7 Rue Puech-du-Teil

Fouille de la rue Puech du Teil, échantillon de fragments de blocs d'architecture de mausolées et/ou d'un arc de triomphe.  © Yves Manniez, Inrap
Fouille de la rue Puech du Teil, échantillon de fragments de blocs d'architecture de mausolées et/ou d'un arc de triomphe.
© Yves Manniez, Inrap

Description

En 1995, la construction d'un immeuble au 7 rue Puech-du-Teil a donné lieu à une fouille sur 1000 m², sur un terrain situé au pied de la colline du Puech du Teil, qui culmine à 98 m NGF (au-dessus du niveau moyen de la mer) et qui est constituée par les bancs de calcaire massif. La limite avec un autre faciès géologique (formation caillouteuse constituée de colluvions) a été perçue sur la fouille. Celle-ci a permis de mettre au jour un tronçon de la voie Domitienne, ainsi que deux vastes fosses quadrangulaires.

Résultats

La via domitia a été créée en 118 avant J.-C. à l'instigation du proconsul Domitius Ahenobarbus pour le transport des troupes et le service public de l'état romain (cursus publicus) à travers la Gaule du Sud et en direction de l'Hispania. L'importance historique et la qualité des aménagements de cet itinéraire font que divers vestiges, ouvrages d'art subsistant et certains tronçons, sont protégés au titre des Monuments historiques.

Ce tronçon de voie se situe à environ 750 m au sud de la ville antique. Le premier niveau de roulement, daté dans le courant de la seconde moitié du IIe siècle avant J.-C., est assez sommairement aménagé sur le rocher, après un décaissement de 0,50 m de profondeur, et occupe environ 24 m de large. Jusqu'au IVe siècle après J.-C., la bande de roulement sera régulièrement refaite, à l'aide de petits cailloux soigneusement compactés pour assurer une bonne circulation, mais elle n'a pas bénéficié d'un dallage. De nombreuses ornières attestent du passage de charrois, y compris au sud de la fouille où des observations complémentaires ont été réalisées en 2005.

Les deux fosses ont un plan carré de 9,30 m à 9,60 m de côté et leur fond est formé par le rocher. Elles sont datables au plus tôt du changement d'ère. Ces creusements ont été comblés peut-être à la fin de l'Antiquité. On y a trouvé nombre de fragments de blocs sculptés pour la plupart tirés d'un calcaire de grande qualité provenant de la carrière des Lens, une vingtaine de km à l'ouest de Nîmes. Ils témoignent de l'épierrement d'une ou deux constructions dont ils représentent toutefois une quantité dérisoire. La récupération des pierres de taille était fréquente pour de nouvelles constructions, en remploi ou pour la fabrication de la chaux.

En 2017, Melissa Daziano a présenté, dans un cadre universitaire, un mémoire de recherche consacré à l'étude des 86 fragments de blocs sculptés. Elle a mis en évidence huit types de décors différents qui pouvaient prendre place sur des frises : perles et pirouettes (2 blocs), méandres à svastikas et carré (11), oves et fers de lance (14), denticules (3), languettes (3), rais de cœur (11), motifs végétaux (6), ainsi que d'autres motifs incertains (36). Ces derniers peuvent être des moulures ou correspondre à des volutes qui ornaient surtout les chapiteaux de colonnes ioniques, corinthiennes ou composites durant l'Antiquité. Une quinzaine de fragments, en particulier les motifs végétaux, de type décoration florale ou rinceaux de vigne, ont en commun de comporter des petits trous de foret, outil fréquemment employé à partir du IIe siècle. Notant l'absence de fragments de blocs en moyen ou grand appareil, ou celle d'éléments courbes comme des voussoirs étayant l'hypothèse d'un arc monumental, M. Daziano a privilégié celle du tombeau-temple, monument privé qui apparaît au cours du Ier siècle après J.-C. et se développe principalement au IIe siècle, et qui à Nîmes pouvait s'inspirer du décor de la Maison Carrée.

Ces deux hypothèses restent valables, en raison de l'importance du trafic routier sur la Domitienne, la plus importante voie à Nîmes. Des monuments funéraires, richement ornés de sculptures, pouvaient très bien prendre place en bordure de l'axe routier, la présence d'un arc de triomphe jouant un rôle attractif. Les deux grandes fosses carrées s'alignent sur un axe perpendiculaire à la voie et laissent entre elles un passage large de 4,50 m. Nîmes, cité importante et métropole des Volques arécomiques, a certainement disposé d'un arc monumental, à l'image de celui-ci d'Orange, qui mesure 19,57 m de long et 8,40 m de large. Arles en comptait au moins deux, l'un côté est, en arrivant d'Italie, et l'autre à l'ouest.