Ilot de la Charpenterie

Plan de localisation de la fouille.  Îlot de la Charpenterie, Orléans (Loiret), 1997-2000.  © Hervé Herment, Inrap
Plan de localisation de la fouille. 
Îlot de la Charpenterie, Orléans (Loiret), 1997-2000. 
© Hervé Herment, Inrap

Description

Secteur sensible du centre d'Orléans situé à proximité du front primitif de la Loire, l'Îlot de la Charpenterie a bénéficié de l'attention des archéologues depuis 1969, date à laquelle le quartier médiéval a été détruit. En 1996, un travail documentaire a croisé les données de ces fouilles avec les archives afin de retracer l’évolution du quartier depuis le XIVe siècle. Conduite en deux campagnes (1997-1998 et 1999), une seconde fouille a permis d'explorer une surface de 3 600 m2 à l'occasion de nouveaux aménagements. Une surveillance de travaux a complété les investigations en décembre 2000. 

Résultats

Des ateliers métallurgiques gaulois
La première occupation du site est gauloise et remonte peu avant le milieu du IIe siècle avant notre ère. Le terrain a alors une vocation agro-pastorale. 
Vers le milieu du IIe siècle avant notre ère, le site change d'affectation avec l’installation d’ateliers de métallurgistes. À partir du début du Ier siècle avant notre ère, le bâti se densifie, tout en restant dédié à l'artisanat du métal. Un atelier de production de monnaies est même attesté. 
Cinq bâtiments se répartissent sur l’ensemble du site au IIe siècle avant notre ère ; peu après la conquête romaine (au milieu du Ier siècle avant notre ère), ils sont treize. De petites dimensions (20 à 40 m2) et généralement construits en terre et en bois sur solin de pierre, ils sont constitués d’une pièce unique. Les limites des parcelles ne sont pas modifiées pendant toute cette période. 

Augmentation des surfaces
Dans le dernier quart du Ier siècle avant notre ère, le bâti gaulois est arasé pour laisser place, au sud du site, à de nouvelles constructions, également en terre et en bois. Celles-ci tranchent par leur taille : plus de 150 m2 et plus d’une dizaine de pièces. Le mobilier découvert dans l’une d’elles trahit une romanisation très poussée. Les bâtiments sont détruits par un incendie au début du Ier siècle de notre ère. 

Grandes caves 
Entre les années 20 de notre ère et le début du IVe siècle, on constate une faible occupation du site. Les quelques caves retrouvées, attribuables aux Ier et IIe siècles de notre ère, semblent appartenir à de l’habitat privé. Au IVe siècle, quatre constructions massives s’alignent en partie sud du site : une latrine, une citerne et deux grandes caves. Ces éléments peuvent être mis en relation avec les entrepôts portuaires qui se développent en bord de Loire. 

Palais princier ? 
Au VIe siècle, un vaste édifice maçonné de plus de 1 500 m2 est construit au nord-est du site, ceinturé de petites constructions abritant des activités artisanales. Il s’agit très vraisemblablement d’une demeure princière, voire de la domus royale mentionnée en 583. Cet ensemble est abandonné dans le courant du IXe siècle, période au cours de laquelle le Châtelet est présumé se mettre en place. 

Artisans du cuir au Moyen Âge 
Après une période d’abandon, les terrains font l’objet d’une importante campagne d’extraction de matériaux (pierre calcaire, notamment). Peut-être s'agit-il d'alimenter les chantiers de reconstruction de la ville, en partie détruite par un incendie en 989 ? 
À partir du XIIe siècle, le parcellaire médiéval se met lentement en place ; il ne subit pas de modification majeure entre le XVe siècle et la destruction du quartier en 1969. Dans sa moitié ouest, le quartier accueille une population essentiellement bourgeoise, alors qu’à l’est s’implantent de nombreux artisans tanneurs, pelletiers, corroyers (qui préparent le cuir) et parcheminiers. 

Grandeur et décadence… 
Le fleurissement des métiers de peaux retient une population bourgeoise dans le quartier malgré les pollutions liées à de telles activités, contre lesquelles on lutte par la mise en place, dès le XVIIe siècle, de systèmes d’évacuation des eaux usées.
La fin du commerce sur la Loire au XIXe siècle sonne le glas des activités artisanales du secteur. Petit à petit, la population bourgeoise va s’implanter ailleurs et la population laborieuse se paupérise. Quartier malfamé et maisons insalubres conduisent la Mairie d'Orléans à engager la restructuration complète du front de Loire à partir de 1969.

Thierry Massat