Collège Révolution

Dans la grande pièce 1, le sol en béton calcaire présente un canevas d'octogones ornés de petites croisettes centrales, sorte de fleurettes de tesselles rouges et noires. Le sol enserre une dalle de calcaire scellant l'ouverture du puits utilisé antérieurement.  Collège Révolution, Nîmes (Gard), 2000  © Michel Piskorz, Inrap
Dans la grande pièce 1, le sol en béton calcaire présente un canevas d'octogones ornés de petites croisettes centrales, sorte de fleurettes de tesselles rouges et noires. Le sol enserre une dalle de calcaire scellant l'ouverture du puits utilisé antérieurement.
Collège Révolution, Nîmes (Gard), 2000
© Michel Piskorz, Inrap

Description

Lors des travaux d'agrandissement des locaux du collège Révolution, une opération archéologique menée en 2000 sur 600 m² a permis de mettre au jour des vestiges couvrant plusieurs périodes historiques. Parmi ces découvertes, l'apparition d'un bâtiment d'au moins 900 m², s'étendant au-delà de l'emprise de la fouille, surprend par ses dimensions, nettement supérieures à celles des maisons jusqu'alors étudiées à Nîmes.

Résultats


Premières occupations dès le Néolithique

Des fouilles antérieures menées dans le quartier avaient déjà révélé une mise en culture du sol dès le Néolithique moyen, il y a environ 6000 ans.

Bien que les traces de cette période soient peu nombreuses sur le site du collège Révolution (une petite fosse, ainsi que des tessons de céramique et des charbons de bois au sein d'un paléosol), elles témoignent néanmoins d'une occupation continue du secteur jusqu'au Néolithique final, il y a 4500 ans.

Évolution de l'habitat du IVᵉ siècle avant J.-C. au Iᵉʳ siècle après J.-C.

Après un long abandon du secteur, l'occupation du site reprend au IVᵉ siècle avant J.-C., comme en attestent un ensemble de fosses et des foyers, dont l'un est constitué d'une plaque d'argile décorée.

Au début du IIᵉ siècle avant J.-C., l'occupation s'intensifie avec l'aménagement de terrasses orientées d'est en ouest, perpendiculairement au sens de la pente, afin de stabiliser le bas de versant et de permettre l'extension de l'habitat. Des canalisations associées aux murs de terrasse facilitent le drainage. Un puits, quelques traces de sols en terre et plusieurs foyers témoignent d'une densification de l'habitat, dont l'organisation générale reste cependant difficile à appréhender. Certains espaces paraissent également consacrés à l'agriculture et à l'élevage.

Au Iᵉʳ s. av. n. è., l'habitat se diversifie en s'appuyant sur les anciennes délimitations des espaces agricoles. Trois maisons, incomplètement connues, apparaissent séparées par des espaces de circulation.

La plus grande (maison A : 10,80 m × env. 5 m) comprend au moins deux pièces, avec des sols en terre battue et des enduits de chaux appliqués sur un revêtement mural en terre. De la maison B, une seule pièce est connue. La maison C présente une cour dotée d'un puits, ainsi qu'un dallage périphérique en pierre (env. 25 m²) recouvrant une canalisation en V faite de dalles. Deux autres caniveaux, observés dans cette maison, traduisent également une attention portée à la gestion des eaux de ruissellement.

L'urbanisation du quartier

À la fin du Iᵉʳ siècle avant J.-C., le quartier achève son urbanisation. Deux des trois maisons antérieures sont réunies pour former une habitation plus vaste (maison A), où les pièces d'habitation s'organisent autour d'une cour bordée de galeries aux sols en terre battue. Les nombreuses petites dalles utilisées comme assise de réglage témoigneraient de la présence d'un stylobate (soubassement d'une colonnade).

Cette maison comporte deux autres salles et une grande cour qui paraissent avoir une vocation plus technique, peut-être liée à des activités artisanales. La maison voisine reprend, en partie, le plan de la période précédente, conservant la cour dotée d'un puits, mais paraît s'étendre sur deux côtés (maison B).

Au début du Iᵉʳ siècle après J.-C., la maison A est réaménagée. Toutes les pièces et la galerie, à l'exception de l'aile ouest, sont alors équipées de sols en dur, dont ne subsistent que les hérissons ou des lambeaux de surfaces bétonnées, dans lesquelles étaient incrustées de grosses tesselles de couleur noire.

Dans les années 25-50 après J.-C., les deux maisons sont réunies pour faire place à une habitation d'autant plus grande qu'elle se poursuivait au sud, en dehors de l'emprise de la fouille. Avec une surface d'au moins 900 m², cette domus est l'une des plus importantes connues à Nîmes.

Les pièces, certaines préexistantes et d'autres plus vastes, s'organisent autour d'une cour de 8,50 m de largeur, avec un bassin central et une galerie périphérique reconnue sur trois côtés. Quelques pots horticoles témoignent du soin apporté à l'aménagement de l'espace extérieur. Huit pièces ont conservé leurs sols en béton, constitués d'un mélange de mortier, de sable, de chaux et d'agrégat calcaire. Ils sont décorés de motifs géométriques faits de tesselles noires et parfois rouges. 

Le sol de la pièce 10 est constitué d'une partie en béton et d'une autre, d'environ 9 m², en mosaïque — malheureusement très dégradée — indiquant un décor plus sophistiqué.

La pièce 1 (9,94 × 5,08 m) s'ouvrait largement vers la cour au sud. Ses peintures murales ne sont pas connues, mais son pavement présentait un décor géométrique de tesselles noires formant deux « tapis ». Le premier, composé d'hexagones, est disposé du côté de l'entrée pour adapter à la forme trapézoïdale de la pièce un grand tapis d'octogones qui s'étend sur tout le pavement et enserre une dalle de calcaire scellant l'ouverture du puits utilisé antérieurement. À l'est de la pièce 1, le passage marquant la limite entre les maisons de l'état antérieur semble avoir été utilisé comme cage d'escalier pour accéder à l'étage. Un autre réduit semble avoir servi de latrines. Quelques murs ont conservé leur enduit peint en place au bas des parois (panneaux noirs avec bordure ajourée à motif de palmettes et d'arcs tangents, et inter-panneaux rouges), la plupart étant effondrés au sol.

Dans les années 50-75 après J.-C., deux nouvelles pièces d'une surface supérieure à 20 m² (pièces 6 et 42) sont formées en réunissant des espaces plus petits de l'état précédent.

Un abandon précoce de l'habitat antique et des réoccupations médiévales

Cette domus est abandonnée vers la fin du troisième quart du Iᵉʳ siècle après J.-C. Elle fait alors l'objet de récupérations de matériaux de construction, qui se poursuivent à l'époque médiévale parallèlement à des réoccupations.
Un sol en terre battue du haut Moyen Âge (VIᵉ–VIIIᵉ siècle) a en effet été mis en évidence. Deux murs et quelques fosses contiennent des fragments de céramique de l'Uzège, fabriquée à partir du XIIIᵉ siècle, suggérant la réutilisation de structures antiques à la fin du Moyen Âge.
À l'époque moderne, la zone est transformée en jardins. Plusieurs fosses et fossés sont creusés, probablement dans un contexte défensif lié aux fortifications du duc de Rohan dans les années 1620–1630.

Enfin, au début du XIXᵉ siècle, la construction d'une usine marque un renouveau industriel, suivi d'une ré-urbanisation progressive qui se poursuit jusqu'à la fin du siècle, avec divers aménagements techniques (cuve de décantation, etc.).