1 rue Guynemer

Tombes contenant des cercueils en plomb, après enlèvement des couvertures.    1 rue Guynemer, Nîmes (Gard), 2016  © Julie Grimaud et Benjamin Thomas, Inrap
Tombes contenant des cercueils en plomb, après enlèvement des couvertures.  
1 rue Guynemer, Nîmes (Gard), 2016
© Julie Grimaud et Benjamin Thomas, Inrap

Description

Le projet de construction d'une maison individuelle au 1 rue Guynemer a entraîné la réalisation d'une fouille archéologique au début de l'année 2016. L'intervention a ouvert une fenêtre d'étude de 330 m² au sud-est de l'agglomération antique. Elle a permis de mettre au jour 130 tombes, s'échelonnant du Ier au XIIIᵉ siècle, et a livré une découverte exceptionnelle : une église périurbaine construite dans la seconde moitié du IVᵉ siècle. Les vestiges du Haut-Empire et de l'Antiquité tardive complètent nos connaissances sur la topographie de la ville et de sa périphérie durant les premiers siècles de notre ère, tout en renseignant sur l'évolution des pratiques funéraires sur la longue durée (du Ier siècle au Moyen Âge) et sur les débuts du christianisme nîmois.

Résultats

Une voie secondaire et un espace agraire

L'actuelle rue Sainte-Perpétue masque une voie secondaire romaine. Cette route, à laquelle la nécropole doit sa création et son organisation, traverse la plaine nîmoise, évitant la cité tout en se raccordant, à l'est et à l'ouest de l'agglomération, à deux portions de la voie Domitienne. Au Ier siècle, la parcelle étudiée, au sud de cette voie, témoigne d'activités agraires. 

L'occupation funéraire antique

Vers la fin du Ier siècle, la parcelle adopte une vocation funéraire. Jusqu'au milieu du IVᵉ siècle, un peu plus d'une quarantaine de tombes se répartissent en six concessions. Les données chronologiques et la répartition des sépultures suggèrent une utilisation continue de l'espace funéraire durant cette période. Les recoupements sont rares et peu destructeurs, tandis que plusieurs tombes semblent avoir été établies en tenant compte de la présence de sépultures antérieures. Une telle stabilité est rare pour cette période en Gaule narbonnaise. Cette série présente également l'intérêt de couvrir tout le IIIᵉ siècle, habituellement peu représenté dans les ensembles funéraires régionaux.

Toutes les structures funéraires découvertes sont des inhumations primaires. Aucune crémation n'a été identifiée, y compris durant le IIᵉ siècle, période où les deux pratiques coexistent habituellement dans la région. Cette exclusivité de l'inhumation pourrait, de prime abord, indiquer une population moins favorisée — l'incinération étant considérée comme plus onéreuse — mais l'analyse des tombes nuance fortement cette hypothèse.

En effet, la qualité des dépôts et des aménagements sépulcraux (paillasses végétales, restes de textiles, cercueils en plomb, tombes à niches latérales, cupa, chambres maçonnées) témoigne d'un investissement notable. L'ensemble renvoie plutôt l'image d'une population aisée, peut-être exogène ou locale adoptant des pratiques particulières.

Les premiers temps chrétiens

Parmi les défunts, certains pourraient appartenir à des communautés déjà christianisées, sans marque funéraire explicite. La construction d'églises funéraires constitue en revanche un indicateur clair de la présence chrétienne.

Dans la seconde moitié du IVᵉ siècle, une église est bâtie sur l'aire funéraire existante, à une douzaine de mètres au sud de la voie secondaire. Peut-être dès cette époque dédiée à Sainte-Perpétue, elle forme un pendant aux sanctuaires de Saint-Baudile et de Saint-Julien situés au nord-est de la ville.

L'édifice n'a été que partiellement mis au jour, à l'emplacement d'une des parcelles funéraires antiques, possiblement autour d'une tombe particulière (SP1219). Il se prolonge hors de la fouille dans les parcelles cadastrales voisines, à l'ouest et au sud. Seule a été mise au jour la fondation d'une abside semi-circulaire, plus longue (au moins une dizaine de mètres) que large (à peine 5 m), renforcée au nord par un contrefort et entourée d'annexes à son chevet. L'absence des sols rend impossible la restitution de l'aménagement intérieur et des équipements liturgiques.

L'étude du sous-sol du bâtiment a permis, en revanche, de mettre en évidence de nombreuses sépultures installées près de la tombe SP1219. Cette implantation de tombes dans le sanctuaire se fait en parallèle du développement d'un cimetière à l'extérieur, au nord, où toutes les sépultures sont orientées ouest-est dans l'axe de l'église et organisées en rangées. Le cimetière semble alors communautaire et peut, prudemment, être qualifié de « chrétien ». 

Jusqu'à la fin du XIIe siècle, l'église continue d'abriter le service régulier du culte et de nouvelles inhumations sont creusées dans le cimetière. Après cette date, l'aire funéraire n'est plus fréquentée et l'église est délaissée. Elle est cependant encore présente dans le paysage à l'époque moderne (XVIe siècle) avant d'être laissée aux récupérateurs de matériaux au XVIIe siècle.