Colline de Montaury

La tour 1 du Préventorium à l'issue de la fouille programmée.  © Richard Pellé, Inrap
La tour 1 du Préventorium à l'issue de la fouille programmée.
© Richard Pellé, Inrap

Description

Entre 2014 et 2019, une fouille programmée s'est déroulée sur la colline de Montaury, à l'ouest de Nîmes, accueillant 10 à 15 stagiaires pendant un mois d'été. Elle a concerné l'étude de la fortification romaine construite sous les règnes d'Auguste et de Tibère, en particulier la fouille de trois tours et de leurs abords immédiats. La longueur du mur de courtine dans ce secteur représente un tronçon d'environ 180 m qui suit le versant septentrional de la colline passant de 62 m NGF au point bas, au niveau de la route de Sauve, à un point haut situé à un peu plus de 100 m NGF. Trois tours de formes différentes ont été dégagées ; la plus élevée, dénommée tour 2 du Préventorium, est située près d'une poterne et est de forme barlongue (rectangle avec un côté externe arrondi) ; celle centrale est circulaire et celle inférieure de plan octogonal en élévation est construite sur un socle rond (tours Peysson 1 et 2).

Résultats

Les vestiges de la fortification

Partiellement relevés par Pierre Varène en 1961, le segment de mur de courtine et les tours n'avaient pas pu être dégagés à l'époque. 50 ans plus tard, une première campagne de fouille intervient sur la tour 2 du Préventorium, remettant au jour la poterne (petite porte de sortie) large de 2,18 m. L'intérieur de la tour barlongue est fouillé mais la moitié nord de la maçonnerie a disparu ainsi que les couches archéologiques lors de l'aménagement au XIXe siècle d'un jardin d'agrément. Aucun dispositif particulier n'est observé (escalier ou aménagement intérieur de l'espace) ; les couches d'éclats de taille de la construction livrent un peu de mobilier archéologique daté du changement d'ère ; cependant aucune trace d'occupation de la tour n'a été relevée. À l'extérieur de la tour, le chemin qui devait desservir la poterne n'a pas pu être observé, probablement masqué sous le bitume du parking. Devant l'arrondi de la tour, à la base de sa fondation, dans l'engravure du rocher, un dépôt de deux monnaies romaines a été retrouvé. Les deux dupondii de Nîmes ont probablement été déposés par un tailleur de pierre-maçon lors d'un rituel votif.

Les recherches ont ensuite porté sur les deux tours suivantes en descendant la colline. La tour Peysson 1 était mieux conservée. Les couches de destruction ont livré de nombreux blocs taillés, témoignant d'un ouvrage défensif doté d'archères et d'un chemin de ronde protégé par un parapet crénelé, constitué de dalles, et haut d'environ 1,80 m.

Sous les gravats de destruction, les archéologues ont trouvé une sépulture datant du VIe ou VIIe siècle, preuve que la tour a été réutilisée bien après sa construction. Ils ont également découvert de nombreux objets laissés lors du chantier de construction : céramiques brisées, monnaies, clous de chaussures, fil à plomb, et un vase déposé dans la roche contenant du vin et de l'huile de nigelle, probablement lié à un rituel fondateur. Tout cela permet de dater le chantier de construction entre 1-5 et 25-30 après J.-C.

La tour Peysson 2 a livré des informations similaires. Son élévation octogonale est encore visible côté sud. Toutefois, les couches liées à la construction avaient presque disparu, vraisemblablement emportées par les eaux de ruissellement. Dans les gravats des deux tours, les archéologues ont retrouvé trois monnaies émises à la fin du IVe ou au début du Ve siècle, ce qui suggère que les destructions ont pu avoir lieu au Moyen Âge central (entre le VIIe et le Xe siècle), une époque où les anciennes monnaies romaines étaient encore en circulation faute de frappes nouvelles.

Une nécropole antique au pied du rempart

Les fondations de la tour inférieure et de son rempart ne reposent plus sur la roche, mais sur un limon compact qui comble le vallon. Avant même la construction de la fortification, des traces de culture de la vigne ont été repérées ainsi qu'un caveau funéraire datant du Ier siècle avant J.-C.

Après l'édification du mur, deux grandes fosses d'extraction ont été creusées, sans doute pour récupérer de la terre utile à la construction. Elles ont ensuite servi de dépotoirs, mais aussi de lieux d'inhumation pour des adultes. Très vite, dès l'époque julio-claudienne (Ier siècle après J.-C.), les abords immédiats du rempart se transforment en véritable cimetière. On y enterre aussi bien des adultes que de très jeunes enfants (des fœtus de cinq mois jusqu'à des bébés de moins de six mois), souvent dans des coffres de pierre ou de tuiles, parfois dans des amphores ou des fosses recouvertes de dalles. Des blocs dressés signalent leur emplacement.

Certains défunts étaient accompagnés d'objets funéraires, comme des vases ou des pièces de monnaie. À partir du IIe siècle, cet espace devient exclusivement réservé aux sépultures de nourrissons et... de chiens, traités avec les mêmes soins.