
« La Marseillaise », vue d'ensemble de la chambre et des canalisations, prise de l'ouest.
La Marseillaise, Nîmes (Gard), 1966
© Victor Lassalle,Musée archéologique de Nîmes
La Marseillaise, Nîmes (Gard), 1966
© Victor Lassalle,Musée archéologique de Nîmes
Description
Le projet immobilier « La Marseillaise », situé entre les rues Ménard, Poldo-d'Albenas et Rouget-de-Lisle, a été précédé d'une fouille réalisée entre mai et juillet 1966 sous la responsabilité de Victor Lassalle, qui dirigeait alors le Musée archéologique de Nîmes. Cette fouille ancienne a été menée dans des conditions d'intervention difficiles, à une époque où l'archéologie urbaine était encore souvent limitée aux découvertes fortuites. Elle a pourtant permis de reconnaître, sur un vaste terrain couvrant près de 6 500 m², des aménagements hydrauliques et deux tronçons de rues antiques, ainsi que le plan quasi complet d'une maison d'époque romaine. Elle constitue une étape significative dans le développement de l'archéologie préventive à Nîmes.Résultats
Le site se trouve à faible distance du castellum, qui est l'aboutissement de l'aqueduc mis en service au milieu du Ier siècle après J.-C. pour alimenter la ville avec l'eau des sources de l'Eure, près d'Uzès.Les aménagements hydrauliques découverts en 1966 à l'angle des rues Poldo-d'Albenas et Rouget-de-Lisle étaient creusés dans la roche calcaire et soigneusement maçonnés. Un canal maçonné, d'orientation est-ouest, était doté d'une voûte en plein cintre et pourvu de regards rectangulaires dont trois au moins ont pu être reconnus. Il aboutissait dans une chambre rectangulaire (3 x 1,44 m ; haut. 1,76 m), recouverte de dalles, avant de se poursuivre vers l'ouest sous une rue pavée antique passant sous l'actuelle rue Rouget-de-Lisle. Les parois du canal et de la chambre étaient parementées, avec des assises de moellons liés au mortier de chaux. Ces aménagements, qui dépendaient du castellum situé en amont (aujourd'hui rue de la Lampèze), permettaient la distribution d'eau vers la ville basse par le biais de tuyaux de plomb, bien protégés à l'intérieur des galeries, mais récupérés lorsque l'aqueduc a cessé de fonctionner.
Dans sa partie sud-est, la fouille a révélé deux rues perpendiculaires encadrant une domus qui semble avoir été construite peu après la mise en service de l'aqueduc. Elle présente un ensemble assez cohérent de onze pièces se développant autour de deux cours. Sa surface totale est estimée à plus de 550 m2. D'une surface de 32 m², la cour centrale, probablement équipée d'un impluvium, est ceinturée, sur au moins trois côtés, par un portique donnant accès aux pièces résidentielles dont les sols étaient en béton et dont les parois étaient recouvertes de peintures murales datées de la seconde moitié du Ier s. Une base d'escalier est mise en évidence dans une autre pièce qui ouvre, au sud, sur une rue, depuis laquelle on pouvait ainsi accéder directement à l'étage.
D'une surface de 19,6 m2, la pièce principale, qui s'ouvrait largement sur la galerie et sur la cour, était flanquée de deux autres pièces à ouverture latérale et d'une surface d'environ 12 m2. Dans la pièce B, qui avait peut-être un sol en terre battue, Victor Lassalle a trouvé un cippe en forme de gaine d'Hermès (haut. 1,54 m) et sur lequel une dédicace avait été soigneusement gravée :
G(enio) Q(uinti) n(ostri)/Abascantus/ser(vus)
« Au Génie de notre Quintus, Abascantus, son esclave. »
« Au Génie de notre Quintus, Abascantus, son esclave. »
Ce témoignage, typique de la religion privée romaine, est adressé au « genius » (force divine qui entre dans l'individu à sa naissance et partage sa destinée) du maître de maison dont seul le prénom est mentionné. Le nom que porte l'esclave (Abascantus, « protégé des maléfices ») est d'origine grecque, ce qui à Nîmes est révélateur du statut juridique et social plutôt que de l'origine du personnage. En honorant ainsi son maître, il agissait sans doute en vue de son affranchissement. Aujourd'hui conservé au musée de la Romanité de Nîmes, ce petit monument devait sans doute supporter le portrait de Quintus et être placé dans une partie réservée au culte familial.


