« Villa Roma », impasse Boissier/quai Georges-Clémenceau

Aquarelle de Jean-Claude Golvin, restituant le quartier d'habitat de « Villa Roma », au Ier siècle après J.-C., voisin du temple de Diane appartenant au sanctuaire de la Fontaine (à droite sur l'image.  Impasse Boissier/quai Georges-Clémenceau  © Jean-Claude Golvin
Aquarelle de Jean-Claude Golvin, restituant le quartier d'habitat de « Villa Roma », au Ier siècle après J.-C., voisin du temple de Diane appartenant au sanctuaire de la Fontaine (à droite sur l'image.
Impasse Boissier/quai Georges-Clémenceau
© Jean-Claude Golvin

Description

Située sur les pentes sud du Mont-Cavalier (dominé par la Tour Magne), la fouille de Villa Roma s'étend sur 6000 m², révélant une occupation humaine discontinue depuis la fin de la Préhistoire jusqu'au Ier siècle après J.-C. D'un simple site agricole, il s'est transformé en un quartier urbain influencé par l'architecture hellénistique et romaine avec des structures publiques, des maisons privées, etc., témoignant de l'intégration culturelle et économique de la région dans l'Empire romain.

Les premières recherches sur le site ont commencé par des repérages en décembre 1990, suivis d'une fouille de sauvetage de juin 1991 à mai 1992, dirigée par M. Piskorz de l'AFAN (aujourd'hui Inrap). Ces travaux ont complété des découvertes de 1981-1982, sous la direction de P. Garmy du Musée archéologique. Des fouilles plus anciennes avaient été menées par le Colonel Pothier en 1888.

Résultats

Occupation préromaine

La première phase d'occupation notable du site, au Ve siècle av. J.-C., révèle une activité principalement agricole. On y trouve quelques mobiliers et des vestiges de structures rudimentaires liées à la culture des terres telles que des fossés probablement pour l'irrigation ou le drainage et des groupes de silos utilisés pour le stockage des récoltes. De grandes quantités de grains de céréales carbonisés ont également été découvertes, attestant ainsi de l'importance de l'agriculture dans cette région à cette époque.

Au cours du IVe siècle av. J.-C., les fossés se comblent de rejets domestiques (fragments de céramique, faune, etc.), témoignant de la présence d'habitations. Au IIIe siècle av. J.-C., l'absence de vestiges indique un retour exclusif à l'agriculture. C'est à la fin de ce siècle que la zone connaît une transformation majeure, passant d'un site agricole à un quartier urbain structuré par quatre rues délimitant des îlots à l'intérieur desquels les habitations sont relativement mal connues en raison des reconstructions au Ier siècle ap. J.-C.

Pour le Ier siècle av. J.-C., le bâtiment le plus marquant du site présente un mode de construction de tradition hellénistique. De plan rectangulaire, il mesurait plus de 24 m de long par 6,50 m de large. Ses murs étaient aveugles sauf l'un des longs côtés qui était largement ajouré à la manière d'un portique, ouvrant en direction de la Fontaine. Son sol en terre battue pouvait être recouvert de nattes ou de tapis. Il servait sans doute de cadre à de petites assemblées. On a trouvé à proximité une inscription en gallo-grec. Ce monument signe la première monumentalisation tangible des abords de la Source de la Fontaine.

Restructuration du quartier à l'époque augustéenne

À la fin du Ier siècle av. J.-C., le quartier est fortement transformé. Les rues conservent leur tracé antérieur mais sont équipées de trottoirs, formés de blocs de pierre, de dalles alignées ou par le rocher naturel, et des égouts y collectent les eaux indésirables. Elles desservent plusieurs îlots connus par au moins 21 ensembles (maisons, atelier de potier, bâtiment à usage collectif, enclos, etc.).

La plupart de ces édifices présentent un plan articulé autour d'une cour. Les unités d'habitation les plus modestes se trouvent vers le haut de la pente. Vers l'aval, certaines cours ont des bassins, l'un d'eux étant alimenté en eau grâce à des tuyaux en plomb. Les élévations des murs, fondées sur des solins de pierres, étaient faites en terre crue (adobe ou torchis avec armature en bois). Les sols étaient souvent en terre battue ou parfois en béton d'éclats calcaires dont la surface pouvait être ornée de motifs décoratifs géométriques, à l'aide de tesselles noires, blanches ou rouges, ou encore d'insertion de petites plaquettes de marbres. Aucune mosaïque n'a été découverte en place, probablement en raison de choix décoratifs et financiers. En revanche, des enduits peints sont courants et se retrouvent dans presque toutes les maisons, conservés en place ou effondrés sur les sols. Un des panneaux restaurés permet de restituer le plafond de la pièce à plus de 3,70 m de hauteur. Il figure un héros représenté en chasseur, identifié à Hippolyte (fils de Thésée et beau-fils de Phèdre), et une frise à scènes grotesques, où des nains comiques parodient des héros de la mythologie.

Un atelier de potier, occupant 315 m², a pu être fouillé intégralement. Entre les années 10 et 70 ap. J.-C., il a pu abriter un à trois fours, le plus ancien connu étant d'un diamètre extérieur de 2,50 m. Les différents types de vases qui y ont été fabriqués étaient destinés à un usage domestique pour la plupart, notamment des cruches ou des jattes, mais certains petits pots semblent avoir eu une utilisation en contexte cultuel, peut-être au sein de sanctuaires, et/ou pour des préparations médicinales.

À partir de 70-80 ap. J.-C., des signes d'abandon apparaissent sur l'ensemble du quartier et la plupart des maisons sont désertées au début du IIe s. Le site devient alors une zone de décharge et de récupération de matériaux de construction.