
Objets de la vie quotidienne nîmoise au Ier siècle après J.-C. : revers d'une lampe à huile complète et fragments de deux autres.
Zac du Forum des Carmes – 5, Nîmes (Gard), 2011
© Stéphane Lancelot, Inrap
Zac du Forum des Carmes – 5, Nîmes (Gard), 2011
© Stéphane Lancelot, Inrap
Description
En 2011, la cinquième opération archéologique menée sur le site des Carmes à Nîmes a révélé les vestiges denses de l'occupation antique et médiévale aux abords orientaux de la ville. Les données acquises attestent la présence de deux voies, d'une nécropole et d'ateliers de tannerie du Haut-Empire, démantelés vers 400 lors d'un vaste chantier de récupération des matériaux. Après un long hiatus d'occupation, le couvent des Carmes s'installe sur le site à la fin du XIIIᵉ siècle. La fouille en a notamment mis au jour les espaces funéraires, dont un jardin et une salle sépulcrale.Résultats
Entre époque gauloise et époque romaineSitué à environ 800 m de l'oppidum nîmois, le site est un espace rural cultivé au IIᵉ siècle avant J.-C. Il est traversé par deux voies : au nord, la Domitienne, reliant Beaucaire à Nîmes, et au sud une route qui semble contourner l'oppidum. Cette dernière est bordée de quelques tombes contenant un mobilier funéraire de qualité.
Les activités variées d'un faubourg antique
Au début du Ier siècle, avec l'extension de Nîmes, le secteur des Carmes se retrouve au pied de l'enceinte urbaine, près de l'une des deux principales portes de la ville. La Domitienne, qui y conduit, devient une voie majeure bordée d'une nouvelle nécropole organisée en enclos accueillant des mausolées. Les tombes plus modestes occupent le fond des parcelles funéraires.
Entre 70 et 90, un premier mausolée est abandonné ; néanmoins, les inhumations et dépôts funéraires se poursuivent, bien que de manière plus sporadique, jusqu'à la fin du IIᵉ siècle.
Les enclos funéraires jouxtent un établissement artisanal de tannerie et de pelleterie, fondé vers 40 de n. è. et actif jusque vers 175. Ses espaces de production comprennent un puits, un four et surtout de nombreuses cuves, régulièrement restaurées.
Entre ce complexe artisanal et l'enceinte urbaine se développe une vaste carrière d'argile, exploitée durant les premières décennies du Ier siècle. Elle sert ensuite de dépotoir pour les habitants de la ville, puis alternativement de zone d'emprunt de matériaux et de décharge pour les gravats.
Ainsi structuré, l'espace prend l'aspect d'un véritable faubourg : le bâti y est dense, les espaces ouverts très réduits.
Effacement du site antique
Au tournant des IVᵉ et Vᵉ siècle après J.-C., un ou deux bâtiments et un hangar sont édifiés pour loger les ouvriers et entreposer les matériaux d'une importante campagne de récupération des pierres. C'est à cette période que les mausolées et enclos funéraires sont démantelés, faisant disparaître l'organisation antique du secteur, qui redevient un espace rural.
Couvent des Carmes
À la fin du XIIIe siècle, les frères Carmes font bâtir leur couvent aux portes de la ville. Seuls les cimetières en ont été découverts. Un premier espace funéraire est aménagé à l'ouest, à la fin du XIIIe siècle, suivi d'un campo santo au XIVe : jardin funéraire bordé de trois puis quatre galeries délimitées par des caveaux et des arcades. Sont ensuite créés, au XVe siècle, un bâtiment à l'est dont le rez-de-chaussée reçoit caveau et sépultures, et un nouveau cimetière au nord. Dans ce dernier est dressé un imposant monument commémoratif décoré de scènes de deuil.
La population ensevelie aux Carmes se caractérise par sa relative jeunesse et par la fréquence des pathologies qui laissent supposer qu'elle est principalement issue d'une classe éprouvée, laborieuse, tandis que le rythme des inhumations témoigne de la crise de mortalité générée par les épisodes de peste récurrents depuis 1346.
En 1561, les protestants saccagent le couvent que les frères remettent en état avant d'être chassés en 1567. S'ensuit la destruction programmée du site avec récupération de tous ses matériaux. Les rares pierres abandonnées indiquent que les élévations étaient dressées en calcaire blanc avec des baies à remplages de style gothique.
Dernières évolutions
Après la démolition du couvent, le site reste en friche ou utilisé en culture durant quelques décennies.
Au XVIIᵉ siècle, il est traversé par la nouvelle enceinte de Rohan.
Au XVIIIᵉ siècle, les Carmes reprennent possession de leur enclos et y font construire une église ainsi qu'un bâtiment, qui deviendront successivement un théâtre puis un grand magasin aux XIXᵉ et XXᵉ siècles.









