12 rue de Saint-Gilles

Objets déposés dans une tombe d'enfant : embout mouluré, anneaux, rouelle, boîte à rouelle, agrafe avec incrustations de corail (bronze) ; osselet percé (ovin); petit torque (fer).  Seconde moitié du IIIe siècle avant J.-C.  12 rue de Saint-Gilles, Nîmes (Gard), 2014.  © Christophe Cœuret, Inrap
Objets déposés dans une tombe d'enfant : embout mouluré, anneaux, rouelle, boîte à rouelle, agrafe avec incrustations de corail (bronze) ; osselet percé (ovin); petit torque (fer).
Seconde moitié du IIIe siècle avant J.-C.
12 rue de Saint-Gilles, Nîmes (Gard), 2014.
© Christophe Cœuret, Inrap

Description

La fouille du 12 rue de Saint-Gilles s'inscrit en amont de la construction d'un immeuble d'habitations. Elle s'est déroulée à l'automne 2014 sur une parcelle de près de 150 m2 qui jouxte l'ouest de la rue. Hors-les-murs, à 200 mètres au sud de l'actuelle Porte de France, la fouille a révélé les abords de la jonction entre la « voie de Saint-Gilles » qui reliait, dès la Protohistoire, l'oppidum de Nîmes et le comptoir lagunaire d'Espeyran, près de Saint-Gilles, et une voie secondaire. Plusieurs aménagements et vingt-neuf sépultures ont permis de mettre en évidence la vocation funéraire de ce secteur de la ville durant près de dix siècles, de l'âge du Fer jusqu'au haut Moyen Âge.

Résultats

Voies et tombes du second âge du Fer

La première occupation tangible est matérialisée par deux tombes datées du IIIe siècle avant J.-C. Très proches l'un de l'autre, ces deux dépôts secondaires de crémation sont installés non loin de la voie de Saint-Gilles, quelques centaines de mètres avant que celle-ci ne pénètre dans l'agglomération protohistorique. La voie secondaire, un simple chemin venant de la plaine plus à l'ouest, était sans doute déjà en place, les deux tombes semblant alignées sur sa bordure.
L'une de ces sépultures est sans doute celle d'un enfant. Elle est remarquable par l'importante quantité d'objets déposés. Ceux en bronze, typiques de la sphère gauloise, comprennent notamment une rouelle avec sa boîte de protection et une agrafe incrustée de corail. Un petit torque en fer, un osselet percé, un squelette de chiot et deux vases en céramique sont également associés aux rares ossements humains brûlés disposés au fond de la fosse sépulcrale.
La seconde tombe renferme une amphore de Rhodes contenant les restes osseux brûlés d'un adulte, une grande fibule en fer et des ossements de faune. Des dépôts en céramique et des offrandes de faune étaient disposés à l'extérieur de l'amphore, avec une panoplie guerrière comprenant une épée repliée dans son fourreau, un fer de lance, un umbo à ailette en fer, ainsi qu'un élément en bronze identifié comme un plastron.

Enclos funéraire et sépultures au carrefour des voies durant l'Antiquité (milieu Ier- milieu IIIe siècle)

Le secteur demeure ensuite peu investi jusqu'au principat d'Auguste, étant seulement traversé par les chemins. Dans la première moitié du Ier siècle, un enclos funéraire est construit, séparé des voies par une longue maçonnerie pourvue d'un à deux accès. Des murs de refend structurent l'enclos en au moins trois subdivisions. L'une d'elles est dotée d'un sol de terre avec une accumulation singulière de mobilier. Outre l'abondance de céramique, elle comprend des fragments d'os humains brûlés ou non, des fragments de fer, un probable jeton brûlé, des fragments de récipients en verre marqués par la suie, des graines carbonisées et des restes de faune. Les autres subdivisions dessinent des espaces quadrangulaires accolés au mur bordant la voie. Une large semelle de fondation installée parallèlement à la voie, pourrait correspondre à la base d'un autel funéraire ou d'un mausolée.
Les deux voies semblent toujours utilisées entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle, mais aucun autre indice d'activité n'est attesté pour cette période. Puis la tradition funéraire aux abords des voies est à nouveau tangible, à travers trois sépultures à inhumation, datées par le mobilier et le radiocarbone entre 125 et 225.

Extension funéraire du haut Moyen Âge

La voie secondaire est abandonnée au plus tard au Ve siècle, disparaissant au profit de l'activité funéraire qui s'étend sur son ancien tracé. Vingt-quatre tombes sont attribuées par leurs architectures, leur organisation et leurs mobiliers, aux IVe - VIIe siècles, mais les limites de la nécropole ne sont pas connues. L'absence de recoupement entre ces sépultures suggère qu'elles sont toujours visibles au fur et à mesure des enfouissements et donc réalisées sur un temps relativement court. Parmi elles, il faut noter la présence d'éléments de parure ou d'accessoires vestimentaires caractéristiques de la sphère culturelle wisigothique.