Salle cruciforme

Fosse du premier édifice de spectacle, en cours de fouille ; vue depuis l'est.  Salle cruciforme, Nîmes (Gard), 2020  © Richard Pellé, Inrap
Fosse du premier édifice de spectacle, en cours de fouille ; vue depuis l'est.
Salle cruciforme, Nîmes (Gard), 2020
© Richard Pellé, Inrap

Description

Un diagnostic et une étude de bâti réalisés pendant l'hiver 2015-2016 dans la salle dite cruciforme ont montré que cette partie des souterrains accessibles de l'amphithéâtre de Nîmes (environ 300 m2), situés sous la piste et vidés en 1866, n'avait pas fait l'objet d'une fouille exhaustive. Plusieurs états de construction et d'agrandissement de ces coulisses dédiées aux spectacles de chasse ou de gladiature ont pu être observés, et des structures en creux, épargnées par le curage de 1866, ont livré des couches archéologiques contenant du mobilier. En 2019-2020, une fouille a donc été réalisée et a pu mettre en valeur l'existence d'un premier édifice de spectacle aujourd'hui disparu.

Résultats

Un édifice disparu

Après l'enlèvement des boues, des apports du XIXe siècle, d'une cave d'une maison médiévale située dans l'aile nord de la salle cruciforme et du curage partiel du puits dit « wisigothique » perforant le sol de l'aile ouest, la fouille a mis en valeur la préexistence de structures souterraines profondément enfouies et de dimensions insolites.

Au centre du grand axe, une fosse, considérée comme un drain en 2015-2016, a pu être dégagée sur une large portion, et sa fouille a révélé sa fonction primaire ainsi que sa datation. Creusée dans le sistre (nom donné au substrat local), elle mesure 25,80 m de long, 3 m de large, avec une profondeur variant de 1,20 à 1,50 m environ, et son fond se situe à 7,80 m sous le niveau de circulation antique externe.

Cette structure est encadrée par neuf fosses de plan quadrangulaire au sud et au nord, d'environ 0,90 à 1 m de côté pour 1,50 m de profondeur, et à chaque angle se trouvent quatre trous de poteau tout aussi profonds.
Cette énorme structure se développe au-delà des murs de la construction primaire du IIe siècle et ne correspond donc pas aux coulisses de l'amphithéâtre actuel dont elle est antérieure.

Les indices stratigraphiques, le mobilier retrouvé et les datations au carbone 14 obtenues sur les fibres de bois retrouvées dans le fond de la fosse et provenant du socle de la machinerie des coulisses convergent pour dater cette structure des années 25-30 après J.-C.

La construction de l'amphithéâtre actuel, avec le décaissement de sa plateforme, a fait disparaître une très large partie des vestiges de ce premier édifice de spectacle.

Des coulisses en perpétuel changement 

Après la destruction du premier amphithéâtre, un nouvel édifice de spectacle est construit au début du IIe siècle. Érigé exclusivement en pierre et agrandi par rapport au précédent afin d'accueillir plus de spectateurs (on passe approximativement de 15 000 à 24 000), ses coulisses sont initialement de petites dimensions, presque centrées sur le grand axe de la piste est-ouest, rectangulaires, avec une niche au sud et un probable couloir d'accès au nord.

Elles ont pu être datées grâce aux radiers du chantier de construction, où fut retrouvé un sesterce de Trajan frappé en 105, dont la courte durée de circulation confirme la mise en place de ces murs primaires vers les années 110 après J.-C.

L'accroissement des spectacles et les besoins scéniques qui en découlent entraînent un développement progressif du réseau des pièces souterraines à vocation technique et de stockage, qui devient de plus en plus complexe et étendu.

Les espaces nord-sud de la salle cruciforme, probablement réalisés en deux temps au regard des techniques différentes de construction, se greffent à peu près dans l'axe de la maçonnerie antérieure, mais avec des fondations moins profondes, sans ressaut et présentant un pendage ascendant vers l'extérieur.

Contemporains ou postérieurs à cette phase, l'élongation et l'élargissement des salles primaires vers l'ouest et l'est rejoignent les deux portes axiales sous les gradins de la cavea. Après cette phase de construction, des couloirs semblent se dessiner, ouverts perpendiculairement au travers de ces extensions, et une grande partie du sous-sol de la piste est envahie.

Après quelques décennies de fonctionnement, ces coulisses sont finalement abandonnées dans la seconde moitié du IIIe siècle, probablement à la suite d'une série de fortes inondations.