Ecole Jean-Jaurès, 14-16 avenue Jean-Jaurès

Vue générale de la fouille avec l'avenue Jean-Jaurès en arrière-plan.  Le cliché montre les conditions difficiles dans lesquelles s'est effectuée la fouille, alors qu'une partie du terrain était déjà en cours de construction.  École Jean-Jaurès, 14-16 avenue Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 1981  © Pierre-Yves Genty, DRAC Languedoc-Roussillon, Service régional de l'Archéologie
Vue générale de la fouille avec l'avenue Jean-Jaurès en arrière-plan.
Le cliché montre les conditions difficiles dans lesquelles s'est effectuée la fouille, alors qu'une partie du terrain était déjà en cours de construction.
École Jean-Jaurès, 14-16 avenue Jean-Jaurès, Nîmes (Gard), 1981
© Pierre-Yves Genty, DRAC Languedoc-Roussillon, Service régional de l'Archéologie

Description

La fouille a été menée en quinze jours, préalablement à la construction d'une école à l'angle de l'avenue Jean-Jaurès et des rues Saint-Laurent et des Tilleuls (parcelle DV124).
Dans des conditions très difficiles — découverte fortuite sur un chantier en activité — des négociations entre aménageurs et archéologues ont permis d'effectuer un décapage sommaire sur 400 m², suivi de sondages rapides sur cette zone, puis d'un terrassement plus méthodique sur environ 70 m² à l'emplacement des vestiges les mieux conservés.
Enfin, un sondage unique de 9 m² a permis d'examiner les niveaux profonds et de distinguer plusieurs phases d'occupation s'échelonnant entre la fin du VIe siècle avant J.-C. et le IIIe siècle après J.-C.

Résultats

Époque préromaine

Sur le site de fouille « école Jean-Jaurès », les vestiges d'habitat se trouvent au nord et donc à l'intérieur de l'enceinte connue à proximité, place Jules-Guesde. Les plus anciens vestiges d'habitat sont toutefois antérieurs à l'édification de ce rempart, daté du IVe siècle avant J.-C. Ils se caractérisent d'abord par d'abondants rejets de céramiques datés fin VIe et début Ve siècle avant J.-C., qui indiquent la présence d'habitations dès cette période. Les vestiges construits les plus anciens sont datés du courant du Ve siècle avant J.-C. Ils prennent la forme d'un fond de cabane de plan circulaire d'un diamètre de 2,30 m, construite en torchis, avec des sols en terre battue et de petites dalles, associés à des foyers domestiques.

Cet habitat est rénové au cours du IVe siècle avant J.-C., avec la construction de trois murs en pierres liées à la terre, délimitant des espaces dotés de sols en terre battue. Au IIIe siècle avant J.-C., ces murs sont arasés et remblayés. Un nouveau mur apparaît, associé à un sol de terre battue équipé d'un foyer. La cendre déposée sur le sol semble marquer un incendie accidentel.

L'orientation des murs des habitations des IVe-IIIe siècle avant J.-C., inclinée de 13° à l'ouest du Nord Lambert, a été conservée au fil des réaménagements jusqu'à l'abandon du quartier à l'Antiquité tardive. L'importance de cette trame urbaine, apparue à l'époque préromaine, est tout à fait notable.

En effet, ailleurs dans la ville, elle détermine l'orientation d'un bâtiment à portique du début du Ier siècle avant J.-C., situé à proximité de l'Augusteum, et elle régit également l'implantation de monuments comme le temple de Diane et le forum de Nîmes. Lors de la création des jardins de la Fontaine au XVIIIe siècle, cette orientation urbaine sera « réactivée » par le tracé de l'actuelle avenue Jean-Jaurès et de nombreuses rues adjacentes.  

Époque romaine

Au Ier siècle avant J.-C.

La maison est occupée sans changement notable avant d'être entièrement refaite au cours du Ier siècle avant J.-C. Des murs en pisé ou en bauge sont enduits de chaux et peints, limitant deux pièces aux sols en béton fait d'éclats calcaires et décoré de tesselles noires.

La pièce occidentale est large d'au moins 3,70 m. Un seuil récupéré signale une entrée large de 1,10 m à une pièce couvrant 4,50 x 3,60 m. Elle comportait un panneau de mosaïque sans doute polychrome placé au sud-est de la pièce, près de l'entrée, pour laisser place à deux lits au nord et à l'ouest. Ce panneau paraît avoir été récupéré dans l'Antiquité compte tenu du piquetage sur une surface de 2,30 m et plus de 1,50 m.

La cloison la mieux conservée de cette pièce, large de 14,5 cm, construite en pisé à l'aide d'un coffrage maintenu par des clous et enduite de chaux, était ornée d'une peinture murale comportant une base de pilastre en neuf couleurs datée dans les années 40 avant J.-C. et rattachée au 2e style pompéien. Le panneau est aujourd'hui exposé au musée de la Romanité. Ces sols décorés et les peintures murales mises au jour sur cette fouille sont parmi les plus anciens reconnus à Nîmes à ce jour.

L'occupation du haut Empire

Une nouvelle rénovation intervient à la fin du Ier siècle avant J.-C. Le plan est globalement maintenu mais les nouveaux sols, toujours en béton fait d'éclats calcaires à décor de tesselles, sont rehaussés d'environ 0,35 m. La pièce occidentale, de plan carré (20,50 m²), possède une large ouverture côté sud. Son sol est orné d'hexagones marquant le seuil et d'un tapis central carré de 1,96 m de côté formé de tesselles dessinant des cercles concentriques. Dans la pièce voisine, connue sur 4,72 m pour au moins 2 m, l'ouverture a également été modifiée pour déplacer l'accès plus à l'est. Le sol est décoré d'un quadrillage de croisettes (sorte de petites fleurettes formées de quatre tesselles noires disposées en croix autour d'une tesselle centrale de couleur blanche).

Ces deux pièces sont desservies par une galerie est-ouest d'une largeur de 2,16 m qui borde au sud une probable cour, à laquelle peuvent appartenir un puits circulaire, un lambeau de sol ainsi que de grandes dalles pouvant correspondre à un péristyle ou à un sol encadrant un bassin. Plus à l'ouest, une fondation de mur nord-sud observée sur 28 m de long semble limiter la maison de ce côté.

Les sols du Haut-Empire ont été retrouvés à 0,30 m au-dessus du niveau de la voirie actuelle. L'absence de niveaux plus récents s'explique probablement par les grands travaux du XVIIIe siècle, qui ont arasé la stratigraphie supérieure. Quelques fragments de céramique des IVe-Ve siècle montrent néanmoins une fréquentation tardive du site.

Malgré le délai d'intervention très bref, cette fouille marque une étape importante dans le développement de la recherche archéologique préventive à Nîmes, par ses résultats, très riches, et par ses méthodes d'enregistrement, novatrices pour l'époque.