La Motte-Sanguin

Plan de localisation de la fouille.  La Motte-Sanguin, Orléans (Loiret), 2011.  © Hervé Herment, Inrap
Plan de localisation de la fouille. 
La Motte-Sanguin, Orléans (Loiret), 2011. 
© Hervé Herment, Inrap

Description

Le site de la Motte-Sanguin est localisé à l’est de la ville, le long de la Loire, entre le théâtre antique, à l’est, et l’église Saint-Aignan, à l’ouest. La réhabilitation de cette vaste parcelle a suscité plusieurs études en vue de comprendre son histoire. Les archives, tout d’abord, ont été compulsées. Ensuite, un diagnostic archéologique, réalisé en 2005, a mis en évidence quelques rares indices préhistoriques ainsi que des vestiges s’échelonnant, parfois de manière discontinue, de l’époque gauloise jusqu’à nos jours. Les découvertes les plus spectaculaires concernaient les vestiges de la fortification construite à la fin du Moyen Âge. À l’aune de ces résultats, une fouille, enfin, a été effectuée en 2011 dans le but d’étudier plus en détail l’évolution du système défensif. 

Résultats

En dehors de l’agglomération gauloise
Le secteur de la Motte-Sanguin se situe, à la fin de l’âge du Fer, en dehors de l’agglomération gauloise. L’occupation est certainement agricole. Pour cette période, les recherches ont seulement mis en évidence quelques rares tessons de céramique au nord de la parcelle, associés à un angle de fossé, peut-être doublé d'une palissade. 

Le quartier oriental de la ville antique
Les vestiges de l’Antiquité sont très peu présents dans l’emprise de la fouille, car ils ont été largement détruits lors de la construction des fortifications médiévales et modernes. 
On note tout de même que des travaux de nivellement assez conséquents ont été entrepris dans la première moitié du Ier siècle de notre ère, dans l’objectif d’une mise en terrasses du flanc du coteau.
Par ailleurs, plusieurs indices permettent d’affirmer que ce secteur, compris entre le cœur de ville à l’ouest et le théâtre antique à l’est, est urbanisé (voirie, bâtiments) et comprend certainement de l’habitat aisé (ce que suggère la découverte d’enduits peints et de sol en mortier de tuileau).

Les sépultures éparses du haut Moyen Âge 
Le haut Moyen Âge est représenté par une couche de terre brune recouvrant les niveaux gallo-romains. Elle pourrait révéler l’abandon, puis la mise en culture des lieux dès le Bas-Empire.
Au nord, des sépultures creusées à partir de cette couche ont été identifiées. Elles appartiennent vraisemblablement à l'extension maximale du cimetière de Notre-Dame-du-Chemin mis en place à la période carolingienne. 

Extraction de calcaire
Quelques vestiges antérieurs à l’établissement du système défensif sont présents au nord-est du site. Il s’agit d’une série de fosses difficiles à dater avec précision. La plus importante est assimilée à une carrière de marne calcaire.

L’enceinte du XVe siècle
Le XVe siècle marque un tournant dans l'occupation du site, avec la construction de la fortification qui débute en 1466 pour s'achever vers 1480. Cette extension de l’enceinte urbaine vise à protéger un faubourg et des établissements religieux (Saint-Aignan, Saint-Euverte), reconstruits après les importants dommages subis pendant la guerre de Cent Ans.
Les vestiges du système défensif mis au jour comprennent un tronçon de courtine entre les tours de l’Étoile, au nord, et de la Brebis, au sud, ainsi qu’un fossé attenant, dont la largeur peut être estimée entre 15 et 20 m pour une profondeur supérieure à 9,50 m.

Les modifications du XVIe siècle
Dans la première moitié du XVIe siècle, un ensemble d’améliorations est apporté au système défensif pour adapter la fortification à l’utilisation de l’artillerie, désormais largement répandue. 
Une terrasse d’artillerie (fausse braie) est construite au pied de la courtine, tandis que le fossé est recreusé. C’est probablement à cette période qu’est construit le fort de la Brebis, localisé plus au sud, à l’extérieur de la fouille. 
Enfin, c’est au même moment qu’est édifiée, intra muros et à l’emplacement d’anciennes habitations, la fameuse « motte » qui donne son nom au quartier. Constituée des terres issues de l’élargissement du fossé, elle sert à positionner des canons en surplomb de l’enceinte.

Place à l’industrie
Après les deux sièges subis par la ville lors des guerres de Religion (en 1562 et en 1567), les fortifications perdent leur utilité et sont en partie détruites à la fin du XVIIIe siècle. 
Une manufacture de coton, située jusque-là en ville, est transférée sur ce vaste terrain démilitarisé dans les années 1790-1793. Une construction dégagée à l’est de la fouille est à rattacher à une minoterie attestée par les archives au milieu du XIXe siècle. 
Après 1860, les terrains sont un temps la propriété des hospices d’Orléans, puis une école d’artillerie y est installée en 1874.

Grégory Vacassy