
Vue perspective du Castellum par A. Pelet en 1844, dessin repris et modifié par J. Salles, lithographie
Castellum Divisorium, Nîmes (Gard)
© Mémoires de l'Académie royale du Gard, 1945-1946, pl. VI
Castellum Divisorium, Nîmes (Gard)
© Mémoires de l'Académie royale du Gard, 1945-1946, pl. VI
Description
L'existence du Castellum Divisorium est attestée dès le XVIIe siècle. Anne de Rulman, en 1627, décrit un réservoir au débouché de l'aqueduc recevant les eaux acheminées depuis Uzès. La construction de la citadelle Vauban (1687-1688) entraîne le remblaiement des vestiges et leur destruction partielle au sud lors de l'établissement du bastion ouest. Ce n'est qu'en 1844 que le monument est remis au jour par le propriétaire du terrain, lors du creusement de fondations sous les murs de la Maison Centrale, installée dans la citadelle depuis la Révolution française. Auguste Pelet, inspecteur des monuments historiques, y conduit les premières fouilles. Acquis en 1856 par l'État, le Castellum est inscrit au titre des monuments historiques en 1875 et ne devient la propriété de la commune de Nîmes que très récemment, entre 2008 et 2009.Résultats
Le Castellum de Nîmes, souvent appelé à tort « château d'eau », est un bassin de distribution et non de stockage. Remarquablement bien conservé, c'est l'un des rares exemplaires antiques qui nous soit parvenu. Il se situe rue de la Lampèze, à l'ouest de l'Université de Nîmes (ancien Fort Vauban), à une altitude de 58,95 m NGF (au-dessus du niveau moyen de la mer).Bassin de récupération
L'eau gagnait le bassin par une conduite d'amenée arrivant du sud-est équipée d'un double système de fermeture. Une rainure aménagée dans le radier, conservant un cordon de plomb, permettait de sceller l'élément fixe d'une vanne actionnée par un second élément mobile, manœuvré depuis la margelle. Deux orifices, percés au-dessus de rainures verticales, recevaient un « rail-guide » pour le passage de chaînes. En outre, une grille-peigne, dont le va-et-vient était guidé par six orifices quadrangulaires également aménagés dans la margelle, empêchait toute intrusion.
Le bassin circulaire mesure 5,92 m de diamètre pour 1,47 m de profondeur, soit une capacité de 40 m3 dont seulement 16 m3 utiles Il servait à la décantation de l'eau avant sa distribution. La margelle dallée entourant le bassin sur 1,49 m de large était équipée d'un garde-corps métallique pour sécuriser la circulation des castellarii.
Au nord, un seuil de porte toujours en place a permis de localiser l'entrée du Castellum. Au sud, un mur conservé sur une hauteur de 2,32 m indique que le bassin s'inscrivait dans un bâtiment plus vaste, circulaire à l'intérieur et quadrangulaire à l'extérieur. Des traces d'enduits peints étaient conservées en place : une plinthe verte, un filet rouge et un enduit blanc orné de dauphins et de poissons.
Conduits de distribution
À l'ouest du bassin, à 0,59 m au-dessus du radier, l'eau se répartissait entre dix orifices circulaires disposés en éventail, chacun recevant un tuyau de plomb de section piriforme mesurant en interne 0,28 à 0,30 m sur 0,22 m. À l'extérieur du bassin, les tuyaux étaient groupés par paire dans cinq conduits techniques maçonnés. Leurs largeurs varient selon leurs emplacements : les deux aux extrémités nord et sud étaient légèrement plus étroits (1,20 à 1,30 m) que les trois centraux (1,30 à 1,40 m). Séparés par des piédroits de largeur identique (0,60 m) mais de construction différente (murs en petit appareil ou gros blocs parfois en réemploi), ils étaient couverts par des dalles, posées à une hauteur 0,80 à 0,90 m.
Egout de dégagement
Au fond du bassin, à l'ouest, trois bondes circulaires (D. : 0,36 m) dotées d'un dispositif de fermeture à clapet en bronze évacuaient l'eau excédentaire vers un égout de dégagement. Une lame « brise-courant », dont un petit fragment en bronze perforé a été retrouvé, était placée devant les bondes suivant un arc de cercle, protégeant celles-ci de la force du courant lors de leur manutention sans pour autant entraver l'écoulement.
Sous les bondes, une chambre rectangulaire recueillait l'eau avant son évacuation vers l'égout. Orienté est-ouest, il a été observé sur une longueur de 6,40 m jusqu'à son raccordement à un conduit moderne. Il se compose d'un premier canal dit de liaison (L. : 2,36 m), caractérisé par un abaissement de la hauteur nécessaire pour traverser en sous œuvre la façade du monument ; et d'un canal dit de vidange de section quadrangulaire (1,12 x 1,21 m). Ils sont tous deux couverts par de grandes dalles en calcaire.
En 1992, un nouveau lot monétaire a été découvert, majoritairement représenté par des exemplaires allant de Claude (41-54) aux Flaviens (69-96), confirmant la mise en service de l'aqueduc dès le milieu du Ier siècle.



