
Les fondations de murs des espaces 1, 2 et 16 à 20, vues du nord.
Maison de Santé protestante, Nîmes (Gard), 1995
© Michel Piskorz, Inrap.
Maison de Santé protestante, Nîmes (Gard), 1995
© Michel Piskorz, Inrap.
Description
La construction d'un immeuble, à l'angle des rues Bernard de la Treille et de Sauve, a entraîné une fouille préventive menée sur 720 m². Le terrain se trouve à quelques centaines de mètres au sud du Mont Cavalier et de la source de la Fontaine.Résultats
Occupations anciennesQuelques éclats de silex indiquent une fréquentation discrète à la fin de l'époque préhistorique. L'occupation, qui reprend entre 525 et 400 avant J.-C., est à caractère agricole et domestique : trous de poteaux qui devaient supporter des greniers pour le stockage des semences et des récoltes, fosses diverses et lambeaux de sols de terre battue, l'ensemble étant observé en fin de fouille sur une surface réduite d'environ 10 m².
Époque romaine
Alors que le site se trouve à l'intérieur du rempart édifié au IVe siècle avant J.-C., aucun vestige n'a pu être rattaché à la période comprise entre la fin du Ve siècle et le début du Ier siècle avant J.-C.
- Au Ier siècle avant J.-C.
Dans le courant du Ier siècle avant J.-C., une voie de direction nord-sud, large d'environ 3 m, est aménagée sur le terrain naturel préalablement mis à nu sur une profondeur de 20 à 40 cm et recouvert de cailloutis pour servir de chaussée. Sur ses côtés, on trouve une série de fosses oblongues ou circulaires, aux parois rubéfiées, comblées de couches charbonneuses et d'adobes brûlées, qui sont apparentées à de petits foyers et à des restes de palissade ou de murs construits à pans de bois sur sablières basses (poutres placées horizontalement pour servir de supports aux poteaux structurant les élévations).
Ces restes d'habitations principalement faites en matériaux périssables sont mieux connus à l'est de cette rue où ils subsistent au travers de fondations peu profondes en pierres liées à la terre, supportant des élévations en briques d'adobes. Une ruelle ou couloir et cinq espaces, appartenant à une ou plusieurs maisons, ont été distingués. L'un d'eux (7,50 x 7 m), partagé entre activités domestiques et stockage, renfermait un dépôt votif, un vase en céramique modelée renfermant le squelette d'un chiot. Certains sols sont faits de dalles calcaires et la présence d'un caniveau, dans l'espace 2, manifeste la volonté de drainer les eaux indésirables. Cette phase d'occupation, malgré son état de conservation très lacunaire, apparaît encore très peu marquée par l'architecture romaine (caractérisée notamment par des toitures en tuiles et par l'emploi du mortier de chaux dans la réalisation des sols et des murs), contrairement à celle qui la suit.
- Du début du Ier siècle après J.-C. au milieu du IIe siècle
Cette nouvelle phase d'occupation, qui est d'ailleurs la mieux connue, reprend très partiellement l'organisation spatiale antérieure. La rue reçoit un égout collecteur axial à couverture dallée (section 1,87 m² ; ht. 1,10 m), implanté dans le terrain naturel qui, aplani, sert de fond à l'écoulement des eaux. Large d'environ 7 m en incluant les trottoirs, la rue paraît avoir été dallée, compte tenu de l'absence d'empierrement et de la hauteur restituée de nombreux égouts se jetant dans le collecteur.
Le mur de rive oriental de cette voie n'est pas conservé mais une domus comportant plusieurs cours s'étend de ce côté. D'une surface estimée entre 800 et 1000 m², elle regroupe une vingtaine d'espaces, certains étant conservés de l'état antérieur. Deux canalisations sont dirigées vers la rue à l'ouest et deux autres vers le sud, ce qui suggère, de ce côté qu'une rue perpendiculaire se trouvait à faible distance, à peu près sous l'actuelle rue de Sauve.
Dans la partie ouest de cette domus, l'espace 1 donne accès à une galerie qui entoure sur ses quatre côtés une cour (55 m²) à bassin central de 12 m² peut-être équipé d'une fontaine. À l'est de la galerie, un espace très détruit a été interprété comme un jardin. Le portique sud se prolonge vers l'est par un couloir aboutissant à un réduit, qui forme un étroit passage ou une cage d'escalier et qui abrite des latrines et/ou un tout-à-l'égout.
Au sud de la galerie, différents espaces ont des sols en béton, parfois décorés (résilles d'hexagones ou nids d'abeilles, dessinés en tesselles noires), ou en terre battue. Dans l'angle sud-ouest, un espace, partiellement reconnu sur plus de 4 m² présente un puissant radier de fondation de sol, surmonté d'une chape de béton portant l'empreinte de grandes dalles carrées de 90 cm de côtés, qui constituaient peut-être le fond de cuves ou d'un pressoir pour extraire le jus de raisin ou d'olives.
À l'opposé, dans la partie est de la fouille, deux cours apparaissent séparées par un couloir ou une galerie. Dans la cour 9 se trouvait un bassin d'agrément, ce qui a conduit les fouilleurs à supposer que ces espaces se rattachaient à une autre maison, mitoyenne de la précédente, les deux ayant été peut-être réunies pour en former une plus ample. On connaît d'ailleurs, dans d'autres villes romaines, l'existence de maisons plus vastes également dotées de plusieurs cours.
Transformation du quartier
La maison est sans doute abandonnée dans le courant du IIe siècle, entraînant la récupération des matériaux de construction, jusqu'au niveau des fondations. La rue n'est plus entretenue, le quartier paraissant peu à peu désurbanisé. Il sera regagné par la ville au XIXe siècle.
Une couche d'époque moderne a livré une inhumation d'enfant, qui avait été enveloppé dans une toile fermée par des épingles en bronze et déposé dans un cercueil matérialisé par des clous. L'observation du degré de décalcification des dents a permis d'estimer son âge, entre 6 et 9 mois.


