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La nécropole antique de l’Hôtel-Dieu

Les récentes opérations d’archéologie sur les sites de l’Hôtel-Dieu et du parc des Tanneurs (2016-2018) apportent des données inédites pour la compréhension de l’urbanisation de ce secteur septentrional de la ville du Haut-Empire. La ville connaît son expansion maximale au IIIe siècle, après quoi sa périphérie est progressivement abandonnée et ses habitants se replient, au sud, à l’intérieur d’une enceinte protégeant à peine un huitième de la surface de l’ancienne cité. Au début du IVsiècle, les lieux autrefois dévolus aux vivants cèdent ainsi peu à peu la place à une vaste nécropole accueillant une partie des morts de la cité.

Une vaste nécropole établie sur les ruines d’un quartier d’habitations

Le secteur nord de la ville avait déjà fait l’objet d’observations et de fouilles au milieu du XIXe siècle puis en 1968, dont les rares éléments exploitables indiquaient la présence d’urnes funéraires découvertes à hauteur de la rue Saint-Martin, ainsi que de quatre sarcophages en plomb et d’au moins neuf tombes en pleine terre au sud de ces derniers. Si les résultats des fouilles récentes sont encore en cours d’analyse, l’ampleur des surfaces explorées (8 000 m2) permet d’ores et déjà de mieux approcher la topographie et l’organisation de la nécropole de l’Hôtel-Dieu.   

La zone funéraire, active sur au moins deux siècles et demi, se développe sur une superficie de plus de 3 000 m2, qu’elle colonise d’abord le long des voiries antiques, avant de gagner progressivement l’intérieur des anciens îlots d’habitation. Toutefois une nécropole extérieure à la ville semble avoir existé dès le Ier siècle de notre ère, à la sortie nord de Condate, dans la partie la plus septentrionale du parc des Tanneurs. Au cours de l’Antiquité tardive, alors que le rituel funéraire passera de l’incinération à celui de l’inhumation, elle s’étendra vers le sud, investissant des espaces abandonnés et laissés en friche. 

Les limites de la nécropole sont inconnues sauf pour son extrémité sud, perçue sur le site de l’Hôtel-Dieu. Au nord, les tombes s’étendent au-delà de l’emprise de la fouille menée sur le site du parc des Tanneurs. À l’est, on en trouve encore le long de l’actuelle rue de la Cochardière, bien que la densité funéraire tende à s’atténuer. Enfin, à l’ouest, la nécropole se poursuit vers les bâtiments de l’actuel Hôtel-Dieu. Des diagnostics archéologiques, dont une partie sera réalisée en 2018, permettront peut-être, suivant l’état de conservation des vestiges, d’appréhender la limite occidentale de la zone funéraire.

Un espace funéraire à la gestion maîtrisée

Le cimetière est ordonné avec des tombes orientées disposées en rangées parallèles, les sujets étant enterrés tête à l’ouest. Les inhumations sont principalement effectuées dans de grandes fosses rectangulaires, dans lesquelles sont disposés les cercueils cloués. Quelques tombes présentent des parois aménagées à l’aide de matériaux architecturaux récupérés dans les bâtiments ruinés. Certaines sépultures ont livré du mobilier (parures, vêtements, monnaies, vases, ou encore des dépôts funéraires témoignant de la persistance de rituels païens), dont les éléments constituent de bons marqueurs chronologiques.

L’organisation, en regard des premières observations, montre une gestion soignée de la nécropole avec des allées de circulation, une matérialisation des tombes en surface, et probablement des regroupements volontaires de défunts (selon l’appartenance familiale et/ou le statut social). Au fil des siècles, les tombes vont parfois s’empiler les unes sur les autres, expliquant leur densité plus importante au nord du site. La proximité d’un lieu de culte chrétien, au nord de la rue Saint-Martin (première église Saint-Martin ?), est peut-être une des causes de cette situation.

Perspectives d’études

Les défunts de tout âge et des deux sexes inhumés dans la nécropole de l’Hôtel-Dieu représentent un instantané de la population vivant à Condate pour cette période. L’étude des pratiques et rituels funéraires, associée à l’étude biologique des restes osseux et à leur datation par le carbone 14, devrait apporter un regard inédit sur cette population : modes de vie, état de santé, et même statut social des individus. 

Ainsi, une tombe singulière renfermant le corps d’un homme entravé, inhumé en limite nord de la zone sépulcrale, interroge sur le traitement funéraire réservé aux individus de statut social « particulier ». L’assujettissement physique (collier de servitude et entraves aux poignets) appliqué à ce défunt, esclave ou homme libre condamné, est associé à une déformation de ses premières vertèbres cervicales, probablement liée au port prolongé du carcan. Dans le même secteur de la nécropole, des postures inhabituelles (position fœtale, sur le ventre ou sur le dos dans des fosses trop étroites pour contenir le corps en position allongée) sont notées pour au moins deux autres inhumés, sans entraves, mais évoquant une certaine discrimination. À travers ces trois individus, c’est la question du rapport à la mort et du droit à une sépulture pour la population en marge de la société (esclaves, fugitifs, condamnés) à la fin de l’Antiquité qui se trouve posée.   

Aujourd’hui la nécropole, avec 550 tombes à inhumation fouillées, représente la plus vaste zone funéraire attestée pour la ville de Rennes mais aussi pour les trois autres chefs-lieux bretons de cités antiques. Le remarquable état de conservation des restes osseux, fait exceptionnel en région Bretagne, permet d’envisager une étude complète de la population inhumée dans ce quartier rennais pour la période de la fin du IIIe siècle à la fin du VIe siècle.