
Vue de détail du contenu du coffre monolithe en pierre. On observe au centre un vase ossuaire en verre fermé par un couvercle en verre. Il est accompagné d'une cruche et d'une lampe à huile en céramique, d'une coupelle, d'un gobelet et d'un balsamaire en verre, de trois stylets en tabletterie, d'un fragment de faune et de deux miroirs en bronze.
1 bis rue de l'Abattoir, Nîmes (Gard), 2022
© Sarah Beiger, Inrap
1 bis rue de l'Abattoir, Nîmes (Gard), 2022
© Sarah Beiger, Inrap
Description
Au printemps 2022, une fouille archéologique a été menée en amont de la construction d'un immeuble, le Carré Jean-Jaurès, à l'angle de la rue de l'Abattoir et de l'avenue Jean-Jaurès, immédiatement au sud de l'enceinte romaine et de la voie périphérique, entre la porte de France et la porte du Cadereau.Sur un terrain de 700 m², la fouille a mis au jour des traces de mises en culture ainsi que des vestiges funéraires antiques dont des structures et des modes d'inhumation inédits qui viennent enrichir nos connaissances sur les abords de l'ancienne ville romaine.
Résultats
Des vignes avant les tombesLes vestiges les plus anciens sont des traces de mises en culture. Il s'agit de longues et étroites tranchées, appelées alvei, vraisemblablement destinées à la plantation de vignes. Deux champs ont été distingués et des segments plus petits reliant perpendiculairement deux tranchées, pouvant correspondre à du provignage, ont été observés à certains endroits. Ces traces agricoles ont ensuite été partiellement recoupées par les premières sépultures, ce qui permet de les dater d'avant le Ier siècle après J.-C.
Un cimetière actif pendant trois siècles
Entre le Ier et le IIIe siècle après J.-C., ce secteur devient un espace funéraire structuré, comprenant plus de 50 tombes. L'organisation commence dès le Ier siècle avec la construction d'un enclos maçonné, situé juste au sud de la voie qui longeait les remparts de la ville antique. Ce premier enclos, auquel s'ajoute probablement un second au sud-est, accueille des tombes à crémation, dont certaines sont intégrées dans les fondations d'un monument funéraire.
Au cours du Ier siècle, les structures funéraires ou parafunéraires, au nombre de dix, sont installées dans l'enclos, à l'exception de deux structures.
Le cimetière connaît son développement maximal au cours du IIe siècle. L'enclos initial semble agrandi, et il accueille alors au moins quatorze structures funéraires, dont un bûcher, un dépôt secondaire de crémation et douze inhumations, ainsi qu'un puits et un dépôt de résidus de foyer domestique.
À l'extérieur de l'enclos, 25 structures funéraires, majoritairement des tombes à inhumation s'organisent en 5 ensembles. Quelques sépultures sont encore installées au IIIe siècle, signalant la longue durée d'utilisation du site.
Deux inhumations singulières
L'ensemble funéraire a livré des sépultures à inhumation, des dépôts secondaires de crémation, des bûchers ainsi que deux fosses de rejet de foyer rituel. Parmi les inhumations, deux sont singulières. La première concerne un homme adulte dont le corps a été inhumé dans un contenant cloué, dont le système d'assemblage et le nombre de clous employés le distinguent de ceux observés sur le site. Ici, le cadavre a été mis en scène afin de restituer une position de banquet ; il repose sur le côté gauche, avec la partie supérieure redressée et en appui sur son avant-bras gauche. Afin de maintenir le corps dans cette position, l'intérieur du contenant devait accueillir un aménagement particulier (coussin, paillasse…). Cette position n'avait jusque-là pas encore été observée dans la Gaule Narbonnaise.
La seconde inhumation singulière est, également, celle d'un homme mais cette fois installé sur un véritable lit funéraire, avec dossier et accoudoirs. Son corps repose adossé, le bras droit posé sur l'accoudoir tandis que le membre supérieur gauche, situé à l'extérieur de cet aménagement, est fléchi afin de maintenir la partie supérieure semi-redressée. En Gaule Narbonnaise, les lits sont attestés dans les crémations, en revanche aucun exemple de sujet inhumé sur un lit n'avait encore été mis au jour.
Deux puits en contexte funéraire
Les sépultures de deux groupes étaient associées à deux puits cuvelés creusés dans le courant du IIe siècle et dont les comblements supérieurs ont livré de nombreux ossements humains provenant d'au moins 25 individus, dont trois adultes et 22 enfants décédés à terme ou in utero. Les restes humains étaient mêlés à des ossements animaux (bœuf, porc, ovi-caprin, poule, cheval, chien) et à des éléments de mobilier dont des monnaies et des pots similaires aux exemplaires issus des inhumations environnantes.
La fouille incomplète de ces puits ne permet pas de proposer une interprétation assurée de ces vestiges. Certaines observations évoquent des rejets de déchets. La présence d'une portion de squelette au contact d'un possible vase cercueil et la nature des mobiliers associés seraient plutôt compatibles avec l'hypothèse de dépôts secondaires d'ossements humains issus de la vidange de plusieurs sépultures, ou bien avec celle de puits utilisés comme sépultures collectives. La part très élevée des sujets décédés en période périnatale au sein de ces structures, témoigne d'un traitement particulier des tout-petits qu'ils aient été regroupés dans un secteur particulier ou inhumés dans les puits.


















