33 rue Rouget de l'Isle

Vue zénithale du chantier  33 rue Rouget de Lisle, Nîmes (Gard), 2021  © Pascal Bois, Inrap
Vue zénithale du chantier
33 rue Rouget de Lisle, Nîmes (Gard), 2021
© Pascal Bois, Inrap

Description


Au premier semestre 2021, l'Inrap a mené des fouilles au 33, rue Rouget de Lisle, sur une parcelle de 6 000 m², dont la moitié nord est concernée par un projet immobilier. Le terrain, vallonné et escarpé, se situe sous la Tour Magne, à l'est des Jardins de la Fontaine — un vaste complexe cultuel d'époque protohistorique et antique.

Les recherches ont révélé de riches vestiges, organisés de part et d'autre d'une voie orientée nord-sud, installée au cœur du vallon. Cette route desservait d'abord des aménagements ruraux, avant d'accompagner le développement de véritables quartiers urbains à l'époque gauloise, qui perdurent ensuite durant la période romaine.

Résultats


Un paysage rural protohistorique

L'occupation du vallon débute à la fin du VIIe siècle avant J.-C., avec l'installation de structures agricoles et pastorales. Les habitants créent de petites terrasses pour cultiver plus aisément et aménagent une voie principale traversant le vallon du nord au sud.

Après une interruption de plus d'un siècle (du milieu du VIe au dernier quart du Ve siècle avant J.-C.), le site connaît une nouvelle phase d'occupation, marquée par l'apparition de maisons installées autour de la voie. Un grand fossé est alors creusé le long de la route pour drainer les eaux et prévenir les inondations. L'une des habitations fouillées, de plan rectangulaire, était construite en terre et dotée d'un foyer central. Elle était établie sur une terrasse artificielle, obtenue par nivellement du terrain à l'est et apport de remblais à l'ouest. Ces aménagements ambitieux du IVe siècle avant J.-C. annoncent l'urbanisation qui va suivre.

Une urbanisation protohistorique et républicaine

Au IIIe siècle avant J.-C., le site se transforme en un quartier urbain structuré selon un schéma régional bien connu dans le monde gaulois. Les parcelles sont organisées en longues bandes rectangulaires, perpendiculaires à la voie principale, et occupées par de petits bâtiments carrés, d'environ 4 mètres de côté, construits côte à côte. Des voies secondaires sont aménagées pour desservir ces maisons et faciliter l'écoulement des eaux.

Le grand fossé est alors comblé avec des cailloux, devenant un véritable drain pour assainir le quartier. Malheureusement, les traces des phases d'occupation les plus anciennes ont souvent été détruites par les constructions ultérieures.

Dès le Ier siècle avant J.-C., l'organisation générale du quartier demeure, mais certains espaces sont regroupés pour former de plus grandes habitations à cour. L'une d'elles, située au sud de la voie, témoigne des nouvelles manières d'habiter : les pièces de réception sont dotées de sols en béton et décorées de peintures murales, dont un ensemble caractéristique du deuxième style pompéien — un cas unique à Nîmes pour une œuvre conservée in situ.

L'occupation à l'époque impériale

Vers la fin du Ier siècle avant J.-C., le quartier poursuit son évolution tout en conservant son organisation urbaine. La voie principale est soigneusement pavée, avec un profil en V pour assurer un bon drainage. C'est aussi à cette période que sont installées les premières canalisations souterraines et des puits.

Le quartier se diversifie : certaines maisons disposent désormais de cuisines, de pièces de réception, et d'espaces dédiés à la production (comme le pressage d'huile ou de vin). Des zones artisanales, notamment liées à la fabrication de poteries, voient également le jour.

À partir des années 30/40 après J.-C., le quartier devient exclusivement résidentiel. De vastes jardins sont créés par la réunion de plusieurs parcelles, rendue possible grâce à des apports massifs de terre issus en partie du recyclage d'anciennes architectures en terre. L'une des maisons, sans doute luxueuse, était équipée d'un triclinium d'été — salle à manger ouverte sur un jardin en terrasse.

Après l'Antiquité romaine

Les dernières traces d'occupation remontent à la fin du IIe siècle, moment où la voie est abandonnée. Le vallon est alors réinvesti pour des usages agricoles : des terrasses comblent progressivement le relief. Quelques tombes isolées, probablement celles de protestants propriétaires des lieux à l'époque moderne, ont été mises au jour dans ces parcelles.