
Dallage de la rue en fonction durant le dernier quart du Ier siècle avant J.-C.
Place d'Assas, Nîmes (Gard), 2003
Place d'Assas, Nîmes (Gard), 2003
© Michel Piskorz, Inrap
Description
La fouille archéologique préventive menée place d'Assas en 2003 a été motivée par l'agrandissement d'un parc de stationnement souterrain. L'emprise initiale de l'opération, fixée à 930 m², a été réduite à 508 m² en raison de contraintes techniques. Situé au sud du quai de la Fontaine, le site s'inscrit dans le contexte urbain du forum antique, à environ 150 m au nord-ouest de la Maison Carrée. Bien que les constructions antiques aient été en grande partie détruites lors des travaux d'excavation liés à la construction d'un grand lavoir public au XVIIIe siècle, la fouille a mis au jour des aménagements inattendus ainsi que des objets rares et exceptionnels.
Résultats
Une occupation humaine dès le Néolithique
Les premiers indices d'anthropisation dans ce secteur reposent sur de rares témoins matériels et sur des traces fugaces de fréquentation du lieu durant le Néolithique final, entre 2500 et 2200 ans avant J.-C. Ces vestiges ne révèlent pas d'aménagements structurés ni de véritables constructions. Il faut plutôt imaginer un espace de passage, marqué par la circulation répétée d'individus, ou un lieu propice à des activités ponctuelles, attirées par la proximité de la source de la Fontaine.
Au cours du dernier quart du Iᵉʳ siècle avant J.-C., une rue dallée est aménagée. Elle sera rapidement recouverte par un long édifice hypostyle, érigé autour du changement d'ère et restructuré une quinzaine d'années plus tard. De ce vaste bâtiment, seuls subsistent les niveaux les plus profonds de ses fondations, rendant son interprétation délicate. L'hypothèse d'un édifice public à vocation commerciale — boutiques ou marché —, intégré au cœur du forum, paraît la plus plausible.
Sur son flanc nord s'appuyait une rue recouvrant un important collecteur souterrain voûté, exutoire des eaux usées du quartier et canalisation des eaux issues de la source de la Fontaine. Ce grand égout recevait également des caniveaux et des égouts secondaires qui s'y connectaient.
Un puits converti en dépotoir livre de remarquables objets en bois
Dans la première moitié du Iᵉʳ siècle après J.-C., un puits est creusé à travers l'épais dallage de l'ancienne rue. De plan ovalaire, il mesure entre 0,90 et 1 m de diamètre pour une profondeur minimale de 2,40 m. Son utilisation semble brève, probablement liée à l'alimentation en eau d'un chantier de (re)construction ou de rénovation des bâtiments voisins.
Ce puits transformé en dépotoir dans les années 60-70 après J.-C. recelait diverses catégories de rebuts illustrant les activités du forum, commerces de bouche, vente d'aliments frais et de consommation courante et des productions artisanales dont de remarquables objets en bois.
Son comblement s'est effectué rapidement dans les années 60/70. Il incluait 5095 restes qui se déclinent entre des tessons de céramique, de verre, d'amphores, des fragments de bois gorgés d'eau, des restes de légumineuses et de cucurbitacées, de graines, de noyaux, de poissons, de coquillages et d'ossements animaux de consommation. La conservation de matières organiques végétales et animales jusqu'à nos jours, est fonction, ici, du milieu anaérobie (comblement où le dioxygène favorisant le développement de bactéries est absent). Ce sont les sédiments situés au plus profond de son comblement en contact ou dans la nappe phréatique qui ont permis la conservation des restes organiques et d'objets en bois, gorgés d'eau.
Parmi ces restes, figure ainsi une exceptionnelle série d'objets en bois ou vannerie opportunément jetée dans le puits. L'ensemble qui a bénéficié d'une étude typologique, compte aussi des chutes de tournage, du bois de fente et des déchets de taille, ainsi que des brins et des brindilles. Un des objets en bois correspond à un fond de corbeille en vannerie. Un second entier en buis répond à une boîte sigillaire pour sceller, à l'aide d'un cachet de cire et une cordelette, la fermeture d'un coffre ou d'une boîte quelconques. La série comptait aussi un fond de boîte composite, une boite à objets, des boîtes à miroir, des fragments de tablettes d'écriture, des fuseaux et des éléments de charnière.
Ces objets, liés à la vie domestique et sociale, comptent parmi les témoignages les plus précieux de l'artisanat du bois à l'échelle de l'Occident romain.
Le lavoir municipal du XVIIIe siècle
Le concours lancé en 1744 pour l'aménagement de la Source de la Fontaine, instituait l'obligation de construire des lavoirs. Trois projets furent soumis aux édiles de la ville et au fil des années, celui de J.-A. Raymond, ingénieur du Roi fut retenu en 1786. Ce grand lavoir public fut construit en 1790-1791 sur une propriété acquise auprès des Frères observantins. L'édifice se trouvait en contrebas de la place dite du Lavoir. On accédait aux deux bassins par deux escaliers. L'édifice non couvert était partagé entre les teinturiers et les bugadières (lavandières) Cette double destination est confirmée dans le journal de Flora Tristan, femme de lettres et militante féministe française de passage à Nîmes en 1844. Elle dénonce alors des conditions de travail difficiles et malsaines dans lesquelles cohabitent lavandières et teinturiers.







