45-49 rue de Beaucaire

Vases en verre ayant été déposés dans une tombe 45-49 rue de Beaucaire, Nîmes (Gard), 2024   © Christophe Coeuret, Inrap
Vases en verre ayant été déposés dans une tombe 45-49 rue de Beaucaire, Nîmes (Gard), 2024
© Christophe Coeuret, Inrap

Description

Le projet de construction d'une résidence de logements sociaux a motivé la réalisation d'une fouille préventive durant le premier semestre 2024. Cette opération s'inscrit dans la continuité des interventions menées ces dernières années le long de la rue de Beaucaire. Localisée à plus de 600 m de l'enceinte antique — encore matérialisée par la porte d'Auguste — elle couvre une superficie de 1 484 m² et a révélé des espaces funéraires (tombes et bûchers) situés en bordure de voies romaines.

Résultats

Trois voies antiques 

Durant l'époque romaine, la voie Domitienne constituait l'un des principaux accès à Nîmes. Reliant l'Italie à la péninsule Ibérique, elle favorisait le commerce, les échanges culturels et le déplacement des troupes et pénétrait dans la ville par la porte d'Auguste. Son tracé est-ouest est aujourd'hui repris par l'actuelle rue de Beaucaire.
Sur l'emprise fouillée, quelques aménagements bordiers de cet axe antique ont été mis au jour, notamment un large fossé, progressivement remplacé par un mur.

La fouille a également révélé l'existence d'une seconde voie majeure : la « voie des Carmes à Grézan », large de 15 m et orientée nord-est / sud-ouest. Constituée de chaussées successives, elle témoigne d'une fréquentation intense, marquée par des ornières et par des réparations effectuées à l'aide de pierres et d'éclats calcaires. Comme la voie Domitienne, son origine remonte à la fin des IIᵉ–Iᵉʳ siècle avant J.-C., ce que confirment les nombreux fragments de céramique et d'amphores écrasés sur sa chaussée la plus ancienne.

Une troisième voie constituée de plusieurs chaussées a été appréhendée très partiellement en limite septentrionale de l'emprise. Le moment de sa mise en place n'a pas clairement été établi, peut-être intervient-il quelques années avant la construction de la voie des Carmes à Grézan. Quoi qu'il en soit, ces deux axes de circulation ont coexisté un certain temps. L'abandon de cette troisième voie est signalé par l'impact des creusements des structures funéraires occupant un des enclos installés au nord de la voie des Carmes à Grézan.

Des vestiges funéraires en bord de voies

Des implantations funéraires datées entre les IIᵉ–Iᵉʳ siècle avant J.-C. et le IIᵉ siècle après J.-C. jalonnent les abords de ces deux voies. Elles confirment la vocation funéraire de ce secteur périurbain dans l'Antiquité ainsi que l'attractivité de ces axes de circulation.

Plusieurs espaces funéraires et enclos maçonnés ont été identifiés, chacun accueillant de quelques dépôts funéraires à plus d'une quinzaine.

La crémation constitue la pratique dominante. Elle est réalisée sur des bûchers dont plusieurs exemplaires ont été mis au jour. Trois sont construits avec des moellons de calcaire ou des pilettes en terre cuite. Les autres sont creusés dans le sol. Après la crémation, les ossements brûlés sont recueillis, puis déposés dans une tombe, soit au cœur du bûcher, soit dans un creusement annexe. Les ossements sont placés dans un vase ou dispersés sur le fond de l'excavation. Ils sont souvent accompagnés d'objets personnels ayant pu appartenir au défunt. Deux paires de strigiles ont ainsi été découvertes dans une des structures funéraires fouillées. Des vases en verre et en céramique, ainsi que des lampes sont également déposés dans les tombes, témoignant de l'importance des rites et du banquet funéraire. 

Trois puits

Trois puits ont été mis au jour au sein des espaces funéraires antiques, entre la voie Domitienne et la voie des Carmes à Grézan. Creusés sur une profondeur de 6,50 à 8,95 m, ils conservent en surface l'arase de leur margelle maçonnée.
Leurs comblements ont livré de nombreux ossements humains et animaux, des fragments architecturaux ou sculptés, ainsi que divers objets provenant vraisemblablement de la vidange de sépultures et de monuments funéraires.