Place Jules-Guesde

Vue des fondations des maisons du IVe au Ier siècle avant J.-C. avec le mur d'enceinte visible à gauche sur le cliché.  Place Jules-Guesde, Nîmes (Gard), 1987  © Marc Célié, Inrap
Vue des fondations des maisons du IVe au Ier siècle avant J.-C. avec le mur d'enceinte visible à gauche sur le cliché.
Place Jules-Guesde, Nîmes (Gard), 1987
© Marc Célié, Inrap

Description

En 1987, une fouille a été réalisée place Jules-Guesde, située sur l'avenue Jean-Jaurès, au croisement des rues Traversière, du Cadereau et des Chassaintes, préalablement à la construction d'un parc de stationnement souterrain. Elle a permis d'explorer une surface de 700 m² (70 × 10 m). Cette opération a apporté un nouvel éclairage sur la Nîmes préromaine, en particulier sur son rempart et sur son extension.

Résultats

En surface du terrain naturel, une forte présence de petits éléments apparentés à la partie non putrescible de rejets domestiques (charbons de bois, fragments d'os d'animaux domestiques ou de céramiques), montre la proximité d'habitations dès le Ve siècle avant J.-C.

Au siècle suivant apparaissent plusieurs unités d'habitation prenant la forme de cases rectangulaires séparées par une ruelle large de 1,10 m. L'une présente des murs sur solin de pierres liées à la terre probablement montés en adobes, une couverture en matériaux périssables et des sols en terre battue. La pièce principale (3,70 x 5,60 m, soit 20,72 m²) a livré une fosse peut-être pour loger des vases de stockage, ainsi que deux plaques d'argile ayant servi de foyers. 

Ces habitations s'apparentent à celles connues sur les sites d'Ambrussum, de Lattes ou de Nages. Elles donnent sur un espace extérieur qui longe le mur d'enceinte. En effet, la fouille a mis en évidence sur 10 m de long un puissant fossé large de 6,05 m et profond de 3,05 m, qui est bordé par un mur en pierres sèches d'une largeur moyenne de 1 m et dont les deux côtés sont soigneusement parementés. Il s'agit d'une partie du système défensif de la ville au IVe siècle avant J.-C., dont l'élément le plus connu est la Tour Magne dans son état ancien, masqué par sa reconstruction à l'époque romaine. Sur la fouille place Jules-Guesde, le large fossé était doublé sur ses deux côtés de murs en pierres sèches, ce qui est un procédé bien adapté à un secteur de plaine et qui est aussi connu sur différents sites de Méditerranée nord-occidentale. Ce fossé jouait sans doute aussi un rôle dans l'assainissement et la protection de la zone située en bas de pente, en particulier lors d'épisodes de fortes pluies.

Dans la première moitié du IIe siècle avant J.-C., le fossé est comblé et remplacé par une rue dont la chaussée est faite d'un ballast de cailloux et galets sur lequel le passage de charrois a tracé de multiples ornières. 

Au cours du IIe siècle avant J.-C., les habitations sont détruites et remplacées par une nouvelle construction de forme et d'orientation différentes. Il comprend au moins quatre ou cinq espaces dont un est équipé d'un puits circulaire pour la fourniture en eau. Une série de fosses destinées à recevoir de grandes jarres utilisées pour la fermentation ou le stockage du vin a également été mise au jour. La découverte de monnaies de Marseille illustre les échanges commerciaux avec cette ville grecque. Le nouveau fossé d'enceinte, large de 7,80 m et profond de 4,90 m, est plus imposant. On estime que la ville s'étend alors sur une quarantaine d'hectares depuis la Tour Magne et la place Jules-Guesde. 

À la fin du Ier siècle avant J.-C., lorsque la ville s'agrandit et édifie un nouveau rempart encore plus vaste, le fossé sera à son tour comblé. Un alignement de piles de fondation en grand appareil, découvert dans le comblement du fossé, pourrait indiquer la présence d'un portique monumental ou bien d'un aqueduc. En parallèle, l'installation d'un réseau d'égouts témoigne de la part des édiles du souci de la gestion des eaux indésirables. 

La présence de monnaies frappées sous l'empereur Marc-Aurèle, qui régna de 161 à 180 après J.-C., montre que l'occupation se poursuivait au moins jusqu'à cette période mais la création de l'avenue Jean-Jaurès, dans le courant de la seconde moitié du XVIIIe siècle, a fait disparaître les niveaux archéologiques les plus hauts.