Rue Porte-de-France, îlot Saint-Joseph 3, Palais des Congrès

La vue générale de la parcelle de l'ancien hôpital Ruffi montre la densité des vestiges modernes et contemporains.  XVIIe-XXe siècles  Rue Porte-de-France, îlot Saint-Joseph 3, Palais des Congrès, Nîmes (Gard), 2022. © Matthieu Perrière, Inrap
La vue générale de la parcelle de l'ancien hôpital Ruffi montre la densité des vestiges modernes et contemporains.
XVIIe-XXe siècles
Rue Porte-de-France, îlot Saint-Joseph 3, Palais des Congrès, Nîmes (Gard), 2022. © Matthieu Perrière, Inrap

Description

Une fouille de 3550 m2, préalable à la construction du Palais des Congrès, a été menée en 2022, sur deux îlots distincts. Le premier correspond à l'ancien parking de la Chambre de commerce et d'industrie. Le second, à l'emplacement de l'ancien hôpital Ruffi, constitue le dernier jalon d'une série d'opérations archéologiques engagées il y a près de 50 ans sur l'îlot Saint-Joseph. Située au cœur de l'agglomération antique, dans l'enceinte augustéenne et proche de l'amphithéâtre, la fouille permet d'inscrire le quartier et son évolution dans la longue durée. L'occupation s'échelonne entre les IIe-Ier siècles avant J.-C. et le XXe siècle, les vestiges récents ayant impacté très fortement les précédents.

Résultats

Culture de la vigne et voie à l'âge du Fer 
La culture de la vigne est attestée dès les IIe-Ier siècle avant J.-C., sur ces parcelles adjacentes à l'itinéraire très ancien de la voie « de Saint-Gilles » (tracé de l'actuelle rue Porte-de-France) qui reliait dès le VIe siècle avant J.-C., l'oppidum de Nîmes au comptoir d'Espeyran. Elle est matérialisée par la présence de fosses oblongues et rectilignes, perpendiculaires à cet axe ancien.
Développement d'un quartier périurbain au Haut Empire

Dès le principat d'Auguste et jusqu'à la moitié du IIe siècle après J.-C., un quartier périphérique intra-muros de l'agglomération antique se développe, en respectant la trame fixée à partir de cet axe. Une rue qui lui est perpendiculaire, part vers l'est, peu ou prou en direction de l'amphithéâtre. Des espaces dédiés à des activités de forge se développent, à l'ouest. Au centre, une parcelle excavée sur plusieurs dizaines de centimètres puis remblayée, est sans doute réservée à l'extraction et au stockage de matériaux de construction.

Aux alentours de 75, la voie est monumentalisée : au nord elle est bordée par une galerie matérialisée par deux murs parallèles, repérés sur plusieurs dizaines de mètres de longueur. Ces murs décorés d'enduits peints, ménagent un espace de 3 mètres de large. Immédiatement au sud de cette galerie, un égout massif est installé correspondant au tracé de la voie. De l'ensemble, il ne reste que peu d'indices suggérant que ces ouvrages, sans doute réalisés à l'aide de grandes dalles et de pavements, ont été récupérés systématiquement après leur désaffectation. Cette rue partitionne le quartier en îlots aux vocations différentes. Au nord, l'activité reste artisanale. Cependant les forgerons sont supplantés par les potiers à l'ouest. Au sud, la rue est bordée par deux bâtiments perçus très partiellement. Ils sont dotés de murs décorés d'enduits peints et de sols en béton de calcaire. Au contact de la chaussée, les bases de deux piliers, supportant sans doute un portique, délimitaient un trottoir qui longeait la façade d'un des édifices. Le quartier antique est abandonné à partir du milieu du IIe siècle. 

Vocation hospitalière puis caritative à l'Époque moderne

Les indices d'occupation durant le Moyen Âge sont ténus. Le secteur pourrait avoir été occupé par les jardins de l'hospicium construit à proximité au début du XIVe siècle puis transformé en Hôtel Dieu en 1499.  

Au XVIIe siècle, le quartier prend un aspect différent. À l'extrême est de l'emprise de fouille, un vaste fossé défensif est creusé, entre 1621 et 1625, dans le cadre des fortifications mises en place par le Duc de Rohan pour défendre la ville protestante. On sait par les textes que ce fossé est comblé à peine quelques années plus tard, en 1633. De puissantes fondations en pierre, peut-être en lien avec la clinique Saint-Joseph, sont perceptibles sur son comblement. Elles sont en partie reprises par l'édification de l'Hôpital Ruffi en 1985.

L'îlot occidental s'aligne sur le tracé de nouvelles rues. Ainsi, l'Hôpital protestant, édifié en 1655, s'ouvre à l'est sur la rue Jean-Reboul. La fouille révèle une grande bâtisse organisée en plusieurs ailes autour d'une cour intérieure. Le grand nombre de murs distingués illustre son évolution constante au cours des trois siècles suivants. Les archives de Nîmes en retracent l'histoire : géré successivement par plusieurs congrégations religieuses, il est notamment transformé en orphelinat (Maison de la Providence), puis dédié à l'éducation (annexe du Lycée Alphonse Daudet). Sa vocation caritative puis éducative a perduré jusqu'à la fin des années 1960. Il est détruit dans les années 1980.