ZAC du Clos de la Fontaine

Plan de localisation de la fouille.  ZAC du Clos de la Fontaine, Orléans (Loiret), 2007-2008. © Hervé Herment, Inrap
Plan de localisation de la fouille. 
ZAC du Clos de la Fontaine, Orléans (Loiret), 2007-2008.
© Hervé Herment, Inrap

Description

Le site de la ZAC du Clos de la Fontaine se trouve au lieu-dit « la Fontaine de l’Étuvée », à 3 km au nord-est de la ville antique d’Orléans-Cenabum. L’existence d’un sanctuaire à cet emplacement est présumée depuis la découverte, au XIXe siècle, d’une inscription faisant état d’un portique consacré à la déesse Acionna. Des recherches effectuées entre 1969 et 1989 avaient confirmé la présence de bassins gallo-romains pouvant être liés à un sanctuaire de source. Les études conduites entre 2006 et 2008 ont permis d’en préciser les différentes phases.  

Résultats

Une occupation domestique gauloise
Les objets les plus anciens mis au jour sur le site sont des outils en pierre du Mésolithique et de la fin du Néolithique. Ils ont été retrouvés en position isolée. 
L’occupation suivante remonte à l’époque gauloise, sous la forme de deux angles de fossés distants de 250 m. Ils appartiendraient à des installations rurales vouées à l’agriculture et à l’artisanat. Leur comblement comporte du mobilier daté entre -120 et -80 pour l’un, et entre -80 et -60 pour l’autre. 
Ces structures sont de même orientation qu’un enclos fossoyé de la période augustéenne, situé à 250 m à l’ouest du site. Leur disposition évoque une répartition de part et d’autre d’un axe de circulation. 
  
La naissance du sanctuaire gallo-romain
Au milieu du Ier siècle avant notre ère, l’apparition d’un enclos fossoyé carré pourrait marquer la fondation d’un sanctuaire. L’orientation de la structure est radicalement différente des enclos domestiques antérieurs. Elle est reprise pour tous les aménagements successifs du sanctuaire. 
Au cours du deuxième quart du Ier siècle de notre ère, l’enclos délimitant le sanctuaire est agrandi et un petit temple (fanum) est construit. Il comporte une pièce carrée de 4,30 m de côté, entourée d’une galerie de 11,70 m de côté. À 25 m à l’est, dans l’axe du fanum, une construction de 15 m de long pour 4 m de large est interprétée comme un bassin. La découverte d’ossements animaux dans des vases enterrés, embouchure vers le bas, pourrait témoigner d’un mode particulier d’offrande aux divinités. 
Des ex-voto en tôle de bronze représentant des yeux, des visages et des organes internes ont été découverts dans l’enclos. Couramment offerts aux divinités en remerciements de guérisons, ces objets attestent l’existence d’un culte à un dieu guérisseur, souvent lié à la présence de l’eau.
  
L’âge d’or 
Dans la seconde moitié du IIe siècle, le sanctuaire est doté de structures monumentales, tandis que le bassin oblong est détruit. 
Un aqueduc maçonné traverse le sanctuaire du nord au sud pour alimenter un bassin dallé carré qui sert probablement de piscine aux fidèles. Plus tard, un aqueduc venant de l’est complète le dispositif.  
Une cour dotée d’un portique (colonnes) a été identifiée le long du mur ouest. De nombreuses offrandes ont été retrouvées sur le sol, principalement des monnaies. Même si aucun autel n’a été localisé, c’est sans doute là que se tenait le culte, car le fanum, demeure de la divinité, était inaccessible aux fidèles. 
Un bâtiment rectangulaire, construit contre le mur oriental de la cour sur laquelle il s’ouvre, pourrait être une exèdre, lieu de réunion fréquemment présent dans les sanctuaires. C’est probablement à cet emplacement qu’a été découverte, au début du XIXe siècle, la stèle portant une dédicace à la déesse Acionna. La terminaison onna signifie « fleuve » en celtique, ce qui accrédite l’hypothèse d’un sanctuaire de source. 
Un petit édifice carré de 2 m de côté a été découvert dans la partie nord de la cour à portique. Il peut s’agir d’une sorte de chapelle. Après la construction de cet édicule, une fosse a été creusée dans le sol pour y enfouir une statuette brisée figurant une déesse-mère. Même hors d’usage, le mobilier du culte appartenant à la divinité devait être conservé dans le sanctuaire, ce qui peut expliquer l’enfouissement de la statuette et de deux récipients en bronze, retrouvés 3 m au nord de l’édicule. Il s’agissait de brûle-parfums (turibulum en latin) utilisés lors des rituels. 
L’abandon du sanctuaire se fait au tournant du Ve siècle. 
  
Le hameau médiéval 
Entre le VIe et le VIIe siècle, une voirie se met en place le long du sanctuaire, côté est. Cinq sépultures sont installées, parfois très sommairement, dans les fossés de voirie. 
Un hameau se développe de part et d’autre de la voie au cours des VIIe et VIIIe siècles. Une douzaine de bâtiments (habitations et greniers ?) ont été identifiés, ainsi que trois groupements de silos et trois fours domestiques. Le temple ruiné devient un lieu de sépulture. 
Le hameau est abandonné après le XIe siècle. La voirie laisse place à un petit chemin bordé de terres agricoles, plantées d’arbres fruitiers et de vignes au XIXe siècle.

Franck Verneau