
Deux des trois masques ornant l'entablement de support de la voûte de couverture de la loggia du 1er étage, supportant le plancher de la loggia du 2e étage.
16 rue de l'Aspic, Nîmes (Gard), 2020
© Odile Maufras, Michel Piskorz, Inrap
© Odile Maufras, Michel Piskorz, Inrap
Description
Avant la restauration d'un ensemble immobilier du centre ancien de Nîmes, un diagnostic a montré les grandes lignes de l'évolution du bâti sur la parcelle concernée. L'habitation en façade sur rue s'est avérée la plus intéressante. Elle s'insère au XVe siècle entre deux demeures préexistantes et évolue en quatre états jusqu'à la fin du XVIe siècle, témoignant du dynamisme architectural de cette période. Suivent deux autres chantiers d'agrandissement de la surface habitable et un dernier de morcellement des pièces.Résultats
La maison du 16 rue de l'Aspic est construite dans le courant du XVe siècle sur une parcelle jusque-là occupée par des friches ou un jardin. Elle prend place en front de rue, sur toute la largeur de la parcelle, et elle est adossée, au nord et au sud, à deux maisons construites antérieurement. Dans son premier état, elle comprend trois corps de bâtiment disposés en U autour d'une petite cour centrale, entre la rue à l'est et un jardin à l'ouest. La maison compte alors 3 niveaux : des communs au rez-de-chaussée, un logis au premier étage et des combles au second. La façade principale, non conservée, est en encorbellement au-dessus de la rue.Plus tard dans le courant du XVe siècle, quelques modifications secondaires sont faites (état 2), puis, au milieu ou dans le troisième quart du XVIe siècle, un quatrième corps de bâtiment est ajouté au nord-ouest de la cour, qui se trouve dorénavant entièrement cernée par les espaces habités (état 3). À cette occasion, un escalier en vis est installé à l'angle de deux corps. Il ouvre, au 1er et au 2e étage, sur des loggias : couloirs extérieurs qui assurent la desserte indépendante de la moitié des pièces de la maison. Précédemment, il fallait traverser une salle pour accéder à une autre et les chambres ne disposaient pas d'une grande intimité.
Dans le dernier quart du XVIe siècle, ou les premières années du XVIIe, les planchers des trois ailes initiales de la maison sont rehaussés, les révolutions et les portes de l'escalier sont refaites et l'on construit deux loggias supplémentaires en façade sur cour du corps de bâtiment occidental (état 4). À cette occasion, plusieurs fenêtres sont agrandies. Les baies et les coursives ont des encadrements en pierre de taille moulurée et la nouvelle loggia est ornée de trois masques d'un style « seconde Renaissance » (fin du XVIe siècle), ce que confirme l'étude dendrochronologique*.
Assez tôt dans le courant du XVIIe siècle, un corps de bâti supplémentaire est ajouté à l'ouest, à angle droit avec la maison initiale dont il bouche une partie des ouvertures (état 5). Il occupe l'extrémité du jardin. Au début du XVIIIe siècle, les combles sont rehaussés et transformés en logis (état 6). Enfin, dans le courant du XVIIIe ou peut-être au XIXe siècle, de nouvelles fenêtres sont ouvertes sur cour pour éclairer de nouveaux espaces internes créés par le cloisonnement des grandes pièces (état 7). La maison est devenue un immeuble de rapport divisé en plusieurs appartements.
Outre les maçonneries, les charpentes de l'immeuble sont très bien conservées. L'analyse dendrochronologique* conduite sur toutes les poutres accessibles et couplée à l'analyse stratigraphique** du bâti montrent l'usage, à deux reprises, de pièces de bois en remploi (deux épicéas abattus à l'extrême fin du XIIIe ou dans les premières années du XIVe siècle). On ne peut préciser si elles viennent des états antérieurs de l'immeuble lui-même ou d'un marché spécifique de recyclage des matériaux anciens.
* Étude des cernes des pièces de bois pour en déduire l'âge et la date d'abattage.
** Étude de l'ordre chronologique des différentes parties d'une construction.









