
Fragment d'inscription gravée sur plaque de marbre et datée entre 117 et 138 après J.-C., en raison d'une titulature impériale celle d'Hadrien, successeur de Trajan.
Les A.G.F., 1 bis avenue Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 1984
© Musée archéologique de Nîmes
Les A.G.F., 1 bis avenue Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 1984
© Musée archéologique de Nîmes
Description
Les travaux de restructuration d'un immeuble du XVIIIe siècle, appartenant en 1982 aux Assurances Générales de France, à l'angle de l'avenue Jean-Jaurès et de la rue de Sauve, ont provoqué deux interventions archéologiques réalisées par le Musée archéologique de Nîmes, l'une en décembre 1982, la seconde de juillet à septembre 1984. Au démarrage des travaux, les vestiges d'un vaste monument comportant des pièces mosaïquées étaient apparus dans les sous-sols à une profondeur inattendue (3 m au-dessous des terrains actuels).Résultats
Les fouilles ont permis d'explorer une partie d'un édifice antique à caractère public identifié à une schola des utriculaires (lieu de réunion d'une corporation de commerçants-transporteurs de vin et d'huile dans des outres) grâce à la découverte d'inscriptions qui mentionnent la restauration de thermes, encore non localisés à ce jour. Les fouilleurs ont noté un premier état d'occupation au Ier siècle avant J.-C., et deux murs parallèles maçonnés au mortier, datables du Ier siècle après J.-C.Dans le monde romain, les corporations avaient leur siège dans des édifices qui comportaient généralement une cour à portique et des salles de gestion, de réunion, voire de culte. Elles favorisaient l'entraide entre les membres et bénéficiaient souvent du patronage d'un personnage éminent. En l'absence d'inscription signalant une schola, il est parfois difficile de les identifier, l'organisation architecturale pouvant prêter à confusion avec celle d'une riche maison.
Ici, l'édifice est principalement connu pour les IIe et IIIe siècles, époque à laquelle les scholae sont bien représentées. En plan, il occupe un trapèze de 25 x 15 x 20 m pour sa partie connue. Sa façade côté sud repose sur un mur de terrasse préexistant, peut-être en bordure d'une voie passant à peu près sous l'actuelle rue de Sauve, et qui forme un puissant massif de maçonnerie épais de 1 à 1,20 m. À l'est et au nord, un portique en L borde un jardin qui s'étend au-delà des limites de fouille. L'entrée se faisait côté ouest, et le bâtiment se poursuit sous l'actuelle avenue Jean-Jaurès. Le portique, pavé en mosaïque blanche, dessert une première salle (d'une surface de 140 m²) par une ouverture large de 2,60 m, et se poursuit au sud pour donner accès à une autre pièce (environ 110 m²) dont le seuil est un peu moins large (2,05 m).
La mosaïque de la pièce 3 présente trois panneaux polychromes, le plus petit représentant Actéon dévoré par ses chiens. Ce personnage, cousin de Dionysos, est surtout connu pour avoir suscité la colère de la déesse Artémis en la surprenant nue alors qu'il chassait sur le mont Cithéron, dans la région de Thèbes en Grèce. Les deux autres panneaux, placés dans l'axe de la pièce, figurent chacun un cratère à vin posé sur un piédestal. De cette pièce, on pouvait pénétrer dans la salle 5 en empruntant un passage large de 3 m, encadré par deux piliers monumentaux et dont le sol, en contrebas, comportait une sorte de pédiluve.
Cette salle présente une surface adaptée pour recevoir un plus grand nombre de personnes. Sa mosaïque comporte au centre un panneau polychrome (5,60 x 2,60 m) comportant cinq médaillons. Le premier portait une inscription incomplètement conservée mais signalant que la mosaïque avait été offerte par un personnage important lié à la corporation. Les quatre autres médaillons étaient décorés de motifs géométriques, alternent avec des scènes mythologiques lisibles du côté opposé à la pièce 3.
Ces scènes sont malheureusement très dégradées, mais l'une figure le combat de Darès et Entelle (épisode tiré de l'Énéide de Virgile), l'autre représente Dionysos découvrant Ariane à Naxos où elle a été abandonnée par Thésée.
Parmi les mosaïques découvertes à Nîmes, celles-ci comptent parmi les très rares qui aient été maintenues dans leur contexte architectural d'origine – malheureusement non accessible au public.
Une autre particularité de la salle 5 consiste à inclure un puits circulaire accessible par une volée de marches, ce qui suggère qu'il jouait un rôle lors des réunions, pour des rites d'ablution ou de lustration. Les réunions de la corporation pouvaient en effet inclure des cérémonies qui, comme dans la plupart des cultes privés ou publics, faisaient appel à l'eau lustrale, purificatrice. La schola se place d'ailleurs dans le voisinage immédiat de l'Augusteum, sous la protection du sanctuaire impérial de la Fontaine, où l'eau de la source était facilement accessible par un escalier double semi-circulaire.
Le comblement du puits a livré des débris des sculptures qui ornaient l'édifice, l'une semble avoir représenté Alexandre le Grand (hauteur totale reconstituée : 1,80-1,90 m), d'autres appartenant à des statues drapées. On y a aussi trouvé sept plaques murales épigraphiques qui ont permis d'identifier la schola des utriculaires. En effet, l'une de ces inscriptions fragmentaires issue du puits met en relation ce collège avec un éminent notable nîmois, Titus Iulius Dolabella, déjà connu par une inscription trouvée à la Fontaine ; celle-ci laisse à penser qu'il était également patron des centonaires (fabricants-réparateurs de toiles et cuirs) et des synagonistes (acteurs).
Une autre des inscriptions issues du puits révèle un incendie à la suite duquel plusieurs bâtiments non localisés dont des thermes furent restaurés.
Enfin, un autre intérêt de la fouille est d'avoir montré que cet édifice a été occupé jusqu'au VIe siècle, bien que dans des conditions nettement plus précaires.


