Cathédrale Notre Dame de Saint Castor – clocher et facade

La cathédrale vers 1950. Vue depuis le sud Cathédrale Notre Dame et Saint Castor, Nîmes (Gard).  © Roger Henrard
La cathédrale vers 1950. Vue depuis le sud Cathédrale Notre Dame et Saint Castor, Nîmes (Gard).
© Roger Henrard

Description

Depuis le début de l'année 2022 et jusqu'en 2025, une étude archéologique du bâti est menée sur le clocher et la façade occidentale de la cathédrale de Nîmes. Elle accompagne, à la demande de la Conservation régionale des Monuments historiques, les travaux de restauration entrepris sur cette partie de l'édifice. L'intervention, organisée en trois grandes phases — l'étude du clocher (2022), celle de la façade (2023) puis le suivi archéologique des travaux réalisés sur la terrasse de la travée occidentale (2023-2025) — constitue une occasion exceptionnelle d'approfondir notre connaissance de ce bâtiment emblématique. Classée au titre des Monuments historiques depuis 1906, la cathédrale occupe une position centrale dans l'Écusson nîmois, cœur resserré de la ville à la fin du Moyen Âge.

Résultats

Des vestiges antérieurs à la reconstruction romane

L'étude du clocher a permis d'analyser les différentes parties de la construction, les traces d'outils sur les pierres ainsi que les marques lapidaires. Dans la partie supérieure du clocher, l'examen a également porté sur trois séries de fenêtres, exemples rares du style gothique flamboyant en Languedoc. Datées, par leur style et leur décor homogène, du XVe s. ou du début du XVIe s., avec quelques reprises contemporaines ponctuelles, ces fenêtres sont surmontées d'un gâble en accolade, flanquées de pinacles et ornées de crochets à motifs floraux.

L'étude des parements dans la partie inférieure du clocher, ainsi que sur l'ensemble de la façade occidentale, montre la présence de très nombreuses pierres antiques en remploi dans les maçonneries romanes. La nature des pierres, les traces d'outils, les techniques de façonnage et les marques d'érosion visibles en surface en constituent les principaux indices. Les matériaux d'au moins quatre édifices romains ont ainsi été utilisés et remployés pour l'édification de la cathédrale romane, dont des blocs issus du rempart, de l'amphithéâtre, d'un monument funéraire et vraisemblablement d'un temple. L'installation de l'échafaudage offre par ailleurs l'occasion d'observer de près les éléments de construction, mais surtout la frise sculptée placée sous le grand fronton triangulaire de la façade, illustrant des épisodes de l'Ancien Testament. Elle comporte 18 scènes tirées de la Genèse, de l'Exode et des Nombres.

Les sept bas-reliefs situés au nord, datés du XIIe s., forment une œuvre majeure de l'art roman méridional. Les onze bas-reliefs au sud ont été sculptés au milieu du XVIIe s., afin de remplacer la partie détruite lors des guerres de Religion.

Les bas-reliefs romans du XIIe s., figurant notamment « la tentation d'Adam et Ève par le serpent » jusqu'au « meurtre d'Abel par Caïn », montrent des pans d'épannelage inclinés destinés à améliorer la lisibilité des scènes depuis le sol. Les blocs utilisés sont probablement d'anciens blocs antiques remployés. Les personnages bibliques — Adam, Ève, Caïn, Abel — sont caractérisés par des flexions en zigzag permettant de remplir les panneaux tout en conservant des proportions harmonieuses, notamment un certain volume de tête. Ce savoir-faire témoigne de l'audace des sculpteurs, peut-être issus de l'atelier de Petrus Brunnus, actif dans la région, notamment à Saint-Gilles-du-Gard.

La partie méridionale de la frise, figurant « de l'arche de Noé aux tables de la loi remises à Moïse », fut détruite durant les guerres de Religion et restaurée vers 1646. Sculptée dans un calcaire coquillier aujourd'hui très altéré, cette série de onze bas-reliefs témoigne d'une volonté d'imitation, bien que l'on ignore si elle reprenait exactement le nombre de tableaux et l'iconographie originelle. La séquence actuelle débute avec Noé faisant entrer les animaux dans l'arche. Chaque tableau présente de nombreux personnages et des décors variés, évoquant ceux des retables du XVIe s.

Les travaux de restauration concernent également la terrasse de la travée occidentale. Ils ont permis de retirer les sols les plus récents, datés de 1975, et de mettre au jour la terrasse conçue par Henri Révoil, partiellement conservée au sud. Celle-ci repose sur une épaisse couche de gravats composée de tuiles canales artisanales, de tessons de céramique, d'objets métalliques, de verre à vitre, de fragments de verre, de monnaies et d'éléments lapidaires, dont une gargouille.

L'enlèvement de ce remblai a révélé une calade dans la partie nord de la terrasse, ainsi que les restes d'un pavage moderne ou contemporain en dalles de pierre. Par endroits apparaît également l'extrados de ce que l'on suppose être la voûte en terre cuite couvrant la travée.