Porte d'Espagne - Jean Lasserre

L'arrivée à Nîmes de la voie Domitienne par la porte d'Espagne. Aquarelle de Jean-Claude Golvin d'après les résultats de la fouille « Jean-Lasserre », restituant la façade extérieure de la porte d'Espagne à l'image de la porte d'Auguste. Le monument apparaît au fond d'un rentrant en demi-lune. On note à l'est de à l'ouest la sortie du Cadereau au travers de cinq arceaux aménagés au bas de la courtine.  © Jean-Claude Golvin
L'arrivée à Nîmes de la voie Domitienne par la porte d'Espagne. Aquarelle de Jean-Claude Golvin d'après les résultats de la fouille « Jean-Lasserre », restituant la façade extérieure de la porte d'Espagne à l'image de la porte d'Auguste. Le monument apparaît au fond d'un rentrant en demi-lune. On note à l'est de à l'ouest la sortie du Cadereau au travers de cinq arceaux aménagés au bas de la courtine.
© Jean-Claude Golvin

Description


Fouille de sauvetage dirigée par Martial Monteil avant construction de l'immeuble Jean-Lasserre, aux numéros 4-8 de l'avenue Georges-Pompidou, entre les rues du Mail et de l'Abattoir, couvrant une surface de 1000 m² (parcelle EH-912).

La fouille a permis de préciser le tracé de la voie Domitienne et a mis en évidence la Porte d'Espagne.

Résultats

Un tronçon de la voie Domitienne

Le secteur est à l'origine caractérisé par une dépression large de 15 à 20 m et profonde de près d'1,50 m, d'axe et de pente nord-sud. Elle est utilisée pour installer une bande de roulement empierrée large de 9 m, datée dans le courant de la première moitié ou vers le milieu du IIe siècle avant J.-C. La voie ainsi mise en évidence se place à faible distance d'un cours d'eau intermittent, le Cadereau d'Alès et de Camplanier (canalisé depuis 1959 sous l'avenue Georges-Pompidou).

L'un de ses côtés est bordé par un mur de terrasse qui limite un champ. Découverte sur le côté opposé, une sépulture à inhumation a été datée entre 197 et 175 avant J.-C. par le radiocarbone d'un échantillon osseux humain. Elle était accompagnée d'une petite figurine en terre cuite modelée, assimilée à un talisman. Son implantation dans l'environnement instable du Cadereau ne signifie pas qu'elle soit en position de relégation dans la mesure où elle disposait d'une couverture en matériau périssable et n'était pas isolée. En effet, sur le même côté de la voie, une petite fosse, partiellement connue, a livré un talon de lance et une épée en fer intentionnellement ployée, qui permet d'identifier une tombe à armes d'un type connu en région nîmoise au IIe siècle et dans la première moitié du Ier siècle avant J.-C.

Dans la seconde moitié du IIe siècle avant J.-C., la voie est élargie de 6 m côté ouest, à proximité du Cadereau. Trois pierres fichées en terre ont été reconnues le long de cette surface de circulation, deux étant d'assez petite taille (chasse-roues ?). La troisième est un bloc monolithe de calcaire large de 0,50 m et au sommet vaguement arrondi, a pu participer d'une délimitation rurale sinon d'un bornage de la voie. Celle-ci a initialement l'aspect d'un chemin creux. Elle a pu être identifiée à un tronçon de la voie Domitienne, en raison de sa largeur remarquable et de sa date d'installation, mais aussi du fait qu'elle préside à l'aménagement postérieur d'une porte monumentale de l'enceinte dont le plan est strictement comparable à celui de la porte d'Auguste.

La porte d'Espagne

La voie s'engageant ici en direction de l'Espagne, la porte à laquelle elle livrait passage était qualifiée encore à l'époque médiévale de « Porta Spana » dans les chartes du cartulaire de Nîmes. La fouille a révélé des niveaux de chantier et des fosses de formes diverses, qui évoquent de possibles ancrages de machineries. Le monument couvrait au sol une surface d'environ 40 x 22 m. Un pilier central et deux latéraux, connus par leurs tranchées de fondation et d'épierrement, déterminent quatre baies. Les deux principales au centre étaient prévues pour le trafic charretier à double sens. Les deux autres, plus réduites, étaient réservées à l'accès piétonnier. La porte était à double flanquement, puisqu'elle était enserrée par deux tours destinées à assurer sa défense ; de plus, elle se trouvait dans un renfoncement large de près de 145 m pour une profondeur d'environ 9 m. Il était contrôlé par des tours polygonales, dont une est restée visible depuis sa mise au jour en 1981 rue des Tilleuls. La fouille montre que le passage sous les arches de la porte a été dallé dans la seconde moitié du Ier siècle. Les deux tours de la porte d'Espagne semblent avoir disposé de toitures en tuiles alors que la tour de la rue des Tilleuls était surplombée par une plateforme selon Pierre Varène qui a étudié en détail le rempart romain de Nîmes.

La porte d'Espagne, qui apparaît entourée dès la fin de l'Antiquité par un fossé défensif large de 3 m au sommet et profond de plus de 1,70 m, est mentionnée en tant que castrum en 1037 et associée à un moulin. Ouvrage militaire, la porte appartenait au fisc royal jusqu'au XVIe siècle et le « déclassement » de l'ensemble du rempart dont elle faisait partie intégrante entrainera sa disparition définitive, les pierres pouvant servir à de nouvelles constructions. Son existence était cependant connue par les érudits du XVIIe siècle. Elle fut improprement appelée « porte du Cirque » à la fin du XIXe s. en raison du cirque romain qui était alors supposé (sans preuve réelle) le long de la rue du même nom. La porte a aussi été appelée « porte du Cadereau », mais celui-ci franchissait le rempart plus à l'ouest, sous l'actuelle avenue Georges-Pompidou, sans doute par des arceaux aménagés au bas de la courtine.