l'intérieur de l'enceinte romaine construite à la fin du Ier siècle avant J.-C.
Le niveau de circulation des deux voies est à nouveau surélevé et deux égouts collecteurs sont établis sur leurs tracés, le plus petit se déversant au nord dans le plus imposant. Celui-ci, implanté sur la voie Domitienne, a une section semi-circulaire voûtée en pierres liées au mortier (l. 2,40 m x h. 1,40 m) ; son fond dallé a une pente vers l'est et donc vers la porte d'Auguste, par où la voie sortait de la ville. La borne antérieure remplacée par deux blocs superposés qui ont pu servir de support à un laraire – rappelons qu'un culte instauré par Auguste associait son génie aux Lares des carrefours.
Ces deux rues délimitent trois îlots qui s'étendent hors fouille et sont bâtis à la fin du Ier siècle avant J.-C.
Au nord de la voie Domitienne, la maison la mieux connue couvre près de 360 m² ; sept pièces s'organisent autour d'une cour centrale, laquelle communique au nord avec une arrière-cour. Les murs porteurs sont en pierre alors que les divisions internes se présentent sous la forme de cloisons de brique crue. Les sols sont tous en terre battue. Dans la seconde moitié du Ier siècle après J.-C., cette maison subit quelques réfections mais son plan reste identique. Les sols et les seuils sont exhaussés, les murs refaits et parés d'enduits peints et la cour centrale reçoit un bassin entouré d'un péristyle. Enfin, l'arrière-cour est réduite de moitié pour permettre la construction d'un local technique lié aux thermes nouvellement construits sur la parcelle voisine. Peu avant son abandon définitif, vers le milieu du IIIe siècle, une partie de cette maison accueille un atelier de travail de l'os. Dans les deux maisons dégagées plus au nord comportent des sols construits et l'une d'elles est partiellement ou totalement annexée par les thermes. Ceux-ci ont été construits peu après la mise en service de l'aqueduc du Pont-du-Gard. Ils étaient composés d'au moins dix espaces contigus couvrant plus de 600 m² (caldarium avec suspensura en béton de tuileau, pilettes d'hypocauste et bassin semi-circulaire ; piscine d'eau chaude ; cour ; deux pièces allongées dont un probable portique ; une ou deux piscines d'eau froide ; une salle destinée aux soins curatifs ; deux réduits à vocation probable de stockage). Donnant sur un axe de circulation majeur, permettant aussi un approvisionnement en bois et un raccord à l'égout, ces thermes publics sont restitués sur 1000 m². Ils ont été rénovés dans le courant du IIe siècle.
Transformation du paysage à la fin de l'Antiquité
La plupart des constructions reconnues sur cette fouille ont pu être occupées jusqu'au début du IIIe siècle ou au plus tard dans les années 350, sous des formes impossibles à restituer. À cette période, le quartier se vide peu à peu, les matériaux de construction étant systématiquement récupérés. Par la suite, le secteur se transforme en zone de jardinage et/ou pacage et quelques fosses ont pu servir de silo. La fouille a également révélé un four de grande taille (2,20 m de diamètre) qui paraît bien n'avoir été utilisé qu'une fois pour fondre un objet en bronze de grande taille, peut-être une cloche, fondue à une date imprécise, comprise entre le Ve siècle et le début du XIVe siècle Enfin, l'époque moderne a livré plusieurs inhumations ainsi que de nombreux vestiges d'activités artisanales, notamment de la teinturerie.




