
Sol mosaïqué composé d'un décor de cercles sécants dans l'une des plus grandes pièces de la domus (2nd état de construction).
Clérisseau, Nîmes (Gard), 2008-2009
© Julien Boislève, Inrap
Clérisseau, Nîmes (Gard), 2008-2009
© Julien Boislève, Inrap
Description
En amont de plusieurs travaux d'aménagement au nord de l'avenue Gambetta, dans un secteur urbain jusqu'alors peu exploré, deux opérations de fouille ont permis de mieux comprendre l'exploitation et la mise en valeur de ce quartier dès le IIᵉ siècle avant notre ère. La zone étudiée se situe dans le périmètre intra muros de la ville romaine, à 300 m au nord-ouest de la Porte d'Auguste et à 600 m au nord-est de la Maison Carrée.Sur 2 700 m², les deux opérations de fouille — dénomées Clérisseau 4 et 5 — menées par l'Inrap durant cinq mois en 2008-2009, ont mis au jour les vestiges d'une importante domus, parmi les plus vastes identifiées à ce jour dans la cité, ainsi que ceux de son jardin d'agrément.
Résultats
La culture de la vigne au Ier siècle avant J.-C.Dans ce secteur rural préromain, les premières occupations sont marquées, dès la seconde moitié du Ier siècle avant J.-C., par une activité agricole, en particulier la plantation de vignes dans des parcelles situées autour d'un probable chemin, localisé sous l'actuelle rue Fléchier. Ces cultures sont arrachées entre 30 et 50 après J.-C., laissant place à la construction d'une vaste domus dans le quartier de la ville augustéenne.
Construction d'une imposante domus
Les vestiges les mieux conservés appartiennent à une grande maison urbaine, partiellement préservée et dégagée sur 1 200 m². Construite dans la première moitié du Ier siècle, elle était probablement bordée à l'ouest par une rue (l'actuelle rue Bachalas) accompagnée de boutiques, et à l'est par un vignoble — dernière trace des anciennes cultures républicaines — et un jardin. L'ensemble atteint alors une largeur de 65 m, révélant l'ampleur du bâtiment, organisé en une seule et vaste unité domestique.
Deux galeries structurent trois ensembles architecturaux, de 200 à 450 m² chacun, réunissant au moins une vingtaine de pièces. À l'est, le bâtiment semble s'interrompre au niveau d'une troisième galerie supposée, donnant accès à un jardin d'agrément monumental. Celui-ci est rythmé par deux allées de sable jaune bordées de plantations, autour desquelles au moins six arbres matures ont été plantés ; au nord subsistent une centaine de ceps issus des anciennes vignes.
Un second état de construction, correspondant à la phase d'occupation la plus achevée du bâtiment, se développe dans le dernier quart du Ier siècle après J.-C. Plusieurs sols richement décorés (mosaïques, incrustations, opus sectile en marbre) sont aménagés et les parois sont peintes. L'une d'elles a été restituée sur 6 m de longueur et 4,80 m de hauteur.
À l'ouest, plusieurs pièces et couloirs — parfois pourvus d'un étage et d'au moins un bassin (impluvium) — sont construits. Plus à l'est, quatre galeries forment un circuit périphérique de 94 m, délimitant un autre secteur de la domus comprenant 11 pièces sur 345 m². Au sud, un troisième ensemble domestique présente cinq pièces en enfilade, dont certaines, de grande superficie (70 à 100 m²), disposent de pavements élaborés et d'un second impluvium.
Le jardin est alors monumentalement réaménagé : un vaste bassin mosaïqué d'au moins 240 m², en grand appareil et probablement plaqué de marbre, est installé. Le vignoble est maintenu, tandis que les arbres sont remplacés par de nouvelles constructions.
La maison reste occupée jusqu'à la fin du IIᵉ siècle, avant d'être progressivement abandonnée et détériorée. Vers le milieu du IIIᵉ siècle, une réoccupation ponctuelle de plusieurs secteurs semble liée à des campagnes de récupération des matériaux de construction.
Du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle : redynamisation du quartier avec l'installation d'un couvent dominicain
Après la disparition de la domus et une longue phase de désertion, un nouvel édifice est construit durant le Moyen Âge le long d'une voie (le Camin) reliant la cathédrale à Uzès. Il se trouve à proximité du couvent dominicain des Frères Prêcheurs. Durant trois siècles, le bâtiment évolue considérablement : installation d'une aire sépulcrale, développement d'activités artisanales, commerciales et résidentielles, contribuant à la redynamisation du quartier.
La construction d'un rempart au XVIIIᵉ siècle
La fin du XVIIᵉ siècle marque le début d'une nouvelle phase d'urbanisation, dense et rapide, dans l'ensemble du secteur. Cette période voit également la construction d'une nouvelle enceinte, décidée par Louis XIV. Son tracé suit celui de l'actuelle rue Rangueil. Dans la première moitié du XVIIIᵉ siècle, une seconde vague de constructions se développe dans ce secteur désormais intra muros depuis 1688. Les habitations se multiplient, souvent dotées de petites cours, parfois utilisées comme espaces funéraires.





